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(Depuis La Fontaine). Fables en chansons, L. II. fab, 38- .

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MoUcHE.Le caractère général et le plus frappant qui fait aisément distinguer les Mouches d'avec d'autres insecfes ailés, c'est d'avoir des ailes transparentes qui semblent être de gaze, ou plutôt une étoffe glacée dessinée en ramage et bordée d'une frange , mais sur lesquelles il n'y a point de cette poussiere que les ailes du papillon laissent aux doigts qui les ont touchés. Leurs yeux sont à réseaux, et ces yeux sont très-multipliés ; leur trompe est musculeuse; c'est un diminutif de celle de l'Eléphant ; elle est velue à l'extrémité, et fendue comme la bouche ; elle leur sert à sucer les viandes et les fruits dont elles se nourrissent.

o B s ERvATIoN s DIvERs Es.

(1) O Jupiter ! dit la première. La vanité et la suffisance de l'insecte éclatent dès son exorde. Elle n'adresse point la parole à sa rivale ; elle la regarde comme trop au-dessous d'elle : c'est à Jupiter qu'elle parle; et cela, moins pour l'appeler en témoignage, que pour lui porter plainte de ce qu'elle appelle l'aveuglement de la Fourmi. - - - * (2) A la fille de l'air ose se dire égale ? Madame Dacier vantoit cette image (note 9 du Liv. XVII de l'Iliade). Elle est bien en effet dans le genre d'Homère, de cet écrivain sublime et naïf dont le caractère distinctif est de tout animer, et à la gloire de qui l'immortelle Française avoit consacré ses savantes veilles. Homère luimême se fût ici reconnu à son langage. • | > (3) Je hante les palais. Expression familière, pour désigner l'extrême liberté avec laquelle elle entre dans les palais, COIllIl18 on entre chez soi. - " " (4) J'en goûte devant toi. Devant toi présente deux sens également favorables à l'amour-propre de l'insecte : j'en goûte en ta présence; ce qui marque la familiarité : ou bien, j'en goûte aoant toi-même, ce que les Latins appeloient prœlibare ; et c'est rinsolence reunie à la fatuité. Le poète paroît s'être expliqué dans ces vers qu'on lit plus bas : - - • " • ' " • ', ! , Et quant à gouter la première , !

e ce qu'on sert devant les Dieux. .

(5) Pendant que celle-ci. Elle ne daigne seulement pas l'appeler rar son nom, ni fixer les yeux sur elle.

- (6) Vit trois jours d'un fétu qu'elle a trafné chez soi. Pas nn mot oiseux. Vit d'un fétu. Quelle proportion d'un fétu à un bœuf! | Trois jours. Il faut être bien misérable pour se condamner à tant ,d'économie. Qu'elle a traîné. Traîner ne convient qu'à une mercenaire gagnant sa vie à la sueur de son front. Chez soi. Et quel chez soi ? des greniers ! Le chez soi de la Mouche, ce sont les palais, c'est la table même de Jupiter. · · · · · • (7) Mais, ma mignone. C'est le ton insultant de la protection. -- (8) Avez-vous dit ? Cette réplique de la Fourmi laisse voir toute la patience qu'elle a à écouter. Sa réponse est un petit chef-d'œuvre de précision, de dialectique et de véritable éloquence. (9) Et quant à gouter la première, etc. Croyez-vous qu'il en vaille mieux, etc. Ces vers laissent quelque chose à desirer du côté de la correction. Quant à ne se joint qu'à un substantif. Il en vaille est suranné. Dans le vers d'après, aussi font, il faudroit ainsi. Mais y a-t-il des fautes au milieu de tant de détails enehanteurs ? - - (1o) Sur la téte des Rois et sur celle des Anes. Seroit-ce la rime qui auroit commandé ce rapprochement ignoble et injurieux même dans les préférences qu'il établit ? Quand Horace a dit : Pallida mors aequo pulsat pede Regumque turres pauperumque tabernas ;

Ce sont les extrêmes qu'il met en opposition ;i et c'étoit là le modèle que le poète auroit pu suivre.

