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environne l'autel où s'accomplit le sacrifice volontaire. Oh! si l'on connoissoit le don de Dieu(1)! si une seule fois on avoit goûté les délices qui accompagnent le parfait anéantissement dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple, cette joie intime, inenarrable, de se sentir dans l'ordre, de sentir tout son être uni à l'Être qui renferme en soi tous les biens ! Que peut offrir le monde en échange d'une semblable félicité ? Ses plaisirs mêmes, si rares, si fugitifs, si vides, sont toujours mêlés de quelque amertume. « Lorsque l'homme conçoit un désir désordonné, aussitôt il devient inquiet en lui-même : l'orgueilleux et l'avare n'ont jamais de repos; mais le pauvre et l'humble d'esprit demeurent dans l'abondance de la paix (2). Il faut que vous appreniez à vous briser en beaucoup de choses, si vous voulez conserver la paix et la concorde avec les autres (3). Je vous enseignerai la voie de la paix et de la vraie liberté. Appliquez-vous à faire la volonté d'autrui plutôt que la vôtre; choisissez toujours d'avoir plutôt moins que plus ; cherchez toujours la dernière place, et à être au-dessous de tous; désirez toujours et priez que la volonté de Dieu s'accomplisse parfaitement en vous : celui qui agit ainsi entre dans la voie de la paix et du repos (4).»

Aimable paix de l'homme humble, vous êtes ce

(1) Si scires donum Dei! Joan., IV, 10.
(2) Imit. Christ., lib. I, cap. VI, 1. 1.
(3) Ibid., cap. XVII, n. 1.
(4) Ibid., lib. III, cap. XXIII, n. 1 et 3.

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bon trésor que les vers ne consument point, et que personne ne peut nous ravir. Combien doucement l'âme se repose dans cette pensée : Je ne suis rien, je n'ai droit à rien ; et c'est parce que rien ne m'est dû, que j'espère posséder tout : car la grâce, la miséricorde', l'immortelle jouissance du Dieu à qui' mon cœur aspire, ne sont jamais, ne peuvent jamais être qu'un don gratuit de son amour! Oh! quand verrai-je décliner les ombres qui le dérobent à mes regards? J'ai langui dans cette attente (1), dans l'attente du jour éternel. Laissez aller, Seigneur , votre serviteur en paix , afin que ses yeux contemplent le salut que vous avez promis.

Le péché de notre premier père ne fut pas seulement um péché d'orgueil. Une curiosité criminelle, le désir insensé de connoître ce que Dieu, dans sa bonté, avoit voulu qu'il ignorât, corrompit la raison de l'homme et dégrada son cæur. Il perdit à la fois l'innocence et la vérité. L'incertitude, le doute, l'erreur , s'emparèrent de son esprit ; tous ses penchans l'inclinèrent au mal (2).

Par quelle expiation le Fils de Dieu effacera-t-il ce crime? comment guérira-t-il cette funeste plaie ? Lui qui est l'éternelle lumière, il couvre sa splendeur du voile de l'humanité; il obscurcit à nos yeux son

(1) Concupiscit et defecit anima mea. Ps., LXXXIII, 3.

(2) Eramus enim aliquando et nos insipientes, increduli, errantes, servientes desideriis, et voluptatibus variis, in malitia et invidià agentes, odibiles, odientes invicem. Ep. ad Tit., III, 3. TOME 4.

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éclat. Tous les trésors de la sagesse et de la science sont en Jésus-Christ, mais ils sont cachés (1). Sa divine intelligence paroît, comme celle des enfans des hommes, croître et se développer peu à

peu;

il écoute les enseignemens de ceux qu'il vient instruire, il se soumet à l'autorité des docteurs qui ont charge pour annoncer et pour expliquer la loi. On ne voit pas en lui une pensée, un désir qui ne se rapporte à cette loi, qui recevra de lui sa perfection. Il nous apprendra véritablement la science du bien et du mal, ce que nous devons éviter et ce que nous devons faire; il nous l'apprendra par son exemple autant que par ses leçons. Suivons ses pas, ne le quittons point, observons ses æuvrés avec respect , prêtons l'oreille à ses discours. Quelle simplicité ravissante, quelle pureté, quelle dignité dans ses actions ! Quelle douceur inexprimable, et quelle puissance dans ses paroles ! elles ont un charme, une grâce d'amour qui touche et persuade les âmes les plus dures; le peuple les comprend sans aucune peine, et jamais l'esprit de l'homme n'en pénétrera la profondeur. Quelle inépuisable charité ! quelle ardeur, quel zèle, et en même temps quel calme divin ! Il fuit les plaisirs et les grandeurs. Sa vie est une vie de travail, de dévouement et de prière. Rien ne l'attache ici-bas que les devoirs qu'il y remplit, les bienfaits qu'il répand ; la terre n'est pas sa demeure, il passe en accomplissant la volonté de celui qui l'envoie.

