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d'obéir; et si la raison n'étoit pas libre, rien dans l'homme ne le seroit. Mais ou l'on ferme l'oreille au témoignage, à la voix de l'autorité qui prescrit les croyances et les devoirs; ou l'orgueil se complaît dans la résistance à cette autorité nécessaire , et reconnue de tous les hommes ; car tous les hommes croient sur l'autorité, et savent qu'ils doivent croire ce qu'alteste l'autorité la plus haute. A mesure qu'on viole cette loi, la vérité diminue (1); de là les schismes et les hérésies, ces rebellions qui sans cesse en produisent de nouvelles. Peu à peu l'on en vient à ne vous loir obéir qu'à soi, à son propre jugement; on rejette comme insuffisans des témoignages innombrables et unanimes ; et l'autorité qu'on leur refuse, on l'ac

hommes peuvent être coupables de ne pas croire ; ce qui suppose que la foi dépend de la volonté. Et en effet, comme l'observe Pas. cal, a la volonté est un des principaux organes de la créance; non >> qu'elle forme la créance, mais parce que les choses paroissent

vraies ou fausses selon la face par où on les regarde. La volonté » qui se plait à l'une plus qu'à l'autre, détourne l'esprit de considé» rer les qualités de celle qu'elle n'aime pas : et ainsi l'esprit, mar* chant d'une pièce avec la volonté, s'arrête à regarder la face

qu'elle aime; et, en jugeant par ce qu'il y voit, il règle insensible» ment sa créance suivant l'inclination de sa volonté.» - « C'est ce

qui fait, dit Leibnitz, qu'une âme a tant de moyens de résister à

la vérité qu'elle connoit, et qu'il y a un si grand trajet de l'esprit » au cæır.» Théodicée, tom. II, p. 80.-Et c'est ce qui fait aussi que l'homme peut être justement puni pour n'avoir pas eru, ou pour avoir vécu dans de fausses croyances. Écoutez un des patriarches de la philosophie moderne. « On rendra compte un jour à Dieu de tout » ce qu'on aura fait en conséquence des erreurs qu'on aura prises » pour les dogmes véritables ; et malheur, dans cette terrible jour, » -née, à ceux qui se seront aveuglés volontairement! » OEuvres de Bayle, tom. II, p. 226.'

(1) Diminutæ sunt veritates à filiis hominum, Ps., XI,

corde à un témoignage unique, le plus souvent dicté par les passions.

Cependant la raison isolée et inquiète de sa solitude, y cherche en vain de tous côtés un appui qui lui manque toujours. Elle n'ose, elle ne peut rien affirmer, ou s'imposer à elle-même des lois : et c'est cette impuissance, cette incurable infirmité d'un esprit concentré en lui-même, dont l'impie se fait une excuse lorsqu'on le presse de revivre en rentrant dans la société où il trouveroit la foi. Qu'il interroge les païens mêmes, ils lui apprendront qu'en ne reconnoissant d'autorité que la sienne, il viole sa nature, il se dé truit autant qu'il est en sa puissance, puisque rien ne subsiste, ni la famille, ni la cité, ni le genre humain, ni l'univers même, qu'en obéissant à Dieu, et à la loi suprême qu'il a promulguée (1). Quand donc il dit : Je ne puis obéir, je ne puis croire; il ment, car c'est comme s'il disoit : Je ne puis être; et nul en recevant l'existence, n'a été privé des moyens nécessaires pour la conserver. Cette foi qu'il voudroit se persuader être impossible, le domine malgré ses efforts ; il ne peut la vaincre entièrement; il ne peut parvenir à une incrédulité complète et tranquille : telle qu'un fantôme formidable , la vérité apparoît encore dans

(1) Nihil porrò tam aptum est ad jas conditionemque naturæ (quod cùm dico, legem à me dici nibilque aliud intelligi volo) quàm imperium ; sipe quo nec domus ulla, nec civitas, nec gens, nec hominum universum genus stare, nec rerum natura omnis, nec ipse mundus potest : nam et hic Deo paret, et buic obediunt maria terraque, et hominum vita jussis supremæ legis obtemperat. Cicer. de Legib., lib. III, cap. I, n. 3.

