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Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois (9).
A ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie (10);

Et

pour montrer sa belle voix,
ouvre un large bec, laisse tomber sa proie (11).
Le Renard s'en saisit , et dit: mon bon monsieur (12),

Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute (13):
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute (14).

Le Corbeau honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendroit plus.

(Depuis La Fontaine). FRANÇAIS. Esope en belle humeur, f. 17. Fables choisies d'Esope, mises en chansons (Paris, en 1983), fable 13. Boursaut, les fab. d'Esope, comédie, act. 3, sc. 4. Benserade, fab. 12. ALLEMANDS. Lessing , L. XI, fab. 15.

NOTES D'HISTOIRE NATURELLE. LE CORBEAU ,, oiseau de moyenne grandeur, trèscommun dans nos climats, qu'il parcourt en troupes nombreuses. Son corps est noir, mêlé de bleu , sur-tout aux ailes et à la queue; son bec est robuste, pointu, un peu voûté, ses ongles crochus et grands , ses pieds écailleux, ses ailes alongées et fortes , son croassement monotone , désagréable. Voleur et glouton , hardi , rusé , doué d'un odorat exquis; il aime à se percher sur les branches les plus élevées, et cache son nid dans l'épaisseur des forêts.

RENARD. La fable et l'histoire ont donné à cet animal une réputation qu'il mérite. Il est de la grandeur ordinaire du Chien; la couleur de son poil est en général rougeâtre ; sa queue longue, épaisse, traînante. Ce qui le distingue particulièrement, c'est la vivacité de ses yeux , lagilité de sa course, son adresse à la chasse des animaux

dont il se nourrit. Sa demeure est un trou qu'il creuse ou qu'il trouve creusé dans la terre.

OBSERVATIONS DIVERSES.

» que

(1) Maitre Corbeau. Rabelais avoit transporté ces expressions da barreau dans son style familier; La Fontaine n'a fait que l'étendre à ses nouveaux personnages. L'application qu'il en fait en relève l'importance; elle semble agrandir le théâtre, et appelle la curio-, sité sur les acteurs. Voilà les deux maîtres voleurs en présence; on s'attend à voir des tours de maltres Gonins, maîtres fourbes.

(2) Sur un arbre perché. J. J. Rousseau veut exclure l'apologne de l'éducation des enfans. C'est par cette fable qu'il prétend justia fier sa sévérité contre tout le genre; pås une, selon lui, qui nesoit au-dessus de la portée du jeunc âge. Qu'est-ce, dit-il, qu'un arbre perché ? La Fontaite ne parle pas ainsi. Il dit : sur un arbre perché. «Qui; mais pour faire entendre l'inversion, il faut exposer ce

c'est que prose et que vers. » Sans doute il a fallu commencer par-là ; mais votre Emile sait lire peut-être. En est-il encore à ses premiers élémens ? ou vaudroit-il moins que le sauvage et l'homme de l'enfance du monde, pour qui la poésie ne fut point un langage inconnu ?

(3) Par l'odeur alléché. Attiré, comme bien des animaux le sont par l'odeur ou par la vue da lait. L'image s'en retrouve. dans l'étymologie latine du mot allécher, allicere , que l'on auroit dû conserver dans la prose comme dans les vers. Pourquoi supposer , avec J. J.., que le Renard vienne de loin ? La scène se passedans un bois; le Renard ne peut-il avoir son terrier près de l'arbre. où le Corbeau se trouve-perché ?

(4) Lui tint à-peu-près ce langage.. Ne croiroit-on pas que La Fontaine a été témoin de l'aventure, qu'il a entendu la conversation, et que son exactitude portée jusqu'au scrupule , ne eraint que de ne pas rapporter avec assez de fidélité les paroles du Renard ?

(5) Eh! bon jour. Le ton familier suppose une connoissance déjà faite, par conséquent dispense des préliminaires. Monsieur du Corbeau. Votre Emile sait bien que la fable est le tableau de la société; donc, qu'elle en doit retracer le langage. Du Corbeau,

titre d'honneur, bien mieux dans le style de la fable, que la simple appellation de monsieur le Corbeau. Tout flatteur a l'abord si respectueux.

(6) Que vous êtes joli! que vous me semblez beau! J. J. RousSeau citoit probablement de mémoire; il a écrit : que vous êtes charmant, que vous me semblez beau ! Et il s'écrie: cheville, redondance inutile! La Fontaine entendoit mieux l'art des gradations ; il a dit : que vous êtes joli ! que vous me semblez beau! Ces expressions ne sont point synonymes. Ce qui est joli plaît au premier apperçu; ce qui est beau attache; le joli conimence la séduction, Je beau l'achève et la fixe. Le Corbeau reunit et ce que l'on aimę et ce que l'on admire. Cette exagération n'est pas perdue pour l'élève; il fait d'avance des voeux contre le stupide animal qui se Jaisse ainsi cajoler.

