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une antique croyance des Hébreux (1), que le premier précepte des Noachides, ou le premier commandement donné aux enfans de Noé, et en eux à tout le genre humain, avoit pour but de prévenir la corruption du culte, en ordonnant, comme l'enseignoient les Égyptiens mêmes, de détester tout ce qui n'étoit pas. transmis par les ancêtres (2).

Platon assure que les premiers hommes vécurent dans l'innocence, aussi long-temps qu'ils ne s'écartèrent point de ce précepte. « Ils étoient bons, dit-il, >> principalement à cause de leur simplicité. Ce qu'ils >> entendoient dire être honnête, ou honteux, étoit » pour eux la vérité même; pleins de droiture et de >> candeur, ils croyoient et obéissoient. Ils ne connois» soient point, comme aujourd'hui, cette sagesse qui >> apprend à soupçonner le mensonge; mais, tenant » pour vrai ce qu'on disoit des dieux et des hommes, >> ils y conformoient leur vie (3). »>

l'existence de cette tradition, confirmée par tous les monumens antiques. Fabricy, Des titres primilifs de la Révélat., tom. I, Disc. prélim., p. LXXVI.

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(1) Vid. Selden de Jure Nat. et Gent. juxta disciplin. Hebræor.

(2) De cullu extraneo sive idololatriâ.—Ægyptii, cultûs extranei nomine, detestari videntur quicquid οἱ γονεῖς οὐ παρέδειξαν parentes non commonstrârunt. Marsham. Canon. chronicus, p. 161.

(3) Αγαθοὶ μὲν δὴ διὰ ταῦτα τε ἦταν, καὶ διὰ τὴν λεγομένην ευήθειαν. Α γὰρ ἤκουον καλὰ καὶ αἰσχρὰ εὐήθεις ὄντες, ἡγοῦντο ἀληθέστατα λέγεσθαι, καὶ ἐπείθοντο. Ψεῦδος γὰρ ὑπονοεῖν οὐδεῖς ἐπίστατο, διὰ σοφίαν, ὥσπερ τανῦν· ἀλλὰ περὶ θεῶν τε καὶ ἀνθρώπων τα λεγόμενα, ἀλητὴ νομίζοντες, ÉŠwy xatÙ TAūta. De legib., lib. III; Oper. tom. VIII, pag. 111 ed. Bipont. C'est l'âge d'or des poètes. Primos illos homines diisque proximos mortales optima fuisse indolis, vitamque vixisse opti

D'après l'institution divine, la religion universelle ou la vraie religion reposoit donc originairement, comme elle repose encore, sur la tradition; et en aucun temps l'erreur n'a pu entrer dans le monde que par la violation de cette régle infaillible de vé

rité.

Mais, lors même qu'ils la violoient, les anciens ne l'abandonnoient pas entièrement, ils n'en méconnoissoient point l'autorité, et bien des siècles s'écoulèrent avant qu'ils essayassent de s'en former une différente. «La philosophie traditionnelle, qui ne s'ap

puyoit pas sur le raisonnement et l'explication des >> causes, mais sur une doctrine d'un autre genre et >> d'une autre origine, sur la doctrine primitive trans>> mise des pères aux enfans, me paroît, dit Burnet, » avoir subsisté jusqu'après la guerre de Troie (1). » Elle se perpétua surtout en Orient (2), comme le

mam undè el auream hanc dici ætatem. Dicœarc. ap. Porphyr., De usu animal., lib. IV, pag. 343.-Vid. et. Varro,, de Re rustica, lib. I. cap. II; et Pausanias, lib. VIII, pag. 457. Edit. Hanoviæ, 1613.

(1) Durâsse mihi videtur ultrà trojana tempora philosophia traditiva, quæ ratiociniis et causarum explicatione non nitebatur, sed alterius generis et originis doctrina primigena et πατροπαραδότω. Th. Burnet, Archæolog. philos., lib. I, cap. VI.

(2) La philosophie ne s'enseignoit dans l'Inde, comme dans l'Égypte, que par tradition...; partout elle ne se transmettoit que de vive voix: cette manière, en usage chez les anciens druides et chez les gymnosophistes, subsiste encore aujourd'hui dans l'Inde; leur philosophie, n'ayant point d'autres fondemens que la tradition, n'est point contentieuse, et ne donne aucun lieu aux raisonnemens subtils ou captieux. Mémoir. de l'Acad. des Inscript., tom. LV, p. 218, 220.

remarque Diodore à propos des Chaldéens «< qu'il »loue de n'avoir point d'autres maîtres que leurs » parens; ce qui fait qu'ils possèdent une instruction » plus solide, et qu'ils ont plus de foi dans ce qui leur » est enseigné. Pour les Grecs, ajoute-t-il, qui ne » suivent point la doctrine de leurs pères, et n'écou>> tent qu'eux-mêmes dans les recherches qu'ils en>>treprennent; courant sans cesse après des opinions »> nouvelles, ils disputent entre eux des choses les plus » élevées, et forcent ainsi leurs disciples, continuelle»ment indécis, d'errer toute leur vie dans le doute, » sans avoir jamais rien de certain (1). »

