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aussi parfaits dans un genre inférieur. C'est toujours ce talent de la narration dans un degré unique. Quelle gaieté ! Quelle facilité ! Quelle abondance : Quelle variété de tournures ! Que tous les conteurs , ainsi que tous les fabulistes, sont loin de lui ! Cependant, quand il n'auroit pas fait ses contes, seroit-il moins le grand homme , le bon-homme, l'homme inimitable ? Et qu'en dirois-je après tout qui ne tînt à quelqu'une des qualités que nous avons développées dans l'examen de ses fables ? Exigera-t-on de moi que je fasse appercevoir les nuances délicates que son goût naturel a dû mettre dans la distinction de ces deux genres ? Faut-il toujours analyser ? Le dirai-je ? Je répugne à m'occuper longtemps de ces contes. Ils ont troublé les derniers moInens de La Fontaine (1). La sévérité de la morale chrétienne les réprouve. L'auteur se les reprocha lui-même avec amertume. Devoit-il avoir des sentimens amers , celui qui nous en a donné de si agréables?... Il auroit voulu n'avoir pas fait ces contes. Il en demanda par- don. ... Allons, du moins les rigoristes les plus durs feront grace à ses vers en faveur de son repentir. Bon La Fontaine ! je ne parlerai pas de tes contes.Je suis trop pressé de parler de toi.

(1) Les détails de ces derniers momens qui auroient pu être troublés par le remord, s'ils ne l'avoient été par le repentir, sont renvoyés à la deuxième note de la page lxviij de ce discours.

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U A N D la postérité juge les écrivains et les artistes qui ont des droits à son admiration, au moment où les hommages qu'elle rend à leur génie, vont s'étendre jusqu'à leur personne , souvent la Vérité accusatrice arrête la plume du Panégyriste. C'est pour l'Envie une consolation et une vengeance. C'est un sentiment triste pour les ames bien nées. Il est si doux d'aimer ce que l'on admire ! La louange est l'expression du plaisir. Qu'il est affligeant d'y mettre des restrictions ! Qu'il est douloureux de condamner l'homme, lorsqu'on doit tant de reconnoissance à l'écrivain ! Sans doute quiconque vit sous les yeux de la Renommée , a des juges inflexibles dans ceux qu'il force de s'occuper de lui. Il ne doit pas s'attendre à faillir obscurément; et dès qu'on prétend à la gloire, on avertit la censure. Qu'il est rare de lui échapper ! Qu'il est rare que l'inexorable équité ne laisse aucune tache sur le vêtement de gloire dont la postérité enveloppe les mânes illustres ! O quel plaisir j'éprouve en ce moment où je puis me dire : Tout le monde a aimé, tout le monde aime celui que je loue ! Personne ne voudra contredire l'hommage que je lui rends. Nulle accusation ne l'affoiblira. La voix du blâme et du reproche ne s'élèvera pas contre mes louanges. Quand je viens jeter des fleurs sur sa tombe, la main du détracteur ne repoussera pas la mienne : le plus aimable des écrivains fut encore le meilleur des hommes !

Je ne veux pas dire sans doute que La Fontaine n'eut pas les imperfections qui sont le partage de l'humanité ; mais il n'eut aucun des vices qui en sont la honte, et il eut plusieurs des vertus qui en sont l'ornement. Ses contemporains nous ont transmis l'idée généralement reçue de la bonté de son caractère : non qu'ils nous en racontent aucun trait frappant ; il paroît que c'étoit en lui une qualité habituelle et reconnue, qui se manifestoit en tout, sans se faire remarquer en rien. Qu'il devoit être bon, celui qui a fait de si beaux ouvrages, et de qui sa servante disoit qu'il étoit plus béte que chant, et que Dieu n'auroit pas le courage de le damner ' Ce qui achève de déposer en sa faveur, c'est que ce talent poétique qui donne tant de facilités pour la vengeance , et qui n'en fournit que trop les motifs et l'occasion ; ce talent dont il est presque sans exemple qu'on n'ait pas quelquefois abusé; ce talent qui est dans ses écrits le charme et l'instruction de l'Univers , n'a été qu'une seule fois une arme dans ses mains. Il fit une satyre contre Lulli. Une satyre , s'écriera-t-on ! La Fontaine ! Pourquoi le dire dans son éloge ? Parce qu'il faut dire la vérité , et parce que cette satyre même est d'un bon-homme. Oui, cette satyre est un chef-d'œuvre précisément parce qu'on y trouve toute la candeur de La Fontaine. Il raconte de la meilleure foi du monde comment le Florentin l'a dupé, et il avoue que cela n'étoit pas difficile ;

Je me sens né pour être en butte aux méchans tours.

