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OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) Comme dit Merlin. Le Merlin dont il est ici question, n'est point du tout le célèbre enchanteur de l'Arioste , comme le prétend M. Coste, qui renvoie savamment son lecteur au Dictionnaire de Moréry. C'est Merlin Coccaie ( Folengo), l'auteur de l'Histoire Macaronique. Voici ses propres termes :

Vidimus experti quod quisquis fallere cercat
Deceptum tandem se cernit tempore quoquo.

( Macaron. X. p. 228. éd. Vénit., 1581.) lesquels se trouvent traduits ainsi dans la version de 1606: « Nous avons souvent expérimenté que qui cherche à tromper autrui, est, avec le temps, trompé lui-même ( pag. 337. ) ». Pour conserver la physionomie de l'original, La Fontaine a emprunté des expressions antiques, à moins qu'il ne les ait prises d'une autre version qui nous est inconnue.

(2) Cuide engeigner autrui ,

Qui souvent s'engeigne lui-même. On lit dans un vieux manuscrit anonyme :

Vers vos dame cui cuidoie engignier. La Fontaine a soin de prévenir son lecteur que ces mots sont trop vieux : il les regrette avec raison. Le premier se trouve fréquemment dans les anciens auteurs: il signifie penser. Clém. Marot le fait venir du latin cogitare, penser , estimer, croire d'espérance. ( V. son éd. de Villon , p. 34. note ); et La Ravallière, de oredere (Poés, du Roi de Navarre, T. II. p. 215). On lit dans Rabelais : « Le feu si soubdain, qu'il cuida embraser le paovre

Carpalim» (T. II. p. 235), et bien plus anciennement : «Il ne s'en cuidoit aller de grant temps après » (Roman de Perceforest, T. V. fol. 40, col. 1). L'autre, moins commun, vient, selon Ménage, du latin ingannare. Il se trompe. Il vient du mot engin , ruse , stratageme. De-nailront engins à vous envelopper, dit La Fontaine (L. I. fab. 8). Le Roman de Lancelot du Lac (t. I. fol. 161. éd. in-4°.): « Vous ne pouvez si bien exploicter par, force que par engin ». De-là s'est formé engigner ou engeigner,

est pour

la lettre g s'ajoutant familièrement à l'n, comme dans ung pour un, desseing pour dessein , etc.

(3) Plein d'enbonpoint, gras et des mieux nourris. Peinture gracieuse. On croit voir le Prelat du Lutrin.

(4) Et.qui ne connoissoit l'Avent ni le Carême. Trait malin lancé en passant contre ceux qui oublient un devoir respectable. (5).

Les délices du bain, La curiosité, etc. Tous les motifs de persuasion se trouvent analysés avec autant de force que de précision. Mais sur-tout avec quel art le poète mêle aux jouissances du moment les espérances de l'avenir ! Quelle connoissance du coeur ! Un jour il conteroit à ses petits enfants. La Grenouille ne parle point du plajsir qu'elle doit recevoir : elle met à son invitation plus de désintéressement. Tout

le Rat. La perfide! on ne l'en croira que plus aisément ! (6) Un point sans plus. Comme: un Rat sans plus (Fab. 18. Liv. III.). C'est-à-dire un seul point. M. l'abbé Aubert: Un point sans plus leur ôtoit l'ayantage.

(Liv. II. fab. 8.) (7) Il nageoit quelque peu ; mais il falloit de l'aide. Est-il possible de peindre avec des nuances plus délicates ces hypocrites modesties qui ne confessent jamais leur ignorance, qu'en sauvant l'intérêt de l'amour-propre ?

(8) Dans le marais entrés, notre bonne commère. Rappelons aux commençans que, d'après la règle de l'accord du participe avec son nominatif, il doit en suivre le nombre. Or, dans ce vers, entrés ne sauroit être régi au plurier par notre bonne commère au singulier. C'est que La Fontaine a voulu faire de son participe l'ablatif absolu des Latins: encore faudroit-il qu'il fût précédé d'un nom ou pronom relatif.

(9) Contre le droit des gens, contre la foi jurée. Est-ce l'animal, est-ce le poète qui accuse en ces termes la perfidiz ? Cette réflexion passe dans l'ame du lecteur : on prend parti pour l'opprimé; on atteste les Dieux; on demande vengeance , et on l'obtiendra. Homère l'a dit, et l'expérience le dit encore plus haut :

Le crime rarement jouit d'un long bonheur;
Il tombe tôt ou tard dans les mains d'un vengeur.