les ténèbres de son esprit ; il ne sait pas ce qu'il a vu, mais il a vu quelque chose, et son sommeil en est troublé. Ce qu'annonçoit un prophète, s'accomplit en lui. Il y aura un jour connu de Dieu : ce n'est

pas

le jour, ce n'est pas non plus la nuit. Qu'est-ce donc? ne seroit-ce point cette lueur incertaine qui flotte et vacille dans une intelligence affoiblie, ce pénible état de doute où nous voyons l'impie tomber? Mais cet état ne sauroit être long : Un jour,... dit le prophète, et sur le soir la lumière se fera (1). Lumière effrayante, pleine d'horreur, qui se lève au bord de la tombe, pour éclairer sans fin une éternité de tourmens !

(1) Et erit dies una, quæ nota est Domino, non dies neque nox, et in tempore vesperi erit lux. Zacch., XIV, 7.

CHAPITRE XXXI.

La sainteté est un caractère du christianisme.

Au moment où nous nous préparons à traiter un sujet auquel se rattachent tant de graves et importantes questions, nous ne pouvons nous défendre d'une pensée arbère et d'un sentiment douloureux. Où sommes-nous ? dans quel pays? chez quel peuple? à qui s'adressent nos paroles? et pourquoi faut-il toujours prouver le christianisme aux chrétiens? D'où vient donc cet esprit de doute, de contention, et d'ingratitude ? Où prend-on le triste courage de lutter contre Dieu? et quelle gloire y a-t-il à se dérober à ses bienfaits? Hommes malheureux autant qu'insensés! ne vous lasserez-vous point de combattre la vérité qui s'offre à vous ? Où trouverez-vous, hors d'elle, la paix, la douce joie de l'âme, et cette félicité que tout être vivant désire ? Dites, ne voulez-vous point être heureux ? ou le bonheur est-il pour vous un supplice, sitôt qu'il vous est imposé comme un devoir?

Hélas ! dans nos passions aveugles, nous ne savons reconnoître ni le vrai ni le faux, ni le bien ni le mal. Trompés par toutes les erreurs, séduits par toutes les chimères, nous rassemblons avec une avide ardeur autour de nous des maux sans nombre qui ne nous

étoient pas destinés ; et environnés de ce cortege fu= neste, nous marchons pleins d'orgueil vers un avenir plus funeste encore. Car que peut attendre celui qui ne sauroit penser que quelque chose lui soit promis, puisqu'il croit que rien ne lui est commandé? Vous êtes votre unique maître, eh bien ! soyez aussi votre rémunérateur, et cherchez dans ce qui est à vous cette vérité immense, ce bien infini, dont le besoin toujours senti, jamais satisfait, est l'éternel tourment de votre

ceur.

L'homme ne comprendra-t-il donc point que dèslors qu'il existe il y a nécessairement une loi de son existence, et un législateur qui a établi et promulgué cette loi? véritable loi de vie, qu'il ne peut enfreindre, sans violer sa nature, et sans se condamner lui-même à mort; comme il ne peut la connoître que par le témoignage, ou l'autorité perpétuellement une et universelle qui la proclame. Qu'est-ce que sa raison débile, comparée à cette haute raison ? ou plutôt qu'estelle autre chose qu'une participation de cette raison souveraine, qui se communique à ceux qui l'écoutent et qui lui obéissent? Ce qu'elle enseigne, ce qu'elle ordonne, voilà la religion. Nous avons vu que le genre humain, qui ne subsiste que par elle, atteste qu'elle est, qu'elle fut toujours, et toujours la même. Il atteste également qu'elle est sainte ; et ce qui nous reste à montrer, c'est que ce caractère ineffaçable de sainteté appartient manifestement au christianisme. Et comme il ä dû le posséder dans tous les temps, puisque dans tous les temps il a été la seule religion véritable, il est

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