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sommes, si Dieu lui-même ne nous en avoit pas instruits? et si nous ignorions ce que nous sommes, et ce que Dieu est, comment connoîtrions-nous les rapports qui nous unissent à lui, et qui dérivent nécessairement de sa nature et de la nôtre? Donc point de dogmes ou de vérités-lois, point de devoirs, point de religion, à moins que Dieu ne l'ait révélée. Et comme il est impossible qu'aucune société subsiste sans religion, et que l'homme lui-même ne subsiste que dans la société, il s'ensuit que la révélation des lois qui rendent seules la société possible est une condition nécessaire de l'existence de l'homme; et son existence prouve celle de la révélation, attestée d'ailleurs, ainsi qu'on l'a vu, par tout le genre humain.

Mais de quel moyen Dieu s'est-il servi pour révéler à l'homme les vérités qu'il devoit connoître, les devoirs qu'il étoit obligé de remplir? Sans doute, d'un moyen naturel ou conforme à la nature de l'homme : car il seroit absurde de supposer que le moyen par lequel Dieu a révélé à l'homme les lois de sa nature, fût opposé à cette même nature. Il y a contradiction dans les termes mêmes. - *,

Or telle est la nature de l'homme que, dansson état présent, la parole est l'unique moyen de communication entre les esprits, et par conséquent le lien naturel ou nécessaire de la société; et l'on peut défier tous les hommes ensemble de révéler à un autre homme une seule idée par un moyen différent. Il falloit donc que · Dieu, ou changeât la nature des êtres et détruisît l'ordre qu'il avoit établi, ou qu'il employât le moyen na

ToME 4. 16

turel de la parole pour révéler aux hommes la religion : et dès-lors il est clair qu'à moins de multiplier à l'infini les révélations immédiates, ou d'anéantir la société en rendant chaque esprit indépendant, un homme a dû être l'organe de pensées et des volontés divines, toutes les fois que Dieu a voulu parler au genre humain. Cela posé, il ne reste à résoudre qu'une seule question : A quels signes reconnoîtra-t-on certainement l'envoyé divin? quels seront les titres de sa mission? La doctrine qu'il annonce en est-elle une preuve suffisante?Mais c'est la vérité de cette doctrine même qu'il s'agit de prouver. Chacun en sera-t-il juge ? Alors elle n'est plus une loi, mais une opinion philosophique, qu'on est libre de rejeter, d'admettre et de modifier à son gré. D'ailleurs la plupart des hommes, incapables même d'examiner, seroient éternellement dans l'impuissance de savoir s'il existe une véritable révélation. L in que la doctrine prouve la mission, c'est au contraire la mission qui autorise la doctrine. La foi n'est due qu'à Dieu : avant d'exiger que je me soumette à vos enseignemens, apprenez-moi donc comment je pourrai m'assurer sans aucun doute que c'est réellement lui qui vous envoie. · Un homme dit : Je suis l'organe de la Divinité, écoutez-moi. Maisquelestl'imposteur oul'enthousiaste qui n'en puisse dire autant?Saparoleseule nesuffitdonc pas, ainsi que l'avoue Julien lui-même (1): il faut

