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simple : c'est Que-si-que-non, frère de la Discorde ; c'est l'ienet-mien, son père, etc. ». (Marmontel.) Les uns disent que si, et les autres que non.

(Scarron.) Platon dit qu'une ville est heureuse, quand on n'y connoît pas le tien et le mien. (Plutarque, Préceptes de Mariage, T. II. trad. de Ricard, p. 152. Boileau, Sat. XI.) S'il

y avoit un genre auquel il fallût assigner cette longue épi. gramme, ce seroit au conte plutôt qu'à l'apologue. Quelques traits de satyre un peu malins contre les prêtres et les couvens, pourront lui tenir lieu de tout autre mérite auprès de certains lecteurs, mais ne seront point des titres suffisans aux yeux de ces philosophes qui veulent jusques dans les jeux de l'esprit une instruc tion grave et une morale saine.

C'est à Plutus, dieu de l'intérêt, que Gay rapporte la mésintelligence trop ordinaire entre l'amour et l'hymen.

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(Avant La Fontaine). Latins. Abstemius, fab. 12. — - FRANC. La Veuve, par Gautier Le Long , fabliaux de Le Grand, T. III,

pag. 365.

LA

perte d'un époux ne va point sans soupirs. On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole (1);

Le temps ramène les plaisirs.
Entre la Veuve d'une année,

Et la Veuve d'une journée ,
La différence est grande. On ne croiroit jamais

Que ce fut la même personne.
L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits:

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Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne,
C'est toujours même note , et pareil entretien (2).

On dit qu'on est inconsolable :
On le dit (3), mais il n'en est rien ;
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.

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L'époux d'une jeune beauté Partoit

pour

l'autre monde. A ses côtés sa femme Lui crioit: Altends-moi, je te suis (4): et mon ame Aussi bien que la tienne , est prête à s'envoler (5).

Le mari fait seul le voyage (6).
La belle avoit un père, homme prudent et sage :

Il laissa le torrent couler (7).

A la fin, pour la consoler,
Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes (8):
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
Puisqu'il est des vivans, ne songez plus aux morts (9).
Je ne dis pas que

tout-à-l'heure
Une condition meilleure,

Change en des noces ces transports ;
Mais après certain temps, souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt (10). Ah! dit-elle aussitôt,

Un cloître est l'époux qu'il me faut (11).
Le père lui laissa digérer sa disgrace.

Un mois de la sorte se passe.
L'autre mois, ou l'emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l'habit, au linge, à la coëffure :

Le deuil.enfin sert de parure,

En attendant d'autres atours.

Toute la bande des Amours
Revient au colombier (12); les jeux, les ris, la danse,

Ont aussi leur tour à la fin.
On se plonge soir et matin

Dans la fontaine de Jouvence (13).
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri.
Mais comme il ne parloit de rien à notre belle:

Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis ? dit-elle.

(Depuis La Fontaine). Ital. Luig. Grillo, fav. 42.

OBSERVATIONS DIVERSES.

Quelle différence de cette fable à la précédente ! Il est vrai encore que celle-ci n'est point un apologue; ce n'est aussi qu'une épigramme que J. B. Rousseau eût réduite à sept ou huit vers ; mais quel qu'en soit le genre , apologue ou non, c'est un petit chefd'oeuvre de narration, où la grace se mêle à l'enjouement, l'esprit à la naïveté. La versification en est pure, l'élocution juste, animée , pleine de goût; les détails riches , variés, charmans; tla plaisanterio fine, exquise. Non, encore une fois, ce ne sera pas une fable; mais c'est, comme l'a dit La Fontaine , la vérité, et la vérité parée de la ceinture de Vénus.

(1) Sur les ailes du T'emps la tristesse s'envole, etc. Idée noble , revêtue d'une expression riante. S. Evremond nous apprend que la fameuse duchesse de Mazarin, la belle Hortense, citoit

(Euv, div. T. V. p. 343.) (2) Pareil entretien. Semblable seroit aujourd'hui plus exact ; mais ces deux mots étoient synonymes du temps de Malherbe, de Corneille et de La Fontaine.

(3) On dit qu'on est inconsolable :

On le dit, etc. Cette répétition est pleine de finesse et de naturel.

