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(Sujet historique. Voyez BAYLE, Pensées sur la Comète, T. II. • édit. in-12, pag. 289). 1

- UN envoyé du Grand-Seigneur
Préféroit, dit l'histoire, un jour chez l'Empereur,
Les forces de son maître à celles de l'Empire.
Un Allemand se mit à dire : -
Notre prince à des dépendants
Qui, de leur chef, sont si puissans
Que chacun d'eux pourroit soudoyer une armée.
Le Chiaoux (1), homme de sens,
Lui dit : je sais, par renommée
Ce que chaque Electeur de monde peut fournir ;
Et cela me fait souvenir - -
D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie.

J'étois en un lieu sûr, lorsque je vis passer

Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie.
Mon sang commence à se glacer,
Et je crois qu'à moins on s'effraie :

Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal.

· Jamais le corps de l'animal

Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.

Je rêvois à cette aventure,

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Quand un autre Dragon, qui n'avoit qu'un seul chef,
Et bien plus d'une queue, à passer se présente.
Me voilà saisi de rechef -
", D'étonnement et d'épouvante. : - x
Ce chef passe , et le corps, et chaque queue aussi-
Rien ne les empêcha , l'un fit chemin à l'autre.
Je soutiens qu'il en est ainsi -
De votre Empereur et du nôtre.

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DRAcoN. Dans toutes les langues orientales, il est fait mention du Dragon, sans qu'il soit encore bien décidé s'il existe ou non. Les descriptions ridicules, d'ailleurs si peu constantes, qu'en ont fait la plupart des auteurs, donnent lieu de croire que c'est un être imaginaire. Disons cependant qu'on a peut-être donné indistinctement le nom pompeux de Dragon aux animaux monstrueux du genre des Serpens, des Lézards, des Crocodiles, que l'on a trouvés en différens temps, et qui ont paru extraordinaires par leur grandeur ou par leur figure.

(1) Le Chiaoux, officier de la porte du Grand-Seigneur, qui fait l'office d'huissier. Il porte des armes offensives et défensives ; il assigne les particuliers pour accommoder leurs différens ; et les prisonniers de distinction sont confiés à sa garde. Le Grand-Seigneur a coutume d'en choisir quelqu'un de ce rang pour envoyer en ambassade vers les autres puissances.

« La plupart des fables et des contes, ont fait le tour du globe. La Fontaine met en Europe la scène, où il suppose que fut fait le récit de cette aventure, récit que les Orientaux mettent dans la bouche du fameux Gengiskan, à l'occasion du Grand - Mogol , prince qui dependoit en quelque sorte de ses grands vassaux. Au surplus, ce récit ne peut pas s'appeler une fable; c'est une petite histoire allégorique, qui conduit à une vérité morale. »

Champfort.

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(Avant La Fontaine), GREcs. Esope, fab. 39. ( Le Lion et

l' Ours. C'est un Renard qui fait le rôle du troisième voleur , dans la fable grecque). - LATINs. Erasme, dans Camerar. p.463.

Pour un Ane enlevé (1) deux Voleurs se battoient ;
L'un vouloit le garder, l'autre le vouloit rendre.
Tandis que coups de poing trottoient,
Et que nos champions songeoient à se défendre,
Arrive un troisième larron
| Qui saisit maître Aliboron (2).

L'Ane, c'est quelquefois une pauvre province :
Les Voleurs sont tel et tel Prince,
Comme le Transilvain, le Turc et le Hongrois :
Au lieu de deux (3), j'en ai rencontré trois.
Il est assez de cette marchandise.
De nul d'eux (4) n'est souvent la province conquise.
Un quart voleur (5) survient qui les accorde net,
En se saisissant du Baudet.

(Depuis La Fontaine). FRANçAIs. Fables en chansons, L. I. f. 49. —ALLEM. M. Lessing, L.II. f. 2.L'Agneaugardé, (Deux Chiens se disputent un Agneau; l'un pour l'enlever, l'autre pour le défendre : pendant le débat l'Agneau est mis en pièces). - ITAL. Luig. Grillo, fav. 67.

