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des flots de la vengeance de Dieu ? Ni les individus ni les peuples ne se corrompent en un jour, et l'idolâtrie n'a pu naître qu'au sein d'une corruption déjà profonde. Aussi ne commence-t-on à en découvrir quelques traces qu’assez long-temps après la mort de Noé, lorsque ses descendans, dispersés dans l'Asie et dans l’Afrique, formoient non plus seulement des familles, mais des nations. Lactance en attribue l'origine aux Sabéens, « parce que, dit-il, le prince et le » fondateur de ce peuple, maudit par son père, ne reçut point de lui le culle de Dieu (1). » Lactance, comme on le voit, suppose que les Sabéens descendoient de Cham.

Quoi qu'il en soit, les monumens historiques et la tradition générale attestent que les hommes n'adorerent d'abord qu'un seul Dieu. .« La religion, dit le » savant et judicieux Mignot, fut la même chez tous » les peuples, dans les premiers temps. Elle consistoit » dans la croyance d'un Dieu auteur de toutes choses, » rémunérateur des bons et juge sévère des mé» chans; à cette croyance étoit jointe la pratique du . » culte qu'il avoit lui-même prescrit. Cette religion » ne fut point altérée aussi promptement que quel» ques-uns se le sont persuadé. L'histoire du monde, » et celle de la conduite de Dieu sur les hommes, suf» sisoient pour la transmettre; et les faits qui compo

(1) Quoniam princeps ejus et conditor cultum Dei à patre non accepit, maledictus ab eo. Lactant. , Divin. Inslilul., lib. II,

cap. XIII.

» soient cette histoire n'étoient point en assez grand » nombre pour ne pouvoir être facilement retenus.

» La création de l'univers, la formation de l'homme » du limon de la terre, à l'image et à la ressemblance »de son auteur; sa chute et la promesse de sa répa»ration ; le ministère des anges, dont Dieu se servoit » pour intimer ses ordres aux hommes et pour leur » manifester ses volontés, la dépravation du genre » humain, sa punition et la purification de la terre » par le déluge, formoient le cercle des connoissances » nécessaires à l'homme pour se maintenir dans cette » religion. Ces connoissances n'étoient point difficiles » à acquérir ; la longue vie des premiers hommes, » attestée par nos livres saints et avouée par les écri» vains profanes, en facilitoit la transmission .. » Abraham âgé de cent cinquante ans lorsque Sem » mourut, avoit pu voir ce patriarche et converser » avec lui. Sem avoit quatre-vingt-dix-huit ans lors» que le déluge arriva; il fut par conséquent contem» porain de Mathusalem, qui, parvenu à neuf cent » soixante-neuf ans, termina sa carrière lorsque la » terre fut inondée. Cedernier, nélan du monde 687, » a vécu deux cent quarante-trois ans avec l'auteur » du genre humain : de sorte qu'au temps d'A» braham, né l'an du monde 2008, la chaîne de cette » tradition n'étoit composée que de quatre anneaux » qui se tenoient les uns aux autres. Cette tradition . » avoit jeté de si profondes racines parmi tous les des» cendans de Noé, que les corruptions successivement » introduites dans leur culte n'empêchent point TOME 4.

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» qu'on n'en trouve des vestiges assez marqués, soit » dans leurs dogmes, soit dans leurs pratiques. En » dégageant les récits de leurs anciennes histoires des » allégories et des fictions dont ils les ont surchargés, » on aperçoit encore aujourd'hui les mêmes principes » et les mêmes faits que Moïse a consignés dans ses » écrits (1). »

L'abbé Le Batteux a prouvé, par le témoignage des livres saints, qu'au temps de Moïse et de Josué les traditions primitives subsistoient encore, dans toute leur vigueur, chez les Égyptiens (2) et chez les

peuples de la Chaldée, de l'Arabie (3) et de la Palestine (4), quoique déjà la pureté du culte fût altérée

(1) Mém. de l'Acad. des. Inscript., tom. LXI, pag. 240 et suiv.

Vid. et. August. Sleuchus Eugubinus, De perenni philosoph., lib. II, c. I et II, fol. 28 : seqq. lib. III, c. I; seqq. fol. vers. 41 segg. Edm. Dickinson, Græci phænicisantes, c. IV, p. 50; seq. c. X, p. 110, Opuscul. quæ ad histor. et philolog. sacr. speclanı, fascicul. I. Th. Hyde, de Relig. veter. Persarum, c. I, III, IX, X, XXXI , .XXXIII, pag. 2, seqq. 80, seqq. 166, seqq. 168, seqq. 385, 402, seqq. Ed. Oxonii, 1700. Paul. Ernst. Jablonsky, Pantheon Egyptiorum prolegom. , pag. 7, seqq. 12, 18, 46,49; et Panth. part. I, pag. 38, 41, 81, 83. - Campeg. Vitringa, Observat., sacr., lib. I, c. IV. -- Hisi. univers., trad. de l'anglois, tom. I, pag. 23, 25, 27, 52 et suiv.; tom. III, pag. 427, not. Goguet, de l'Origine des Lois, des Arts et des Sciences, tom. I, liv. VI, c. IV, pag. 355 et suiv.-Shuckford, Connexion de l'hist. sacrée et de l'hisl. profane, tom. I. - Leland , Nouv. Démonstr. évang., tom. I, pag. 87.