(7) Sans mentir.« Il ment toutefois en protestant de sa sincérité.. Eh! n'est-ce pas-là le ton des sociétés ? Fait pour vivre avec les hommes, que votre élève apprenne de bonne heure à s'en délier et à ne pas croire légèrement à leurs paroles.

(8). . . Si votre ramage

Se rapporte à votre plumage. Ce qn'il y a de plus perfide dans la flatterie, c'est l'art avec lequel elle sait intéresser l'amour-propre, non seulement dans les éloges qu'elle lui prodigue, mais dans les soupçons qu'elle laisse tomber sur les perfections; comment alors résister à cette espèce de défi? Il faut bien venger sa réputation, et montrer que la beauté de la voix se rapporte à celle du plumage.

(9) Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. Emile demande ee que c'est que le Phénix. Je lui réponds que les poètes nous parlent d'un oiseau d'une admirable Beauté, unique dans son espèce. Je pourrai même lui citer la magnifique description que Claudien en a faite ; une autre fois je lui dirai ce qu'il doit penser de ces fictions. Emile va conclure avec le Corbeau de la fable, qu'il est un oisean admirable et sans pareil. C'est notre ancienne comédic qui avoit transmis à La Fontaine ainsi qu': Despréaux, cette similitude : « Celle que je vous ai promise est le phénix des servantes, » dit-on, dans la farce de Gros Guillaume. ( Anecd. Dram. T. I. p. 340). Des hôtes de ces bois. Figure brillante souvent imitée depuis La Fontaine.

(10) A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie. Il faut, nous dit-on, des passions dejà bien vives pour avoir éprouvé que l'excès de la joie en détruit le sentiment. Mais Emile est-il condamné à ne connoître que ce dont il aura fait une expérience personnelle ?

(11) Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Ce vers est admirable , l'harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert, j'entends tomber le fromage à travers les branches. J. J. Rousseau. (12) Le Renard s'en saisit, et dit : mon bon monsieur,

Apprenez que tout flatteur. Voilà l'orgueilleuse crédulité du Corbeau punie d'abord par la perte de son butin , ensuite par l'insulte. Plus l'ironie est amère, plus la correction est profitable. Remarquez, en passant, que monsieur rime mal avec flatteur, à cause de la différence de prononciation.

(13) Vit aux dépens de celui qui l'écoute. «Jamais, dit J. J. Rousseau, enfant de dix ans n'entendit ce vers-là. » Je suppose la chose vraie. Pour aider son intelligence, je mets à côté du vers de La Fontaine ce passage d'un autre fabuliste en parlant du singe :

Il fait rire les gens ,
Se moque d'eux en face et vit à leurs dépens.

(Fablier Franç. L. XI. fab. 17). Eh bien ! mon jcune élève, est-il vrai que vous n'entendiez pas ?

(14) Cette leçon vaut bien , etc. La morale est excellente ; si la. plaisanterie est cruelle , elle est aussi bien méritée. Ce qu'il y a de très-adroit, de vraiment comique, c'est que la leçon faite au Corbeau dupé, lui vienne du Renard qui le dupe. - Le fabuliste allemand, Lessing, fait enlever par le Corbeau un morceau de chair empoisonnée, et le Renard trouve dans son vol même le châtiment de son vol. Richer donne au Corbeau sa revanche sur le Renard, L'exemple gagne jusqu'au poète , qui vole sans façon à La Fontaine plusieurs des traits de sa jolie fable..

LIBRARY

F A B L E I II. La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que

le Bæuf. (Avant La Fontaine), FABUL. LATINS. Phèdre, L. I. fab. 24. L’Anonyme, f. 41. Camérarius (en franç. Cammermeister), f. 188.

Une Grenouille vit un Boeuf

Qui lui sembla de belle taille; Elle qui n'étoit pas grosse en tout comme un auf, Envieuse, s'étend et s'enfle et se travaille (1), Pour égaler l'animal en grosseur,

Disant : regardez bien, ma seur ; Est-ce assez ? dites-moi, n'y suis-je point encore ? -Nenni.-M'y voici donc? - Point du tout.- M’y voilà? Vous n'en approchez point (2). La chétive pécore

S'enfla si bien, qu'elle creya (3). Lemonde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Toutbourgeoisveut bâtir comme les grands seigneurs; Tout petit prince a des ambassadeurs ;

Tout marquis veut avoir des pages (4).
(Depuis La Fontaine). FRANÇ. Esope en belle humeur, f. 33.
Boursaut, coméd. des fab. d'Esope, act. 4. sc. 3. Fables en chans.
L. I. fab. 13. Benserade, fab. 34.

NOTES D'HISTOIRE NATURELLE.
LA GRENOUILLE, animal amphibie, plus aquatique

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