Oldalképek
PDF

Que Baudet aille à l'aise et Meûnier s'incommode ?
Qui de l'Ane ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur Ane !
Nicolas, au rebours : car, quand il va voir Jeanne(21),
Il monte sur sa bête, et la chanson le dit.
Beau trio de Baudets ! Le Meûnier répartit :
Je suis Ane, il est vrai, j'en conviens, je l'avoue :
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,
Qu'on dise quelque chose, ou qu'on ne dise rien,
J'en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, oul'Amour, ou le Prince; Allez, venez, courez, demeurez en province 7 Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement : Les gens en parleront, n'en doutez nullement.

(Depuis La Fontaine). FRANçAIs. Fables en chansons, L. I. fab. 37. Lamonnoie (qui l'a traduite en vers Grecs, T. III. édit.. in-8°. La Haye, 177o, pag. 56). Desforges Maillard, fab. 11

( imitation).

o B s ERvATIoN s DIvER sE s.

(1) A M. de Maucroix. François de Maucroix , chanoine de Rheims, avoit paru d'abord se consacrer à la profession d'avocat, qu'il exerça jusqu'à l'âge de 3o ans. On voulut alors l'engager à se marier : sur quoi il fit sa fameuse épigramme contre le mariage, sans contredit le meilleur de ses ouvrages. Fidèle au principe qui la lui avoit dictée, au moment où l'on s'y attendoit le moins, il prit le parti de l'église. Ses amis en murmurèrent : ils le voyoient à regret quitter Paris; et ce fut à ce sujet que La Fontaine lui adressa cette fable. Nous avons de Maucroix un recueil de vers et de prose, et des traductions parmi lesquelles il faut distinguer la lettre de Brutus à Cicéron,

(2) L'invention des arts étant un droit d'aînesse. C'est-à-dire, l'invention des arts étant due à des peuples venus avant nous, par conséquent les aînés dans cette vaste famille, qui se compose de tous les hommes de lettres de tous les âges.

(3) /Vous devons l'apologue à l'ancienne Grèce. Affirmons, Parce que nous l'avons démontré dans notre Histoire universelle de l'Apologue, que l'apologue fleurissoit bien long-temps avant d'être connu des Grecs.

(4) Autrefois à Racan, Malherbe l'a conté. « A son retour de Calais, où il fut porter les armes en sortant de page, il consulta Malherbe sur le genre de vie qu'il devoit choisir. Malherbe, au lieu de lui répondre directement là-dessus, lui raconta cct ingémieux conte du Pogge, dont La Fontaine a fait une de ses plus jolies fables, intitulée : Le Meunier, etc. (D'Olivet, Hist. de l'Académ. fr. p. 127. éd. de Paris, 173o.)—Racanest célèbre par ses Bergeries ou Poésies pastorales. Boileau en fait souvent l'éloge : tout le monde sait les vers où ce poète parle de lui avec tant d'estime. Citons ici le témoignage que lui rend M. de Maucroix, dans une lettre où il le compare avec Malherbe. « Malherbe, dit-il, croît de réputation à mesure qu'il s'éloigne de son siécle. La vérité est pourtant, et c'étoit le sentiment de notre cher ami Patru, que la mature ne l'avoit pas fait grand poète; mais il corrige ce défaut par son esprit et par son travail... Racan avoit plus de génie que lui; mais il est plus négligé, et songe trop à le copier : il excèle sur-tout, à mon avis, à dire les petites choses ; et c'est en quoi il ressemble plus aux anciens, que j'admire sur-tout par cet endroit »" ( Lettre de Maucroix à Boileau, dans les œuvres de ce dernier, T. IV. p. 17o.) Racan avoit laissé des mémoires pour la vie de son illustre ami. Ce sont ceux qui ont servi à Ménage pour sou édition des CEuvres de Malherbe, ainsi qu'à la belle édition de 1757. ( 1 vol. in-8°. Paris, Barbou.)

(5) Pensers au lieu de pensées. Ce mot, très-fréquent dans les anciens auteurs, n'a vieilli que depuis Louis XIV. On le retrouve encore dans Bossuet, à qui il présentoit quelque chose de bien plus vaste que la simple pensée.

(6) La guerre a ses douceurs , l'hymen a ses alarmes. Vers charmant, par le contraste des images qu'il rassemble, par la forme précise et sentencieuse dans laquelle ces images se trouvent renfermées.

(7) Si je suivois mon gout, je saurois buter : à quel but tendre. « Sec et peu agréable à l'oreille ». Champfort. (8) J'ai lu dans quelqu'endroit. Dans les fables de Faerne, qui l'avoit pris de Pontanus. (In Antonio.) (9) Mais garçon de quinze ans. Toujours et par-tout, ce charme de narration, cette grace facile et naturelle du bonhomme ! (1o) Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit. Le poète est entré dans la pensée de ses acteurs : il a lu dans leur ame leurs desirs, leurs espérances, leurs calculs. (1 1) De rire s'eclata. Il faudroit dire : éclata de rire.Cette faute de langage se trouvoit alors autorisée par bien des exemples :

Un chacun commença de s'éclater de rire.
(Hist. macaron. page 155.)

