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leurs organes et les substances brutes; même ils en rêveront avec joie entre la matière et leur pensée, entre leurs destinées et le néant; et les voilà qui s'indignent quand on leur parle de leurs rapports avec la Divinité! Cela confond; mais il est ainsi : Dieu les fatigue, Dieu leur déplaît; ils l'ont pris à dégoût. Ils pourront supporter toutes les lois, hors les siennes. Ah! j'en aperçois la raison. Pénétrez au fond de ce cæur, qu'y découvrez-vous ? des penchans que la religion réprouve; il faut les vaincre, on ne le veut pas : un orgueil démesuré, qui aspire à une indépendance sans bornes, et refuse d'obéir même à Dieu; il faut le soumettre, on ne le veut pas. Donc c'est la volonté qui déprave l'entendement; et j'en comprends mieux encore cette grande loi de châtiment portée contre l'impie. Oui, une effroyable punition est due à ce désordre effroyable. Qui se soustrait au sceptre du monarque, trouvera tot ou tard le glaive du juge. J'en atteste la foi du genre humain, la raison de toutes les sociétés. Une autre vie au-delà de cette vie, des peines et des récompenses infinies en durée , tel est le symbole de la tradition. Partout vous rencontrerez la crainte et l'espérance à l'entrée du tombeau; partout on vous dira que de ses profondeurs mystérieuses partent deux routes à jamais séparées, dont l'une conduit au royaume des ténèbres, des souffrances et de la haine, et l'autre aux régions de la lumière, des joies immortelles et de l'amour. Mais nous n'avons pas même besoin de recourir à cet infaillible témoignage. Lorsqu'au milieu des religions

diverses, nous aurons découvert la véritable, il suffira d'écouter ce qu'elle nous apprendra sur ce point. Cherchons donc par quel moyen nous parviendrons à la reconnoître; et d'avance, nous dégageant de tout préjugé contraire à ses enseignemens, de toute passion contraire à ses lois, préparons notre esprit à lui obéir et notre cour à l'aimer.

CHAPITRE XVII.

Réflexions générales sur la possibilité et sur les moyens

dediscerner la vraie religion.

ÉLEVONS-NOUS un moment au-dessus de la terre et de tout cet univers visible , pour entendre ce que c'est que l'homme, et le contempler dans sa grandeur. A peine s'est-il reconnu lui-même, qu'il se sent à l'étroit dans l'immensité. Roi de la création, il jette un regard sur son empire, et le dédaigne. Sa pensée, son amour, s'élancent dans l'infini; il y cherche l'Être éternel, il le découvre; et alors , seulement alors, ses anxiétés s'apaisent et ses désirs se reposent. L'ordre universel lui apparoît dans son immuable magnificence; il y voit sa

il y voit sa place fixée à jamais par la sagesse suprême ; il y voit les rapports qui l'unissent avec toutes les intelligences, avec Dieu même, leur principe et leur centre, avec la vérité souveraine et le souverain bien. A cette hauteur, il s'appuie sans étonnement sur ses destinées immortelles, et il aspire avec calme au rang qui lui est promis dans la sublime société dont le Tout-Puissant est le monarque.

Pour obtenir ce rang ou pour atteindre sa fin, il faut qu'il obéisse aux lois de son être ; car tout être, comme nous l'avons vu, a ses lois ou sa manière propre d’exister : il vit en s'y conformant, il périt s'il les viole. Relatives à notre nature, les lois de notre

être embrassent nécessairement toutes nos facultés; et il est étrange que, reconnoissant les lois de la matière et de notre organisation physique, on se persuade que l'intelligence, l'amour, ou ce qui constitue véritablement l'homme, ne soit soumis à aucune loi.

Mais si, comme on n'en sauroit douter, il existe entre notre intelligence et la vérité, entre notre amour et le bien, des rapports indépendans de notre volonté, ces rapports sont, pour l'homme moral et intelligent, les lois naturelles de la vie, et il ne peut pas plus les enfreindre impunément que les lois du corps.