( Odiss. L. VIII. v. 329.)

(10) Gorge-chaude et curée. Termes de chasse. Gorge-chaude, portion de chair donnée aux oiseaux de proie. Curée, celle que l'on donne aux chiens.

Nous deviendrons sa proie et sa curée, dit le P. Du Cerceau. (Fab. la Lionne et le Renard.)

FABLE X I I.

Tribut envoyé par les Animaux à Alexandre.

Une fable avoit cours parmi l'antiquité (1);

Et la raison ne m'en est pas connue. Que le lecteur en tire une moralité :

Voici la fable toute nue.

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La renommée ayant dit en cent lieux Qu'un fils de Jupiter , un certain Alexandre, Ne voulant rien laisser de libre sous les cieux, Commandoit

que,

sans plus attendre ,
Tout peuple à ses pieds s'allât rendre ;
Quadrupèdes, Humains, Eléphans, Vermisseaux,

Les républiques des Oiseaux :
La Déesse aux cent bouches (2), dis-je,

Ayant mis par-tout la terreur
En publiant l'édit du nouvel Empereur,

Les Animaux, et toute espèce lige
De son seul appétit (3), crurent que cette fois

Il falloit subir d'autres loix.
On s'assemble au désert. Tous quittent leur tanière.
Après divers avis, on résout, on conclut,

D'envoyer hommage et tribut.

Pour l'hommage et pour la manière
Le Singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit

Ce que l'on vouloit qui fût dit.

Le seul tribut les tint en peine.
Car que donner? Il falloit de l'argent.

On en prit d'un Prince obligeant,

Qui, possédant dans son domaine
Des mines d'or, fournit ce qu'on voulat.
Comme il fut question de porter ce tribut,

Le Mulet et l'Ane s'offrirent ,
Assistés du Cheyal , ainsi que du Chameau.

Tous quatre en chemin ils se mirent
Avec le Singe, ambassadeur nouveau.
La caravane enfin rencontre en un passage
Monseigneur le Lion. Cela ne leur plut point.

Nous nous rencontrons tout à point,
Dit-il, et nous voici compagnons de voyage.

J'allois offrir mon fait à part; Mais bien qu'il soit léger, tout fardeau m'embarrasse,

Obligez-moi de me faire la grace,

Que d'en porter chacun un quart :
Ce ne vous sera pas une charge trop grande ;
Et j'en serai plus libre, et bien plus en état ,
En cas que les voleurs attaquent notre bande,
Et
que

l'on en vienne au combat.
Econduire un Lion rarement se pratique.
Le voilà donc admis, soulagé, bien reçu,
Et, malgré le Héros de Jupiter issu (4),
Faisant chère et vivant sur la bourse publique.

Ils arrivèrent dans un pré
Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré (5),

Où maint Mouton cherchoit sa vie ,
Séjour du frais , véritable patrie
Des Zéphirs. Le Lion n'y fut pas, qu'à ces gens

Il se plaignit d'être malade.

Continuez votre ambassade ,
Dit-il, je sens un feu qui me brûle au dedans,
Et veux chercher ici quelque herbe salutaire,

Pour vous, ne perdez point de temps :
Rendez-moi mon argent, j'en puis avoir affaire.
On débale ; et d'abord le Lion s'écria ,

D’un ton qui témoignoit sa joie :
Que de filles, ò Dieux ! mes pièces de monnoie
Ont produites! Voyez: La plupart sont déjà

Aussi grandes que leurs mères.
Le croît (6) m'en appartient. Il prit tout là-dessus :
Ou bien, s'il ne prit tout, il n'en demeura guères.

Le Singe et les Sommiers (7) confus,
Sans oser répliquer , en chemin se remirent.
Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent,

Et n'en eurent point de raison.
Qu'eût-il fait ? C'eût été Lion contre Lion :
Et le proverbe dit : Corsaires à Corsaires
L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires(8),

OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) Parmi l'antiquité. Parmi ne se joint point aux noms collectifs.

(2) La Déesse aux cent bouches. La Renommée. « Ce Monstro horrible, énorme, dit Virgile , par un prodige étonnant , cache

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