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Conformément à la même doctrine, Platon veut qu’on ajoute foi, sans raisonner, à ce que les anciens nous ont appris touchant les choses qui concernent la religion (1). « Nous les croirons, dit-il, ainsi que » la loi l'ordonne (2). »

Quoi de plus clair que ces paroles ? est-il possible d'établir en termes plus exprès l'autorité de la tradition, qui, pour demeurer ferme, n'a nul besoin de l'appui du raisonnement, et contre laquelle on n'est jamais admis à raisonner? maxime immuable, que Platon opposoit aux impies ou aux hérétiques de la première loi, comme saint Jérôme l'oppose aux hérétiques de la loi nouvelle (3), qui n'est pas une autre

ordine quodam mentis et sapientiæ mirabilis gubernari... Nec ergo unquàm de iis aliter loqui, aut sentire ausim. Visne igitur quod å priscis assertum est, nos item confiteamur hæc videlicet ita sese habere ? nec modo putemus, alia sine periculo proferri non posse, verum etiam unà cum illis vituperationis periculum subeamus, si quando vir aliquis dutus ac vehemens, ista non sit, sed sine ordine ferri, contenderit ?-Quidni velim ? Platon. Phileb., Oper. IV, p. 244, 245.- Inhâc enim (fide) testimonium consecuti sunt senes. Ep. ad Hebr., XI, 2.

(1) On retrouve dans Quintilien ia même maxime. Brevis est institutio ofta honesla bealaqué, si credas. La nécessité de la loi est un dogme aussi ancien qu'universel.

(2) llepi dè tūv @ddwy dachwy, *. 5. d. Cæterorum verò qui dæmones appellantur et cognoscere et enunciare ortum majus est opus quàm ferre nostrum valeat ingenium. Priscis itaque vivis hâc in re credendum est, qui diis geniti, ut ipsi dicebant , parentes suos optimè noverant. Impossibile sanè deorum filiis fidem non habere, licet nec necessariis nec verisimilibus rationibus eorum oratio confirmelur. Verùm quia de suis ac notis rebus loqui se affirmabant, nos, legem secuti, fidem præstabimus. Plat. in Timæo, Oper. t. IX,

p. 324.

(3) Neque enim in lege ratio quæritur, sed auctoritas. S. Hieron.

loi, mais l'accomplissement de celle que Dieu donna aux hommes dès le commencement.

Et voyez avec quelle netteté, quelle précision, Aristote indiquoit le moyen de la reconnoître. « Une » très ancienne tradition de nos pères, parvenue sous » le voile de la fable à leurs descendans, porte que » les astres sont des dieux, et qu'une puissance divine » est répandue dans toute la nature. On a, dans la » suite, ajouté beaucoup de choses fabuleuses à cette » tradition; car plusieurs ont dit que les dieux avoient » des formes semblables à la nôtre, et à celles des » animaux, et mille extravagances pareilles. Mais si, » rejetant tout le reste, on prend uniquement ce qu'il » y a de premier, c'est-à-dire, la croyance que les » dieux sont les premières substances, on la regardera » justement comme divine... C'est ainsi seulement que » nous reconnoissons le dogme paternel, ou ce qui » étoit cru par les premiers hommes (1). »

Les lois mêmes consacroient la règle de l'antiquité; et il falloit qu'on y attachât une haute importance, puisque les ennemis de Socrate s'en servirent pour le

Dialog. adv. Pelagian., lib. II ; Oper. tom. IV, part. II, col. 513, edit. Benedict.

(1) Παραδέδοται δε υπό των αρχαίων και παλαιών έν μύθου σχήματι καταλελειμένα τοίς ύστερον, ότι θεοί τε εισιν ούτοι (άστερες), και περιέχει το θείον την όλην φύσιν. Τα δε λοιπά μυθικώς ήδη προσήχθαι... ανθρωποειδείς τε γάρ τούτους, και των άλλων ζώων τισί λέγουσι, και τούτοις έτερα ακόλουθα και παραπλήσια τοϊς ειρημένους ών εί τις χωρίσας αυτό λάβου μόνον το Πρώτον, ότι θεούς ώοντο τάς πρώτας ουσίας είναι, θείως αν ειρήσθαι νομίσετε... Η μεν ούν πάτριος δοξα, και η παρά των πρώτων, επί του GoProv pĨy pz2sgk Maya. Aristot. Metaphysic. lib. XII, cap. VII; Oper. tom. II, pag. 744.