(1) In quo sunt omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi... Ep. ad Coloss., II, 3.

Les pauvres sont ses amis, et il ne rebute point le riche. Il appelle a lui les enfans, il nous les offre pour modèles. Il ne raisonne point, il ne discute point, il dit : Faites cela et vous vivrez (1). Que demande-t-il à ceux qui le pressent de guérir leurs maux ? de croire (2): Qu'il vous soit fait selon que vous avez cru (3). Et encore : Votre foi vous a sauvé (4). Il attire à lui les pécheurs par une onction toute céleste, et alors on entend cette voix qui bénit et console le repentir : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé (5). O Jésus ! l'homme ingrat souvent vous méconnoît : mais vous, ô Dieu fait homme! vous ne méconnoissez aucun de vos frères; et le plus vil, le plus coupable est toujours reçu quand il vient à vous. Vos bras s'ouvrent pour le presser sur votre cœur divin; sur ce cæur que l'amour blessą au sommet du Calvaire, et d'où s'épanche éternellement une intarissable miséricorde !

De quelle vertu n'offre-t-il point la plus sublime perfection? et quel autre que lui put jamais dire : Qui de vous me reprendra de péché (6)? Inflexible comme la vérité dans ses enseignemens, il est plein d'indulgence et d'une douce pitié dans ses rapports

(1) Hoc fac et vives. Luc., X, 28.
(2) Noli timere, crede tantùm. Id., VIII, 50.
(3) Sicut credidisti, fiat tibi. Matth., VIII, 13.
(4) Fides tua te salvum fecit. Luc., XVIII, 42. et alib.

(5) Remittuntur ei peccata multa , quoniam dilexit multům. Id.; VII, 47. (6) Quis ex vobis arguet me de peccato ? Joan., VIII, 46.

avec les hommes ; il n'achève point de rompre le roseau déjà brisé, il n'éteint pas la mèche qui fume encore (1). Quelle active compassion pour les malheureux! Quelle tendresse touchante pour les siens ! Il pleure près du tombeau de Lazare. Le disciple qu'il aimoit se repose sur son sein la veille de sa mort, et avant d'expirer il lui confie sa mère : Voilà votre fils! dit-il à Marie; et au disciple : Voilà votre mère (2)! Toute l'âme humaine est là. Sa patience, au milieu des plus horribles épreuves, n'est pas ébranlée un moment. Trahi par un de ses apôtres, il n'a que ce mot pour se plaindre : Mon ami (3)! Il prie sur la croix pour ses bourreaux : Tout est consommé (4)!

Oui, tout est consommé de la part du Sauveur : il ne pouvoit rien de plus pour nous. Les égaremens de notre esprit, nos passions, nos désirs criminels, sont expiés; et c'est à nous d'achever, par un libre concours à la grâce, l'æuvre de notre régénération, en travaillant sans relâche à nous réformer sur le modèle de toute perfection.

« Vous étiez autrefois éloignés de Dieu et ses ennemis, à cause des euvres mauvaises conçues dans votre esprit; mais maintenant Jésus-Christ vous a réconciliés par sa mort, pour vous rendre saints, purs

(1) Calamum quassatum non conteret, et linum fumigans non extinguet. Is., XLII, 3; Matth., XII, 20.

(2) Cům vidisset ergo Jesus matrem, et discipulum stantem quem diligebat , dicit matri suæ : Mulier, ecce filius tuus. Deinde dicit discipulo : Ecce mater tua. Joan., XIX, 26.

(3) Amice, ad quid venisti ? Matth., XXVI, 50. (4) Consummatum est. Joan., XIX, 30.

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