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que terrestre. Son corps est couvert d'une

peau

lisse ordinairement verte, marquée de taches jaunâtres ; sa tête est grosse et applatie', ses yeux saillans , sa bouche très-fendue, ses cuisses longues, agiles et souples. Son cri aigre et dur fatigue l'oreille. La pêche de la Grénouille est amusante; elle fournit à des bouillons et à des ragoûts aussi sains qu’agréables. Elle se laisse prendre au flambeau, à la ligne , à l'amorce d'un morceau de drap rouge qu'elle prend pour de la chair.

Beur. L'homme ne pouvoit seul labourer la terre; il a trouvé dans le Boeuf le compagnon naturel de ses travaux. La grosseur de son col, la largeur de ses épaules, la masse de son corps , la lenteur de ses mouvemens , le peu de hauteur de ses jambes, sa tranquillité même et sa patience dans le travail, tout indique qu'il est fait pour le joug et pour la charrue. Le beuf ne sert guère que depuis trois ans jusqu'à dix : à cet âge nous l'égorgeons pour prix de ses services, et ce domestique laborieux soutient ou répare notre vie aux dépens de la sienne.

OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) Envieuse , s'étend , et s'enfle et se travaille. Comme ce vers: est pittoresque ! M. de Voltaire refuse à La Fontaine le titre de peintre ; ce seul exemple suffiroit pour repousser l'accusation. Que l'on eût donné à Oudry, à Paul Poter le sujet de cette fable & représenter , ils auroient bien saisi dans le gonflement de la Grenouille un point fixe, qu'ils auroient rendu avec l'énergie qui les caractérise ; mais la progression des mouvemens, mais ces efforts ambitieux de l'animal qui se travaille dans tous les sens , auroient échappé à leur pinceau. Ici le vers s'étend et se prolonge avec l'action. L'accumulation des verbes , la répétition embarrassée des

la rendent réellement présente aux yeux. (2) Est-ce assez? dites-moi, etc. Ce dialogue est un modèle de précision et de naturel. On a fait honneur à un écrivain contem

mots,

porain (*) d'avoir donné plus de rapidité au style du dialogue,
en le dégageant des parenthèses dit-il et répondit-il. Régnier,
Rabelais, La Fontaine sur-tout, avoient les premiers droits à cet
éloge.
(3) ..

La chétive pécore S'enfla si bien qu'elle creva. Termes de mépris empruntés du langage commun. - Le récit estsimple, l'expression familière ; c'est que la mort d'une Grevouille victime de sa ridicule prétention , ne méritoit pas plus de colère. Le poète Desforges-Maillard a essayé d'ennoblir cette expression dans ces vers :

Que nous sommes les rois des hôtes des forêts ,

Et de tout ce qu'orgueil a surnommé pécore. (Fab. 8). (4) Le monde est plein de gens, etc. Le sens moral de cette fable avoit-il besoin d'être énoncé ? Phèdre ne l'a pas cru. La Fontaine n'a point imité son prédécesseur; J. J. Rousseau lui en fait un reproche qu'il étend à tous les apologues (**). Que de richesses perdues pour l'apologue et pour la langue, si La Fontaine eût pensé ainsi!

J'observe que deux des plus célèbres personnages de ce siècle, ont jugé La Fontaine avec une excessive sévérité. Ses contemporains furent plus justes envers lui ; les écrivains médiocres lui pardonnèrent sa supériorité, et les plus grands génies , ou présagèrent ses succès, ou les embellirent encore par leurs suffrages.

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(*) L'auteur des Contes Moraux vivoit encore à l'époque où ce commentaire fut composé.

(**) Je voudrois qu'avant de mettre les fables de cet auteur inimitable entre les mains d'un jeune homme, on en retranchậr toutes ces conclusions par lesquelles il prend la peine d'expliquer ce qu'il vient de dire aussi clairement qu'agréablement. [Emile, Liv. IV.)

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(Avant La Fontaine ). Fabul. Latins. Phèdre , L. II. £. 36..

Deux Mulets cheminoient , l'un d'avoine chargé,

L'autre portant l'argent de la Gabelle i
Celui-ci glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

Il marchoit d'un pas relevé,
Et faisoit sonner sa sonnette,
Quand l'ennemi se présentant :

Comme il en vouloit à l'argent,
Sur le Mulet du fisc'une troupe se jette

Le saisit au frein et l'arrête.

Le Mulet, en se défendant,
Se sent percé de coups; il gémit, il soupire:
Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avoit promis?
Ce Mulet qui me suit du danger se retire ;

Et moi j'y tombe et j'y péris !

Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi;
Si tu n'avois servi qu'un meunier, comme moi,
Tu ne serois

pas

si malade.

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(Depuis La Fontaine). FRANÇAIS, Fabl. en chans. L. I. fab. 23.

NOTE D'HISTOIRE NATURELLE.

/

LE MULET. On nomme ainsi l'animal engendré par un cheval et par une ânesse , ou par un åne et une cavale. Il est facile de reconnoître dans l'un et l'autre cas, parce qu'il tient toujours de son père. C'est la monture ordinaire en Espagne. On reproche au Mulet d'être ombrageux; mais il est rusé et plein de mémoire.

OBSERVATIONS DIVERSES.

Et fai

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Début simple, expression correcte, images vives et pittoresques, L'argent de la Gabelle, impôt sur le sel remontant jusqu'au règne de Philippe de Valois, peut-être même jusqu'à celui de Philippe le Long. La clameur publique en sollicitoit la suppression enfin consentie

par Louis XVI. — D’un pas relevé. C'étoit bien là le terme propre, le seul convenable à la marche étudiée du glorieux Mulet. Champfort substitue, d'un pas dégagé : ces expressions no se ressemblent ni pour l'harmonie , ni pour la justesse. sant sonner sa sonnette. Le poète français avoit à lutter contre l'harmonie imitative de ce vers de Phèdre :

Clarumque jactans tintinnabulum. - Sur le Mulet du fisc, ou trésor public. - Et moi j'y tombe et j'y péris. D'autres leçons portent : je péris.

- En riant de la sotte jactance de l'animal, on s'attendrit sur sa catastrophe ; il intéresse encore par son courage à se défendre. C'est dans ce style moitié grave et moitié badin , que Marot rappelle la tragique aventure de Semblancay, dans son Elégie sur la mort de ce riche infortuné. (Euvr. T. I. page 85.) Et c'est-là une des sources de cette naïveté fine et piquante , le vrai caractère de son esprit, que notre fabuliste tenoit et de la nature et de l'imitation des anciens,

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(Avant La Fontaine ). Fabol. Latins. Phèdre, L. III. f. 46. Avien, 37. L'Anonyme, 54.

UN Loup n'avoit que les os et la peau,

Tant les chiens faisoient bonne garde (1):
Ce Loup rencontreun Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli (2), qui s'étoit fourvoyé par mégardes
L'attaquer,

le mettre en quartiers ,
Sire Loup l'eût fait volontiers;
Mais il falloit livrer bataille,
Et le matin étoit de taille
A se défendre hardiment (3).

Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint qu'il admire (4).
Il ne tiendra qu'à vous,

beau sire,
D'être aussi gras que moi , lui répartit le Chien :

Quittez les bois, vous ferez bien;
Vos pareils y sont misérables,

Cancres, heres et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ! rien d'assuré, point de franche lipée !

Tout à la pointe de l'épée!
Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin (5).

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