Oldalképek
PDF
ePub

Un fort beau Roussin d'Arcadie (8);

J'en voudrois faire un orateur.

Sire, vous pouvez tout, reprit d'abord notre homme. On lui donna certaine somme.

[merged small][merged small][ocr errors]

Mettre son Ane sur les bancs (9):

Sinon, il consentoit d'être en place publique Guindé la hare au col (10), étranglé court et net, Ayant au dos sa rhétorique (11),

Et les oreilles d'un Baudet.

Quelqu'un des courtisans lui dit qu'à la potence
Il vouloit l'aller voir; et que, pour un pendu,
Il auroit bonne grace et beaucoup de prestance:
Sur-tout qu'il se souvînt de faire à l'assistance
Un discours où son art fût au long étendu ;
Un discours pathétique, et dont le formulaire
Servit à certains Cicérons
Vulgairement nommés larrons.
L'autre reprit : Avant l'affaire,

Le Roi, l'Ane, ou moi nous mourrons.

Il avoit raison. C'est folie

De compter sur dix ans de vie (12).

Soyons bien buvants, bien mangeants,

Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans..

(Depuis La Fontaine ), FRANÇAIS. Fables en chansons, L. II. fab. 42. Richer Martelli, la Boutique à deux sols, Liv. I. fab. 18. Bosquillon, conte de l'Adroit Esclave (dans un recueil de Poésies anciennes et modernes, imprimé à Paris, Durand, 1781, T. I. pag. 109.) LATINS. Desbillons, L. X. faḥ, 3.

OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) Tantôt l'un en théâtre, etc. Il seroit mieux de dire : en plein théatre; ou bien sur un théâtre.

(2) Affronte l'Achéron. La mort. L'expression est hardie; elle est riche et belle. Virgile vante le bonheur de celui qui a mis sous ses pieds l'avare Acheron (Georg. Liv. II. v. 495). Le héros de notre apologue fait plus : il ose le regarder en face, le combattre de front. (Achéron, fleuve des enfers; et les enfers sont, en style poétique, l'empire des morts). Tels ces Saltimbanques que l'on voit sur les tréteaux effrayer l'oeil et l'imagination des spectateurs, par les tours d'adresse les plus périlleux, et tout cela pour amasser le peuple et vendre leur orviétan.

(3) Un Passe-Cicéron. Expression devenue proverbiale depuis La Fontaine, pour exprimer une éloquence qui passe celle de Cicéron.

[ocr errors]

(4) Un badaud. On a beaucoup disserté sur l'étymologie de ce mot que l'on trouve quelquefois écrit budeau; mais on ne conteste point sur sa signification : il est synonyme de niais, imbécille, etc. Budée, célèbre professeur, l'appliquoit par antonomaze aux Parisiens: Rabelais les gratifie du même surnom dans ses ouvrages. C'est à notre postérité à juger si les Parisiens d'aujourd'hui se sont maintenus dans la possession de ce titre antique.

(5) Oui, Messieurs, un lourdaud. La Fontaine alloit-il, comme le célèbre Bayle, se mêler dans les groupes des badauds ramassés autour d'un charlatan, pour en étudier les mœurs et le langage? Tout cela est plein de gaieté. On remarquera combien l'ellipse donne de rapidité au discours de l'Empyrique.

(6) Mattre passé. Comme a dit Marot:

Qu'il soit des fols mattre passé.

(Epitaph. VI. T. I. p. 482.)

(7) Et veut qu'il porté la soutane. Robe longue qui fait l'habillement particulier des Clercs, les seuls qui pussent autrefois ré

genter.

(8) Roussin d'Arcadie. Province grecque, dont les ânes étoient renommés. Roussin se dit de l'âne; mais originairement il ne

se disoit que des chevaux. Roussin ou ronsin dérive, selon toute apparence, de l'allemand ross; et ross de russus, roux; la plupart des chevaux étant roux. D'autres le font venir de ronces, dont on portoit un paquet au devant du seigneur lorsqu'il arrivoit dans sa terre, monté sur son roussin. Voyez Coutume de Tourraine (art. 96 et 97). Les roussins étoient des chevaux communs servant aux vilains pour leur labour, dit M. de Sainte-Palaye ( Mémoires sur l'Anc. Chev. T. 1. p. .51).

(9) Sur les bancs. Etre sur les bancs, c'est faire sa licence, les dernières études de droit, de théologie, etc. Les bancs sont pour les étudians, ce qu'est la chaire pour le professeur.