(12) Le plus Ane des trois n'est pas celui qu'on pense. Un de ces vers devenus proverbes, comme mille autres de La Fontaine. L'espèce d'énigme dont s'enveloppe cette pensée adoucit ce que I'épigramme auroit de trop dûr, et donne au lecteur le plaisir d'en deviner le mot. (13) V'en a cure. Du latin cura, souci, soin. « Mais vous n'avez ni soin ni cure. » ( H. Etienne. Apologie pour Hérodote, T. II. page 489.) • (14) Oh ! , oh ! Tout hiatus déplaît même en prose. Mais l'imitation fidelle se trouve si bien à sa place, qu'on en accuse moins l'écrivain que la langue. Ces interjections continues paroissent ne faire ici qu'un seul mot. Malherbe en a quelques-unes de ce genre , lesquelles ont été justifiées par Ménage, dans ses observations sur ce poète. - (15) Jeune homme qui menez laquais à barbe grise. Son vieux père suivant à pied, a l'air du laquais de Monsieur. (16) C'est grand'honte, Qu'il faille voir ainsi, etc. Qui est-ce qui tient ce langage ? Ce sont de jeunes filles. Faerne n'a pas eu cette délicatesse, ce tact des bienséances, de mettre en œuvre l'étourderie du jeune âge, et l'indiscrète sensibilité d'un sexe trop facile à précipiter ses jugemens. Clocher ce jeune fils.A les entendre, il en est déjà tout boiteux ; sans pitié pour sa jeunesse ! Une mère n'a pas une tendresse plus inquiète pour son fils. Que d'images en si peu de mots !

(17) Tandis que ce nigaud, comme un Evéque assis , Fait le veau sur son Ane. Le contraste est piquant. Que d'honrnêteté pour le fils, d'amertume pour le vieillard ! Comme un Evéque. Plus haut il avoit dit : le portent comme un lustre : ce qui vouloit dire avec des précautions religieuses, pour ne pas heurter. De même ici : comme un Evéque; avec une gravité portée jusqu'à la mollesse. L'injure et l'ironie ne sont point ménagées : voilà bien les arrêts du public. Fait le veau. « En parlant d'un jeune homme qui s'étend nonchalamment, on dit dans le style familier, qu'il s'étend comme un veau, qu'il fait le veau ». (Dict. de l'Acad. franç. Sur cette expression en elle-même, voyez Le Duchat, Votes sur Rabelais, T. V. éd. d'Amst. p. 2o1.) (18) Est bien fou du cerveau, Qui prétend contenter tout le monde et son père, Naïveté charmante devenue proverbe. Est-ce que les pères font classe à part dans le monde ? (19) L'Ane se prélassant. Ce mot est de Rabelais. Un Ane qui prend l'air grave et majestueux d'un Prélat en fonctions ! Ces sortes de rapprochemens un peu malins sont toujours sûrs de plaire, comme dans ces vers de Boileau : Un Valet le suivoit marchant à pas comptés, Comme un Recteur suivi des quatre Facultés. (2o) Un quidam les rencontre, etc. Ce mot n'est point mis là sans dessein. Ainsi un premier venu, un quidam , s'érige en arbitre, en censeur ! La Fontaine pouvoit bien s'appliquer à luimême le sens de son apologue, comme on en peut juger par la plainte exprimée dans ces vers adressés à madame de Thyange : Les conseils ? et de qui ? du public. C'est la ville, C'est la cour, et ce sont toutes sortes de gens, Les amis, les indifférens, etc. (CEuvres mêlées, T. I. p. 93.) (21) Car quand il va voir Jeanne. « La Fontaine, après nous avoir parlé de quolibets coup-sur-coup renvoyés, pouvoit nous faire grace de celui-là ». L'imitation de la nature ne doit pas descendre jusqu'à la trivialité.

[ocr errors]

--*.-*---------------------------------**-"

1F A B L E I I. Les Membres et l'Estomac.

(Avant la Fontaine). ORIENTAUx. Lockman, f.32.— GREcs. Esope, fab. 2o6.— LATINs. Tite-Liv. Liv. II. c. 32. Anon. 55. - ANGLo1s. Shakespeare, Coriolan, act. I. sc. 2.

- J E devois par la Royauté Avoir commencé (1) mon ouvrage ; A la voir d'un certain côté, Messer Gaster (2) en est l'image : S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent. De travailler pour lui les membres se lassant, Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme (3), Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster. -Il faudroit, disoient-ils, sans nous qu'il vécût d'air. Nous suons, nous peinons comme bêtes de somme ; Et pour qui ? pour lui seul : nous n'en profitons pas ; Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas. Chommons(4), c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre. Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre, Les bras d'agir, les jambes de marcher. Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher : Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent. Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ; Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ; Chaque membre en souffrit; les forces se perdirent. Par ce moyen les mutins virent

Que

« ElőzőTovább »