(4) Attends-moi, je te suis , etc. Ces vers respirent cette molie

souvent ce vers,

langueur qui caractérise une afliction récente : on ne les lit point sans en être pénétré soi-même.

(5) Est préle à s'envoler. Les anciens représentoient l'amé sous la forme d'un papillon , dont les ailes déployées la lancent dans les airs. Ainsi l'allégorie est juste ; l'application en est heureuse. Le mot envoler marquant la rapidité avec laquelle l'épouse desire rejoindre son époux.

(6) Le mari fait seul le voyage. Image familière , parce qu'un conle n’exige pas la gravité d'une oraison funèbre.

(7) Le torrent couler. Ces grandes douleurs qui ont l'impéInosité bruyante d'un torrent, passent aussi bien vîte comme lui. La comparaison des pleurs coulant en abondance et par torrent, est antique : on la rencontre dans les saintes écritures, ce trésor inépuisable de toutes sortes de richesses, où l'on trouve d-la-fois, dit un écrivain eloquent , tous les Grecs et tous les Romains : David Simonides noster, Pindarus , Alcxus, Flaccus quoqué.

(8) Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes, etc. Ces vers semblent plutôt nés qu'ils ne sont faits. Qu'a besoin le funt que vous noyiez vos charmes ? Qu'a besoin : ce motif est pressant ; personne ne nous sait gré d'une tendresse qui ne sert à personne. Le défunt ne dit point votre époux: d'abord pour ne point porter le doigt sur la plaie ; ensuite pour eloigner de ses souvenirs un nom qui fait couler ses pleurs. Défunt s'applique à tout le monde. Que vous noziez : dans ce torrent de larmes qui coulent de ses yeux. Rien de forcé dans la métaphore : ce torrent menace d'une espèce de naufrage ses charmes le bien le plus précieux pour une femme, pour une veuve; rien qui ne soit très-adroit dans l'exagération que présente la métaphore.

(9) Puisqu'il est des vivans , ne songez plus aux morts. L'antithèse la plus juste est celle qui est non pas en image, mais en raisonnement. Celle-ci est du meilleur choix.

(10) Et tout autre chose que le défunt. Quel vaste champ pour l'imagination et la curiosité! Est-il veuve au monde qui résistât à ce motif ? Si l'on aima un premier mari, combien l'on aimera davantage encore le second, puisqu'il sera tout autre chose ! Il n'y a plus rien à ajouter à cela. Aussi l'exhortation du père finitelle à cet argument.

(11) Un cloltre est l'époux qu'il me faut. La répartie est vive,

comme

comme le langage des grandes douleurs. Le poète s'est imité luimême dans ce vers d'une de ses épîtres à une Abbesse :

Il fut conclu par votre parentage ,
Qu'on vous feroit un Couvent épouser.

( @uy, div. T. I. p. 40.) (12) Toute la bande des Amours revient au colombier. Ce vers est éclairci par ceux du poète Rousseau :

En ce lieu donc Amours de tout plumage ..
De toutes parts viennent se rallier,
Tels que Pigeons volans au colombier.

( Allég. Livr. I. La Volière.) Le commentaire est élégant; la première idée réunit la précision à l'enjouement.

(13) On se plonge soir et matin

Dans la fontaine de Jouvence. Fontaine poétique , dont les eaux avoient la vertu de rajeunir. Ainsi la veuve se rajeunissoit, soit par les essences dont elle se baigne, soit par les vêtemens plus gais qu'elle échange contre les crêpes et les habits de deuil.

Bonaventure Desperriers , dans Cymbalum mundi ( Dialog. III. p. 121 ) : « Me desrober, et m'en aller en la vallée de Joyssance, où est la fontaine de Jouvance, en laquelle je me joue , je me rafreschi et récrée , et y fais mon heureux séjour ». Un ancien fablian la place au pays de Cocagne. La source de cette fiction, qui a parcouru l'univers, vient sans doute des traditions orientales , qui mettent dans le Paradis Terrestre une fontaine comme an arbre de vië ( V. d'Herbelot , p. 738). De cette fontaine est venue pour nos romanciers la fontaine de Jovent ou Jouvence,

Tome I,

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