* (11) Vous fassiez sonner vos mérites. Mérite ne s'emploie plus au pluriel qu'en style de dévotion ; les mérites de la Sainte Vierge ;

c'est une perte pour la langue.Voyez comme ici vos mérites relève

le sarcasme du reproche. · (12) Les Mouches de Cour. Les factieux. Les Mouchards. Espions ; parce que, comme les Mouches, ils vont chereher par tout leur pâture. (V. Ménage et Le Duchat, IVotes sur Rabelais , T. II. p. 166 éd. d'Amst. 1726.) | 4 Marie a substitué une Abeille à la Fourmi employée par Phèdre et La Fontaine. M. Legrand lui en a fait un mérite. « S'il est pardonnable, dit-il, à l'Abeille de se donner des louanges, on ne le pardonnera point à la Fourmi, insecte aussi incommode et tout aussi inutile que la Mouche ». (Fabliaux, T. III. p. 338.) Qu'importe, dirons-nous au savant écrivain; qu'importe ce genre de mérite au fabnliste, pourvu que les caractères qu'il prête à ses personnages soient justifiés par l'opinion ?La supériorité de l'Abeille sur la Mouche est une vé1ité si triviale, qu'elle ne peut être disputée par aucun insecte ailé; au lieu que la Fourmi, animal d'une autre espèce, pique bien davantage la curiosité, et par-là donne bien plus d'intérêt à sa défense.

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Le Jardinier et son Seigneur.
· · · :
UN amateur du jardinage, · · . '
Demi-bourgeois, demi-manant, · · · ,
Possédoit, en certain village, - «

Un jardin assez propre, et le clos attenant.
Il avoit de plan vif fermé cette étendue :
Là croissoit à plaisir l'oseille et la laitue,
De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet (1):
Peu de jasmin d'Espagne, et force serpolet.
Cette félicité par un Liévre troublée, -
Fit qu'au Seigneur du Bourgnotre homme se plaignit.
Ce maudit animal vient prendre sa goulée (2)
Soir et matin, dit-il, et des piéges se rit;

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Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit :
Il est sorcier, je crois (3). Sorcier ? je l'en défie, o
Répartit le Seigneur. Fût-il diable (4), Miraut (5),
En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt. .. !
Je vous en déferai, bon homme, sur ma vie ; #
Et quand? et dès demain, sans tarder plus long-temps,
La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
Ca, déjeûnons, dit-il; vos Poulets sont-ils tendres ?
La fille du logis, qu'on vous voye, approchez : -
Quand la marierons-nous ? Quand aurons-nous des gendres ?
Bon homme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez,
: Qu'il faut fouiller à l'escarcelle (6).
Disant ces mots, il fait connoissance avec elle,
Auprès de lui la fait asseoir,
Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir ;
Toutes sottises dont la belle
Se défend avec grand respect : -
Tant qu'au père à la fin cela devient suspect. .
Cependant on fricasse, on se rue en cuisine. .
De quand sont vos jambons? ils ont fort bonne mine.
Monsieur, ils sont à vous. Vraiment, dit le Seigneur,

Je les recois, et de bon cœur. : Il déjeûne très-bien; aussi fait sa famille, Chiens, Chevaux et Valets, tous gens bien endentés : I| commande chez l'hôte, y prend des libertés, •

Boit son vin, caresse sa fille. . -
L'embarras des chasseurs succède au déjeûné.
, , Chacun s'anime et se prépare : ,
Les trompes et les cors font un tel tintamare, -
Que le bon homme est étonné. .

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Le pis fut que l'on mit en piteux équipage " . Le pauvre potager : adieu planches, carreaux, " - Adieu chicorée et poireaux, Adieu de quoi mettre au potage. . , , , . Le Lièvre étoit gîté dessous un maître chou. . On le quête, on le lance : il s'enfuit par un trou, * Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie Que l'on fit à la pauvre haie ' - . Par ordre du Seigneur : car il eût été mal , o . Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval (7). * Le bon homme disoit : Ce sont-là jeux de prince (8): Mais on le laissoit dire ; et les Chiens et les gens Firent plus de dégât en une heure de temps, Que n'en auroient fait en cent ans Tous les Lièvres de la Province.

Petits Princes, videz vos débats entre vous : -, De recourir aux Rois vous seriez de grands fous. o Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,

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(Depuis La Fontaine). FRANç. Fables en chansons, L. IV. f. 1. Le marquis d'Argens (imitation), dans les Lettres Juives, T. I. édit. de La Haye, 1742 , pag. 365. . - |

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• 1 r , - " Cette fable est une scène parfaite pour les caractères et le dialogue. Quel feu ! quelle gaîté ! quelle imitation des mœurs ! Transportez-la au théâtre; Molière, Dufresny, Régnard auroient voulu l'avoir faite. - . -

| (1) De quoi faire à Margot un bouquet pour sa féte. Margot

achève de peindre le lieu de la scène et le personnage. Un bouquet

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