Oldalképek
PDF

En quoi notre amoureux ne se pressoit pas tant (3).
Bien adresser n'est pas une petite affaire.
Deux veuves sur son cœur eurent le plus de part (4):
L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre (5),
Mais qui réparoit par son art
Ce qu'avoit détruit la nature.
Ces deux veuves en badinant,
En riant , en lui faisant fête,
L'alloient quelquefois testonnant (6),
C'est-à-dire, ajustant sa tête.
La vieille, à tout moment, de sa part emportoit
Un peu du poil noir qui restoit,
Afin que son amant en fût plus à sa guise.
La jeune saccageoit les poils blancs à son tour (7).
Toutes deux firent tant, que notre tête grise
Demeura sans cheveux, et se douta du tour.
Je vous rends, leur dit-il, mille graces, les belles,
Qui m'avez si bien tondu :
J'ai plus gagné que perdu :
Car d'hymen point de nouvelles.
Celle que je prendrois voudroit qu'à sa façon
Je vécusse, et non à la mienne.
Il n'est tête chauve qui tienne :
Je vous suis obligé, belles, de la leçon.
(Depuis La Fontaine ). FRANÇA1s. Boursaut, coméd. des fables

d'Esope, act. V. sc. 5. Fables en chansons, Liv. IV. fab. 41. LATINs. Le Beau, fables, pag. 37.

[ocr errors]

(1) Et tirant sur le grison. Avançant vers l'âge où les cheveux et le poil grisonnent et blanchissent.

(2) Il avoit du comptant. Il étoit riche en argent comptant.

Et partant. Ces sortes de négligences ne sont permises à personne, pas même à La Fontaine. · #

(3) En quoi notre amoureux, etc. En quoi n'a jamais été synonyme de pourquoi , à cause de quoi ; d'ailleurs, il est trop rap

proché de de quoi, au vers precédent. * !

(4) Deux veuves sur son cœur eurent le plus de part. On dit : avoir des droits sur, avoir part à.

(5) Et l'autre un peu bien mure. Bien n'est ici que de remplissage. Bien devant un adjectif, en fait un superlatif. Comment accorder un peu, marquant petite quantité, avec bien mure, marquant une maturité très-avancée. On lit pourtant dans un écrivain d'ailleurs correct :

L'estomac fort, mais l'ame un peu bien dure.

(6) L'alloient quelquefois testonnant. La Fontaine explique ce mot dans le vers suivant, c'est-à-dire ajustant sa téte. Il est emprunté de Rabelais qui dit, en parlant d'un jeune page « qu'il étoit tant testonné, tant bien tiré, tant bien espousseté, » etc. ( Gargantua, L. I. ch. 15). De même encore au sujet de l'éducation de Gargantua, L. I. ch. 23. , -

(7) Ea jeune saccageoit les poils blancs à son tour. Saccageoit, expression hardie, qui peint bien la pétulance avec laquelle cette jeune femme travailloit la tête de son prétendu, comme le soldat vainqueur exerce ses ravages dans une ville prise d'assaut.

[ocr errors]
[merged small][merged small][ocr errors]

(Avant La Fontaine). GREcs. Esope, fab. 8, cité par Plutarque (dans ses Symposiaques, L, I. quest. 1. traduct. de l'abbé Ricard, p. 128).— LATINs. Phèdre, L. I. f. 29. Anonyme, f.33.Camérarius, p. 185.

Courèr le Renard (1) se mit un jour en frais (2),

Et retint à dîner commère la Cigogne (3).

Le régal fut petit, et sans beaucoup d'apprêts.
Le galant (4), pour toute besogne (5),

· Avoit un brouet clair (6); [ il vivoit chichement].
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette. -
La Cicogne au long bec n'en put attraper miette,
Et le drôle eut lapé le tout en un moment (7).
· Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de-là, la Cicogne le prie.
Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie (8). •
A l'heure dite, il courut (9) au logis
De la Cicogne son hôtesse,
Loua très-fort sa politesse (1 o),
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit sur-tout ; Renards n'en manquent point.
Il se réjouissoit à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyoit friande.
On servit, pour l'embarrasser, -
En un vase à long col, et d'étroite embouchure.
Le bec de la Cicogne y Pouvoit bien passer,

Mais le museau du Sire (1 1) étoit d'autre mesure ;
Il lui fallut à jeun retourner au logis ; .
Honteux comme un Renard( 2)qu'unepouleauroit pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille. .