(2) Il est vraisemblable qué, du temps de Joseph , l'idolâtrie n'étoit pas encore formellement établie en Égyple. Hérodole historien du peuple hébreu sans le savoir, pag. 223.

(3) Vid. et. Bibliothèque brilannique. Juillet 1734, art. 5. (4) Hist. des causes premières, sect. II , art. 4, pag. 116 et 125.. - L'abbé Foucher, Mém. de l'Acad. des Inscript., tom. LXXI

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en beaucoup de lieux par le mélange de diverses superstitions, et qu'en plusieurs contrées des désordres abominables eussent enfanté une abominable idolâ trie. C'étoit principalement pour en préserver les Hébreux que Moïse leur défendit de contracter des mau riages avec les Chananéens; et puisque la prohibition ne s'étendoit pas aux autres peuples, il est vraisemblable qu'à cette époque ils n'étoient pas encore entièrement livrés aux cultes idolâtriques.

Il paroit que la religion ne se corrompit en Égypte que sous le règne de Suphis, que Mamthon appelle le contemplateur des dieux (1), parce qu'aux vérités traditionnelles il mêla les vaines spéculations de son esprit (2). Originairementles Égyptiens n'avoient point de statues dans leurs temples (3); et les Scythes, les Sères, ainsi que les peuples nomades de la Libye, n'a '. voient encore, au second siècle, ni temples, ni simulacres (4).

Les Cariens, les Lydiens et les habitans de la Mysie , ne reconnoissoient anciennement qu'un seul Dieu (5). Il en éloit de même des Arcadiens (6) et des Pélasges (7), qui adoptèrent plus tard le culte des di

pag. 88 et suiv. -- Bullel, l'Existence de Dieu démontrée, etc., tom. II. p. 24, 25.

(1) Oc; đề xơi ô TatdTrus sis Sao; #243 . 4p. Sincel., p. 54.

(2) Vid. Mém. de l'Acad. des Inscript., tom. LXV, pag. 61 et suiv.

(3) Lucian. Samosal., de Deå Syriå.
(1) Origen.contr. Cels., lib. VII, n° 62.
(5) Mém. de l'Acad. des Inscript., lom XXIV, p. 464.
(6) Ibid., tom. XXIX, pag. 63.
(7) Ibid., tom. XXIV, pag. 416.

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vinités égyptiennes (1), comme nous l'apprenons d'Hérodote (2). Le culte jusqu'alors s'étoit conservé pur, aussi bien que les croyances. « On n'adoroit, dit » Théophraste, aucune figure sensible; on n'avoit » pas encore inventé les noms et la généalogie de » cette foule de dieux qui ont été honorés dans la » suite; on rendoit au premier principe de toutes » choses des hommages innocens, en lui présentant » des herbes et des fruits pour reconnoître son sou» verain domaine (3). »

Tel a été le premier culte de toutes les nations. Les Romains n'en avoient pas d'autre au temps de Numa. « Ce qu'il ordonna, dit Plutarque, touchant les ima» ges et représentations des dieux, se conforme du » tout à la doctrine de Pythagoras, lequel estimoit que » la première cause n'estoit ny sensible, ny passible, » ains invisible et incorruptible, et seulement intelli»gible. Et Numa semblablement défendit aux Ro» mains de croire que Dieu eust forme de beste ou » d'homme : de sorte qu'en ces premiers temps-là il » il n'y eut à Rome image de Dieu ny peinte ny mou» lée, et furent l'espace de cent soixante et dix pre» miers ans, qu'ils édifièrent bien des temples et des >> chapelles aux dieux : mais il n'y avoit dedans statue

(1) Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. XXIV, pag. 417; ct t. LXI,

pag. 481.

(2) Herodot., lib. II, n° 9.

(3) Theophr. ap. Porphyr , de Abslin. Animal. Herodol., lib. II, cap. 69. Pausanias remarque qu'il n'y avoit aucune image dans quelques anciens temples qu'il avoit yus à Héliarte, ville de Béotie. In Corinthiac.

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