(10) La hare au col. Hare on hart, comme l'écrivoient Marot, Rabelais, etc., est proprement cette branche verte et souple dont on lie les fagots: de là on l'a fait signifier le lien ou corde dont on étrangle les criminels. On lit dans les Ordonnances: à peine de la hart, c'est-à-dire, d'ètre pendu; et dans les anciens livres: grand hardeau, c'est-à-dire, vaurien qui mérite la corde.

(11) Ayant au dos sa Rhétorique. Ces cahiers de rhétorique que chaque professeur étoit censé avoir composés pour sa classe.

(12) C'est folie, etc. On voit combien cette morale est étrangère au sujet. Mais La Fontaine n'a prétendu faire ici qu'un conte à la Rabelais; et il faut convenir que le disciple a bien surpassé son maître.

Bosquillon a imité dans son joli conte de l'Adroit Esclave, plusieurs traits de cette fable: Frégose, esclave gênois, imagine, pour sauver sa vie, de supposer qu'il a le secret de faire parler un éléphant Il est délivré sur l'assurance

que dans l'instruction

D'un gradué de si grosse importance,

Le moindre temps, pour le mettre en licence,
Est d'un double quinquennium. . . .

Notre nouveau Docteur entreprit sans façon,
Entouré de Badauds qui crioient au miracle,

De donner en public sa bizarre leçon. . . .

...

Un de ses amis lui demande quel sera le dénouement de cette

comédie :

Va, va, j'ai tout prévu, lui répondit Frégose;

Dix ans, à ton avis, sont-ils si peu de chose?
La mort prendra le soin de dégager ma foi,
Dans ce délai qu'on donne à mon expérience,
Et réduira sous sa puissance

L'Elephant, le Visir ou moi.

Ce fait est arrivé dans une petite ville d'Italic.

FABLE X X.

La Discorde.

LA déesse Discorde ayant brouillé les Dieux (1),

Et fait un grand procès là haut pour une pomme,
On la fit déloger des cieux.

Chez l'animal qu'on appelle homme,
On la reçut à bras ouverts;

Elle et Que-si-que-non, son frère (2),
Avecque Tien-et-mien, son père.

Elle nous fit l'honneur en ce bas Univers,
De préférer notre hémisphère

A celui des mortels qui nous sont opposés,
Gens grossiers, peu civilisés,

Et qui se mariant sans Prêtre et sans Notaire,
De la Discorde n'ont que faire.

Pour la faire trouver aux lieux où le besoin
Demandoit qu'elle fût présente,

La Renommée avoit le soin

De l'avertir; et l'autre, diligente,

Couroit vîte aux débats, et prévenoit la Paix, Faisoit, d'une étincelle, un feu long à s'éteindre,

[ocr errors]

La Renommée enfin commença de se plaindre

Que l'on ne lui trouvoit jamais

De demeure fixe et certaine

Bien souvent l'on perdoit, à la chercher, sa peine.
Il falloit donc qu'elle eût un séjour affecté,
Un séjour d'où l'on pût, en toutes les familles,
L'envoyer à jour arrêté.

Comme il n'étoit alors aucun couvent de filles,
On y trouva difficulté.

L'auberge enfin de l'Hyménée

Lui fut pour maison assignée.

(Depuis La Fontaine). ANGLOIs. Gay, fab. l'Amour, l'Hymen et Plutus.

OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) La déesse Discorde avant brouillé, etc. Tous les Dieux avoient été invités aux nôces de Thétis et de Pélée, à l'exception de la Discorde, qui, pour s'en venger, jeta au milieu de l'assemblée une pomme d'or sur laquelle étoient inscrits ces mots: A la plus belle. Ce prix flatteur excita la rivalité de Junon, de Minerve et de Vénus. L'Olympe prit parti. Il fallut renvoyer à un simple mortel le jugement de ce grand procès; et la querelle de trois femmes jalouses devint un incendie qui mit en combustion et le ciel et la terre. La poésie et la peinture ont uni leurs pinceaux pour décrire ce monstre. On peut regarder comme un dessin original le portrait qu'en a fait Hésiode : La tunique de la Discorde, dit ce poète, est teinte du sang des mortels; son regard est affreux; ses cris portent l'effroi dans les ames. ( Boucl. d'Hercule, p. 213. trad. de Gin.)

(2) Elle et Que-si-que-non, son frère,

Avecque tien-et-mien, son père. « Si La Fontaine introduit des personnages allégoriques de sa façon, c'est toujours en homme

« ElőzőTovább »