Trompeurs, c'est pour vous que j'écris,
Attendez-vous à la pareille.
(Depuis La Fontaine). FRANçAIs. Fables en chansons, L. III,
fab. 27. Fables en action, pag. 18.

NOT É S D' HISTOIRE NATURELLE.

LE RENARD. Voyez Fable II de ce premier livre.

LA C1coGNE espèce de gros oiseau de passage, de plumage blanc et noir, qui a un long bec rouge, et qui fait son nid sur le haut des maisons. ( W. L. III. f. 9 )

[ocr errors]

(1) Compère le Renard. Les titres de compère et commère, établissent entre homme et femme une parenté adoptive , familière, la plus libre de toutes. On appelle aussi compère, un homme adroit, fin, qui va à ses intérêts, et dont on doit se défier. Tout cela rapporté au caractère du Renard, lui convient à merveille.

(2) Se mit un jour en frais. On voit un avare qui donne rarement; c'est un extraordinaire. Quelle en sera la suite ?

(3) Et retint à dtner commère la Cigogne. Le Renard fait les avances, ce qui rend l'affront fait à la Cicogne plus piquant. (L'abbé Batteux. )

(4) Le galant. Ce mot signifie amoureux, cherchant à plaire aux dames. Un repas où les conviés sont du même sexe, exige moins de recherches; autrement il en faut davantage. Le Renard sait trop bien vivre, il est trop galant pour manquer à ces convenances.Le galant est donc pris ironiquement.

(5) Besogne. Le poète a ramené ce mot à son sens antiqueMuse, disoit le poète Maynard :

On admire votre besogne ;
Mais vous n'avez ni feu, ni lieu.

[merged small][ocr errors][ocr errors][ocr errors]

C'est-à-dire que tous les efforts d'esprit du Renard, n'avoient pas été au-delà de ce clair brouet. (6) Brouet, espèce de bouillon que l'on sert aux nouveaux époux. On croit voir un repas de noce, mais d'une noce de vilain. Brouet est vieux.« Le trop grand feu fait jeter le brouet hors le pot.» (Hist. maccaron. L, I. pag.4 ) Et plus anciennement : « Premièrement feras cuyre en cane ton froment, après mettras dedans le jus ton broet de chairgrasse. » Didier Cristol, traduct. franç. du Traité de Platine de obsoniis, L. VIII. ch. de la Fromentée. (7) La Cicogne au long bec n'en put attraper miette, - Et le drôle eut lapé le tout en un moment. Spectacle très-plaisant, l'un qui se gorge, et l'autre qui regarde ! La Cicogne au long bec : cette image en dit assez, elle peint l'animal et la cause de son abstinence forcée. IV'en put attraper : tant le gourmand a soin de ne rien perdre, Et le drôle : on sait ce que c'est qu'un drôle (Batteux). Lapé : Quelle différence s'il y avoit mangé ! (Batteux). (8) . . . . Car avec mes amis, Je ne sais point cérémonie. Le gourmand est toujours prêt. (9) A l'heure dite, il courut au logis. Il n'y va pas , il y coure,

(1o) Loua très-fort, etc. Le lecteur est attentif à la manière .

dont la Cicogne se vengera du trompeur. Plus ces détails donnent une idée avantageuse de la cuisine, plus aussi le Renard sera puni de n'y pas toucher : ce sera le supplice de Tantale.

(1 1) Mais le museau du Sire La malignité sourit à cette expression ordinairement honorifique. On n'est pas fâché de voir cette humiliante représaille.

(12) Honteux comme un Renard, etc.

Serrant la queue, et portant bas l'oreille. Quelle peinture vaus cette description ! Elle saisoit proverbe avant.La Fontaine. On lit dans la Satyre Ménippée, cette comparaison satyrique sur la retraite du duc de Parme :

Et le Renard s'enfuit,
Le menton contre terre, honteux d'esprit et blesme.
(Tom. I. pag. 211 ).

Et dans Régnier : -
La queue en Loup qui fuit, et les yeux contre bas.
(Satyre VIII. vers 22o),

« ElőzőTovább »