Il s'en faut beaucoup cependant que, même à cette époque de désordre, le respect pour l'antiquité fùt éteint dans la Grèce, et l'autorité de la méthode traditionnelle entièrement détruite. « Lorsque la philo>>> sophie eut accoutumé à disputer de tout, observe un »savant académicien, il s'éleva dans tous les pays peu» plés par les Grecs une foule d'artisans de systèmes philosophiques, tous plus bizarres les uns que les » autres ; ce qui a fait dire à Cicéron qu'il n'y avoit >> point d'extravagance que quelque philosophe n'eût

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(1) Quoniam parentibus utuntur magistris (Chaldæi), pleniùs omnia discunt, et iis quæ docentur majorem fidem habent..... (Græci verò) qui non parentum doctrinam imitantur, sed ipsi suà sponte in disciplinarum studio pro libitu incumbunt, et de maximis scientiis inter se altercantes; dùm novis semper opinionibus student, incertos discipulos reddunt, animumque eorum per omnem vitam dubium, nullâ certâ sententià, errare compellunt. Diod. Sicul., lib. C. Vid. et. Clem. Alex. Strom. lib. VIII, p. 768.

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» débitée gravement. L'expédient auquel on avoit >> communément recours pour faire passer un nou>> veau système, étoit d'en rapporter la première idée >> à quelques anciens dont la réputation fût bien éta» blie (1). »

Le peuple ne prenoit d'ailleurs aucune part aux disputes philosophiques, et ne connoissoit même pas les systèmes qui divisoient les différentes écoles des sophistes; tant le raisonnement est peu fait pour être le principe des croyances publiques.

Les descendans de Noé conservèrent la tradition qu'ils tenoient de lui, et qu'il tenoit lui-même de ses pères qui avoient vécu avec Adam. C'est ainsi qu'elle se perpétua dans les familles qui furent la tige des premières nations. Dieu, comme nous le lisons dans l'Écriture, préposa sur chacune d'elles un chef pour la guider (2); et suivant l'observation d'un ancien Père, elles étoient encore instruites de la vraie doctrine par les patriarches et les saints personnages que Dieu, de siècle en siècle, suscitoit dans ce dessein (3).

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(1) M. de La Barre; Mémoir. de l'Acad. des Inscript., t. XXIX, p. 71. Les Romains avoient un si grand respect pour l'antiquité, que son nom même, dans le langage usuel, désignoit ce qui est bon, vrai, précieux. Rien ne doit être plus antique pour l'homme, c'est-à-dire, plus sacré, dit Cicéron parlant des devoirs de la justice; Quibus rebus intelligitur, studiis officiisque scientiæ præponenda esse officia justitiæ... ; quâ nihil homini esse debet antiquiùs. Vid. De officiis, lib. I, cap. XLIII, n. 154.

(2) In unamquamque gentem præposuit rectorem. Eccles., XVII, 14.

(3) Hanc Deus à multis retrò sæculis doctrinam disseminavit in unâquaque generatione. Ægyptios itaque docuit ex Abraham, Per

Pour ne pas détruire la liberté de l'homme, et tout ensemble pour assurer la durée du genre humain, il falloit que la connoissance de la loi divine ne se perdit jamais dans le monde, et que l'homme néanmoins pût la violer. Or nous voyons en effet cette loi toujours connue, et toujours aussi plus ou moins transgressée par les passions, soit dans ce qu'elle ordonne de croire, soit dans ce qu'elle commande de pratiquer.

Les cultes superstitieux ne s'établirent cependant pas immédiatement après le déluge (1). Comment les hommes auroient-ils osé, si hardis qu'ils fussent, dresser des autels sacriléges sur une terre encore humide

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sas rursus ex eodem, Ismaëlitas ex ejus nepotibus, et alios innumerabiles, et per Jacob eas qui habitabant in Mesopotamiâ. Vides universum orbem terrarum fuisse à sanctis docendum, si modò ipsi voluissent. Quinetiam ante cos, diluvium et linguarum confusio ad excitandam eorum mentem satis fuerant... Ità etiam qui habitabant in Occidente omnes omnia discebant cum mercatoribus ægyptiis versantes. Quamquam alioqui non multæ gentes erant in illa regione: sed maxima hominum frequentia ac turbæ multitudo erat in partibus Orientis. Etenim et Adam illinc egressus est, et genus Noë illic versabatur, et post turrim illic erant, et ut plurimum versabantur in Oriente. Sed tamen in unâquaque generatione Deus illis doctores constituit, Noë, Abraham, Isaac, Jacob, Melchisedech. S. Joan. Chrysostom., Exposit. in psalm. IV, Oper. tom. V, p. 15 et 16 edit. Benedict.

(1) Tous les peuples de la terre ont conservé, pendant quelque temps, la religion de Noé, leur père commun, et ne s'en sont écartés que peu à peu, et presque sans s'en apercevoir. Mem. de l'Acad. des Inscript., tom. LXXI, p. 85.-D'après les traditions orientales, les musulmans croient que les premiers hommes n'avoient qu'une même religion, et qu'ils étoient souvent visités des anges. D'Herbelot, Biblioth. orientale, art. Adam; tom. I, p. 141, Paris, 1781.

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