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qu'elle soit appuyée d'une sanction; il faut, en un mot, que le Tout-Puissant accrédite son envoyé près de ceux auxquels il doit parler en son nom. Or, par cela même qu'il est choisi pour promulguer ses commandemens, il est aisé de comprendre quelle doit être la nature de cette sanction indispensable dont tous les hommes, savans ou ignorans, doivent être également frappés. Le pouvoir se manifeste par des actes ; l'Envoyé divin devra donc manifester un pouvoir divin. Voilà son titre, on ne peut ni l'imiter, ni le contester; et il est naturel que celui-là soit le ministre d'une action divine, qui s'annonce comme l'organe des volontés de Dieu. Cette action divine est ce qu'on appelle miracle. Donc point de révélation sans miracle; c'est-à-dire point de volonté divine manifestée aux hommes par la parole, sans action divine aperçue de l'homme par ses sens. . , Ici nous ferons remarquer une inconséquence des déistes. S'imaginant qu'une révélation faite à chaque homme individuellement, seroit plus conforme à la sagesse de Dieu qu'une révélation générale faite au genre humain , ils nient cette dernière révélation, et se croient par là autorisés à nier la nécessité des miracles. Mais ils s'abusent étrangement; car, supposé que Dieu révèle particulièrement à chacun de nous les devoirs de notre cœur et de notre raison, ils devroient plutôt en conclure la nécessité d'autant de miracles qu'il y a d'hommes et qu'il y a de pensées dans l'esprit de chaque homme, puisqu'aucun d'eux n'étant infaillible, aucun d'eux ne peut être certain , si Dieu ne l'en assure par quelque signe extérieur, que ce qui lui paroît vrai soit réellement vrai, ou ne peut avec certitude distinguer de ses propres pensées, , les vérités que Dieu lui révèle : d'où il suit qu'un déiste conséquent doit nécessairement devenir ou sceptique ou visionnaire; son système plein de contradictions ne lui permet de s'arrêter que dans le doute, ou dans le fanatisme (1). Nous avons dit que l'homme envoyé de Dieu devoit prouver sa mission en se montrant le ministre du pouvoir divin, c'est-à-dire par des actions divines ou par des miracles. Mais à quels caractères reconnoîtrons-nous le miracle ou l'action de la puissance divine ? " 1° Toute action est extérieure, donc tout miracle doit être sensible. 2° Il faut que la puissance divine soit clairement manifestée; donc le miracle doit être évidemment audessus du pouvoir naturel de celui qui l'opère. Toute action qui a ce caractère est un miracle, et l'auteur du miracle est sans aucun doute l'organe de la Divinité, puisqu'il est visiblement le dépositaire de

pxx222J6z7xi rot; 2dy2t; #vz2yè; anu#t2v, Le simple discours ne suffit pas pour établir la vérité; il faut encore que les paroles soient accompagnées de quelque signe évident. Julian. ap. Cyril., lib. X sub fin.

sa puissance.

(1) Les Martinistes et tous les illuminés sont les fanatiques du déisme.

· Un miracle étant une action divine, il s'ensuit que Dieu seul possède et que lui seul peut communiquer le pouvoir miraculeux (1). Donc aucun miracle ne peut avoir lieu pour autoriser l'erreur (2), puisque Dieu, auteur du miracle, est la suprême vérité (3). · · ·

(1) On demande en théologie si les esprits bons et mauvais ont le pouvoir d'opérer des miracles ? D'après ce qui vient d'être dit, on voit que ce pouvoir n'appartient et ne peut appartenir essentiellement qu'à Dieu. La question se réduit donc à savoir si Dieu emploie comme instrumens, dans la production des miracles, les esprits bons et mauvais; question assez futile, puisqu'en réalité Dieu seroit toujours le véritable auteur du miracle qu'opéreroit ainsi un esprit bon ou mauvais.

Il existe des lois générales qui régissent les intelligences, comme il y en a qui régissent les corps, parce que tout est réglé dans les œuvres de Dieu, et que celui qui est l'ordre même, n'a pu rien faire ! qui ne fût ordonné pour une fin digne de lui. Supposé donc que les intelligences supérieures à l'homme aient reçu de Dieu le pouvoir de suspendre où de changer, en certaines occasions, les lois de la nature physique, ce pouvoir ne peut s'exercer que comme Dieu l'ordonne ou le permet, et il trouve, par conséquent, dans les volontés de Dieu, et ses limites et sa régle. Donc il ne peut, en aucun cas, être employé pour établir ou favoriser l'erreur, qui est ce qui existe de plus opposé aux volontés et à l'essence même de Dieu. Deus veritas est.

(2) « Il faudroit ne pas avoir la plus légère notion de Dieu pour se « persuader qu'il pût attester le mensonge et le confirmer. » Pensées de Bourdaloue, tom. I, pag. 164. (3) « Après avoir prouvé, dit Rousseau, la doctrine par le miracle, . il faut prouver le miracle par la doctrine. Cela est formel, ajoutet-il, en mille endroits de l'Écriture, et entre autres dans le Deutéronome, chap. XIII, où il est dit que si un prophète annoncant des dieux étrangers confirme sa doctrine par des prodiges, et que ce qu'il prédit arrive, loin d'y avoir aucun égard on doit mettre ce prophète à mort » (Émile, liv. IV, tom. III, pag. 15.). Premièrement, l'Écriture ne dit nullement ce que Rousseau lui fait dire ; voici le texte du Deutéronome : Si surrexit in medio tuî lpropheta, aut

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