On ne dira pas que nous avons la connoissance innée de celles-ci, ni que nous les découvrons par le raisonnement. Nous apportons, il est vrai, la faculté de connoître, mais nous ne connoissons rien en naissant. Incapables de pourvoir à notre conservation, nous ne savons même pas faire usage de nos sens , et il en seroit ainsi, de l'aveu de Rousseau (1), quand nous naîtrions avec des organes pleinement développés.

cet

(1) «Supposons qu'un enfant eùt à sa naissance la stature et la » force d'un homme fait, qu'il sortit, pour ainsi dire, tout armé du n sein de sa mère, comme Pallas sortit du cerveau de Jupiter; » homme enfant seroit un parfait imbécile, un automate , une sta» tue immobile et presque insensible. Il ne verroit rien, il n'enten» droit rien, il ne connoitroit personne, il ne sauroit pas tourner les » yeux vers ce qu'il auroit besoin de voir. Non seulement il n'aper» cevroit aucun objet hors de lui, il n'en rapporteroit mème aucun » dans l'organe du sens qui le lui feroit apercevoir; les couleurs ne » seroient point dans ses yeux, les sens ne seroient point dans ses » oreilles, les corps qu'il toucheroit ne seroient point sur le sien, » il ne sauroit même pas qu'il en a un.....

» Cet homine formé tout-à-coup ne sauroit pas non plus se re» dresser sur ses pieds ; il lui faudroit beaucoup de temps pour ap

Dans les premiers temps de notre existence, on nous force d'obéir aveuglément aux lois physiques, les seules auxquelles nous soyons alors soumis, parce que nous ne sommes encore qu'ètres physiques. Lorsque nous devenons capables de pensée, on nous instruit de ces mêmes lois, on nous les notifie, pour ainsi dire, sans se mettre en peine de les expliquer, et nous y croyons sur le témoignage des autres hommes ou de la société. Ainsi se forme la foi, ainsi la vie se conserve. Ni la raison ni l'expérience ne sauroient, à cet égard, suppléer l'autorité; car, avant que la raison ait commencé de poindre, avant que nous ayons pu acquérir

» prendre à s'y soutenir en équilibre; peut-être n'en feroit-il pas » même l'essai, et vous verriez ce grand corps fort et robuste rester » en place comme une pierre, ou ramper et se trainer comme un jeune chien. » Il senliroit le malaise des besoins sans les connoître, et sans ima

giner aucun moyen d'y pourvoir. Il n'y a mulle immédiate commu» nication entre les muscles de l'estomac et ceux des bras et des » jambes, qui, même entouré d'alimens, lui fit faire un pas pour en » approcher, ou étendre la main pour les saisir ; et comme son corps » auroit pris son accroissement, que ses membres seroient tout dé» veloppés, qu'il n'auroit par couséquent ni les inquiétudes, ni les » mouvemens continuels des enfans, il pourroit mourir de faim avant » de s'être mù pour chercher sa subsistance. Pour peu qu'on ait ré» fléchi sur l'ordre et le progrès de nos connoissances, on ne peut » nier que tel ne fut à peu près l'état primitif d'ignorance et de stu» pidité naturel à l'homme, avant qu'il eût rien appris de l'expé» rience et de ses semblables » (Émile , tom. I, p. 67 et 68, édit. de 1783.) Par ces dernières paroles, Rousseau rentre dans son système sur l'état naturel de l'homme, état où , comme il vient de le dire, l'homme ne pourroit se conserver; de sorte que, selon ce système, la nature de l'homme seroil de ne pas être; et Rousseau avoue que, pour qu'il vive, il faut que ses semblables lui apprennent à vivre : importante vérité qui auroit dù le conduire à beaucoup d'autres, et qui détruit par leur fondement toutes les erreurs où il est tombé.

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