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perdre, en l'accusant d'introduire des dieux nouveaux (1). C'étoit un crime chez les Romains aussi bien que chez les Grecs (2). La loi des Douze-Tables ordonnoit de suivre la religion des ancêtres, c'est-àdire, selon Cicéron, de « la vénérer comme la religion » donnée par les dieux mêmes , parce que l'antiquité » étoit près des dieux (3). »

Il n'est pas jusqu'aux oracles qui ne proclamassent ce principe universel. Les Athéniens ayant consulté Apollon Pythien pour savoir à quelle religion ils devoient s'attacher, l'oracle leur répondit : « A celle de vos pères. » Mais, dirent-ils, nos pères ont changé de culte bien des fois;lequel suivrons-nous?« Le meilleur,» répondit l'oracle. « Et en effet, observe Cicéron, on » doit croire que le meilleur est le plus ancien et le » plus près de Dieu (4). '» De là cette maxime

que

les

(1) Κατηγόρησαν αυτού οι αντίδικοι, ώς oύς μεν ή πόλις νομιζει θεούς, ου νόμιζοι, έτερα δε καινά δαιμόνια εισφέρου. Χenoph., Apolog. Socrat. el Plal., tom. I, pag. 56.,

(2) Separatim nemo habessit deos: neve novos... privatim co. lunto... Ritus familiæ patrumque servanto. Lex XII Tabul. ap. Cicer. de Legib. lib. II, cap. VIII. — Non erit in te deus recens, neque adorabis deum alienum. Ps., LXXX, 10.

(3) Jam ritus familiæ patrumque servare (lex jubet), id est quoniam antiquitas proximè accedit ad deos , à diis quasi traditam religionem tueri. Cicer. ubi supra cilal., c. XI.

(4) Deinceps in lege est, ut de ritibus patriis colantur optimi : de quo quum consulerent Athenienses Apollinem Pythium, quas potissimüm religiones tenerent; oraculum editum est : Eas quæ essent in more majorum. Quò quum iterùm venissent, majorumque morem dixissent sæpė esse mutatum, quæsivissentque, quem morem pslá simům sequerentur ė variis ; respondit : Oplimum. Et pfofuod sit est, ut id habendum sit antiquissimum et Deo proxir optimum. Ibid., c. XVI.

1

Romains regardoient comme fondamentale : Il n'y a jamais de raison de changer ce qui est antique (1). « Chez vous aussi, disoit Tertullien, il est de la reli»gion d'ajouter foi à l'antiquité (2), »

Du reste le trait qu'on vient de lire prouve que les païens s'inquiétoient quelquefois des variations qu'ils remarquoient dans leur culte. Les plus sages d'entre eux gémissoient de sa corruption, et ils n'y voyoient d'autre remède que le retour à la religion antique. « Pour dire la vérité (c'est Cicéron qui parle ), les » âmes de presque tous les hommes sont accablées » sous le poids de la superstition , qui, répandue chez » tous les peuples , tyrannise la foiblesse humaine; et » nous croirions rendre aux autres et nous rendre à » nous-même un éminent service, si nous parvenions » à la détruire entièrement. Car, et c'est ce que nous » désirons que l'on comprenne bien, en ôtant la su» perstition l'on n'ôte point la religion. Conserver le » culte des ancêtres, c'est le devoir du sage : et qu'il » existe une nature parfaite, éternelle, à laquelle tous » les hommes doivent élever avec admiration leur » esprit et leur cour; la beauté du monde et l'ordre » des cieux ne nous forcent-ils pas de l'avouer? » C'est pourquoi, autant l'on doit s'appliquer à pro» pager la religion, autant il est utile d'extirper la » superstition , qui nous poursuit et nous presse de

(1) Nihil motum ex anliquo probabile est. Tit. Liv., lib. XXXIV, cap. LIV.

(2) Apud vos quoque religionis est instar fidem de temporibus asserere. Apologet., cap. XIX.

» quelque côté que nous nous tournions (1). » En donnant les mêmes conseils, Plutarque recommande d'éviter un excès non moins dangereux; car « y en a, » dit-il, qui fuyans la superstition, se vont ruer et pré» cipiter en la rude et pierreuse impiété de l'athéisme, » en sautant par-dessus la vraye religion, qui est » assise au milieu entre les deux (2).

Ces voix qui s'élevoient de toutes parts contre le paganisme, cette règle de vérité toujours connue, toujours rappelée au milieu du monde idolâtre, rien ne pouvoit le tirer de son sommeil, rien ne pouvoit vraincre les passions, ni ramener au culte du vrai Dieu les hommes endurcis. Il falloit que la vérité vivante vint elle-même renverser les autels qui l'outrageoient, et chasser de la terre tous ces dieux déjà chassés du ciel.

Le crime des païens étoit d'autant plus grand, qu'il suffisoit à chaque peuple de sa tradition particulière

pour discerner la vraie religion, qui a été la pré

(1) Ut verè loquamur, superstitio fusa per gentes, oppressit ferè animos, atque hominum imbecillitatem occupavit... Multüm et nobismet ipsis, et nostris profuturi videbamur, si eam funditùs sustu: lissemus. Nec verò (id enim diligenter intelligi volo) superstitione tollendå religió tollitur. Nam et majorum instituta tueri sacris cæremoniisque retinendis, sapientis est ; et esse præstantem aliquam æternamque naturam, et eam suspiciendam, admirandamque hominum generi, pulchritudo mundi, ordoque rerum cælestium cogit confiteri. Quamobrem , ut religio propaganda etiam est, sic superstitionis stirpes omnes ejiciendæ : instat enim et urget, quo te cumque verteris, persequitur. Cicer. de Divinatione , lib. II, cap. LXXII.

(2) Plutarque, de la Superst. OEuores morales, tom. I, fol. 315. Traduct. d'Amyot. Édit. de Vascosan.

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