Vienne encore un trompeur ; je ne tarderai guère.

Lulli l'avoit engagé, malgré toutes ses répugnances,

à composer des paroles d'opéra ;.et après l'avoir amusé

long-temps, il n'en fit aucun usage. Le fabuliste, ac

coutumé à jouir de l'indépendance de son esprit , eut

de l'humeur, pour la première fois peut-être , d'avoir ét

· · · · >r r ( , , , , TY t # c , e -- D E L A F O N T A I N E. xlix été forcé à un travail qui lui déplaisoit, et de finir par étre trompé. Il confia son humeur à ses vers, à qui volontiers il confioit tout. Il leur avoue comment il a fait , malgré lui, un opéra pour le Florentin qui lui a demandé du doux, du tendre , et comment le Florentin s'est moqué de lui; et il conclut qu'il faut se méfier du Florentin. Voilà la méchanceté de La Fontaine. Le Don-homme (1) !

Est-ce encore par une suite de ce même ressentiment, et pour montrer sous un jour odieux les gens du pays de Lulli, qu'il a fait la comédie du Florentin, si pleine de gaîté et de bon comique , comme on dit que Le Sage composa Turcaret , pour se venger d'un homme de finance ? Si l'on a dit vrai, voilà des vengeances qui n'appartiennent qu'au talent, et les seules qu'on ne lui reprochera pas.

Sa candeur étoit égale à sa bonté. Il étoit dans sa conduite et dans ses discours aussi vrai , aussi naïf que dans ses écrits. Il paroît que la réflexion et la réserve ,

(1) Encore en eut-il bientôt des regrets qu'il ne put dissimuler, et qu'il a confiés avec sa candeur ordinaire dans une de ses épîtres à Madame de Thiange, où il s'exprime ainsi :

Les conseils, et de qui ? du public; c'est la ville,
C'est la cour, et ce sont toutes sortes de gens,
Les amis, les indifférents,
Qui m'ont fait employer le peu que j'ai de bile.
Ils ne pouvoient souffrir cette atteinte à mon nom :
La méritois-je ? On dit que non.

Si l'on veut des détails plus étendus sur cette querelle du bon La Fontaine avec le Florentin, on peut consulter le recueil intitulé : Allainoallana, ou Bigarrures Calotines, IVe. recucil, imprimé en 1733. .

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si nécessaires à la plupart des hommes qui ont quelque chose à cacher, n'étoient guères faites pour cette ame toujours ouverte , dont tous les mouvemens étoient prompts, libres et honnêtes ; pour cet homme qui seul pouvoit tout dire, parce qu'il n'avoit jamais intention d'osfenser. Ce mot si connu, je prendrai le plus long, auroit été dans la bouche de tout autre une impolitesse choquante (1). Il fait rire dans La Fontaine, qui ne songeoit qu'à dire bonnement combien il avoit envie de s'en aller.

Il réclame quelque part contre l'axiome reçu que tout homme est menteur. S'il en est un qui n'ait jamais menti, on croira volontiers que c'est La Fontaine. Cette ingénuité de mqeurs et de paroles alloit si loin, que ses amis l'appeloient quelquefois bêtise (2); mot qu'on ne

(1) Voici l'anecdote. Invité à dîner dans un de ces endroits où le maître de la maison présente un homme d'esprit aux convives, comme un des mets de sa table, il mangea beaucoup et ne dit mot. Comme il se retiroit de table de fort bonne heure, sous prétexte de se rendre à l'académie, on lui représenta qu'il avoit très-peu de chemin à faire : je prendrai le plus long, répondit La Fontaine ; et le voilà parti.

(2) Le mot est de Fontenelle. Le bon La Fontaine se plaçoit fort au-dessous de Phèdre. Cela ne tirera point à conséquence, disoit à cette occasion l'ingénieux académicien; La Fontaine ne le cède | ainsi à Phèdre que par bétise. Le poète Dorat rappelle cette expression dans son Epître à Champfort , à l'occasion de son Eloge de La Fontaine : Tu nous peins sa philosophie Qui fut un instinct précieux ; Sa nonchalante bonhommie, Un sens droit caché sous les jeux; Une foule de mots heureux

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