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L'ANE. Voyez Liv. II. fable 1o.
L'Ane disfere beaucoup du cheval par la petitesse de

»

sa taille, par ses longues oreilles qui ne contribuent pas peu à la finesse de son ouie, par sa queue qui n'est garnie de poils qu'à l'extrêmité, par son port qui n'a point la noblesse de celui du cheval, par sa voix esfrayante, par son braire désagréable,et par la figure hideuse qu'il prend quelquefois en relevant ses lèvres; mais combien de qualités utiles rachètent tous ces défauts extérieurs : Il est dur et patient au travail; il porte de grands fardeaux à proportion de sa grosseur, sur-tout lorsqu'on le charge sur les reins, cette partie étant plus forte que le dos. Il est sobre et de la dernière frugalité ; il s'accommode de toutes sortes de nourriture. C'est la ressource des gens de campagne qui ne peuvent pas acheter un cheval et le nourrir.

L'Ane a, dans le langage poétique, plusieurs dénomi· nations : celle d'Aliboron, que La Fontaine lui donne ici, est la plus grotesque. Le Dictionnaire de l'Académie françoise entend par ce mot, un homme qui veut se mêler de tout , qui fait le connoisseur en tout, et qui ne se «connoît en rien (au mot maître ). Certes, ce n'est point La Fontaine qui a rédigé cet article.

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(1) Pour un Ane enlevé. Le mot enlevé ne se dit que des corps maniables qu'on emporte en les soulevant. Hercule enlève le trépied d'Apollon. Pluton enlève Proserpine. Cacus dérobe les vaches d'Hercule : on n'enlève point un Ane. Le poète s'est corrigé : en se saisissant du Baudet, dit-il au dernier vers. Cette expression ne vaut pas mieux ; on saisit une maison, on ne se saisit point d'un Ane.

(2) Maître Aliboron, vieux mot. On écrivoit jadis aliborum. Je le crois synonyme de maître fou , comme si l'on disoit : ad elleborum, vas à l'ellébore retrouver ta raison. Dans l'ancienne comédie de la Passion de J. C., à personnages (imprimée in-4°.

44 L T V R E I.
chez Philippe Lenoir, en 1532 ), les satellites Gadiser et Griffon,
à la vue du Sauveur vêtu du manteau dérisoire, comme un insensé :
Gadifer : sire roi , maistre aliborum. -
Griffon : hoè ! ave, rex Judeorum. j '
La Fontaine ne l'a sans doute pas cherché si loin, il avoit lu dans
le poète Sarrazin ( Testament de Goulu ) :
Ma sotane est pour maître Aliboron :
Car la sotane à sot Ane appartient.
(3) Au lieu de deux. Qui auroit cru que La Fontaine pût être
· malin ? Il l'est pourtant, mais comme un enfant aimable, dont
l'innocente naiveté laisse échapper des traits satyriques dont il est
impossible que l'on se fâche. -
(4) De nul d'eux. La transposition rend ce vers lourd et mauvais.
(5) Un quart voleur, pour un quatrième. Louis XIV pouvoit
se reconnoître ici plus aisément que dans les prétendues allegories
du Telémaque ; et pourtant, sous ce roi despote, La Fontaine
vécut et mourut libre. -

----------------------------------------------F A B L E X I V.

Simonide préserve par les Dieux.

(Avant La Fontaine). LAT1Ns. Phèdre, L. IV. f. 24. Quintilien, Instit. Orat. L. XI. c. 2. Cicéron (de Invent. Rer. L.II. ).

ON ne peut trop louer trois sortes de personnes,
Les Dieux, sa Maîtresse et son Roi. .
Malherbe le disoit : j'y souscris quant à moi :
Ce sont maximes toujours bonnes.
La louange chatouille et gagne les esprits.
Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix (1).
Voyons comme les Dieux l'ont quelquefois payée.

Simonide (2) avoit entrepris.
L'éloge d'un Athlète; et la chose essayée,

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