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Il faut donc s'attendre à trouver dans la science politique quelques. vérités supérieures, desquelles découlent les conditions nombreuses de l'organisation sociale. Les abus auxquels les idées générales ont donné lieu autorisent d'autant moins à les proscrire, que tout principe ne doit être lui-même qu’un fait principal. La gravitation que j'ai citée n'a pas d'existence indépendante ; elle exprime l'état dans lequel se trouvent les uns par rapport aux autres la masse connue des corps célestes. ·

Sans doute il y a eu beaucoup de vide dans les systèmes : mais est-il possiblé de s'en passer? Les compilations les plus informes en portent l'empreinte. Tout se lie, tout se combine dans les choses : celui qui cite un objet de détail a été forcé de le détacher d'un ensemble. De quel instrument se sera-t-il servi, pour ne pas le tronquer ou n'y pas laisser des parties étrangères? Quelle impulsion l'aura conduit à le ranger avant ou après un autre fait? Décrire et coordonner, voilà les deux principales fonctions de l'imagination humaine. Des générations entières se sont plus particulièrement appliquées à l'une de ces deux choses. Pourquoi donc tomberions-nous d'un excès dans l'autre ; et après nous être traînés à la suite des inventeurs d'hypothèses, pourquoi crierions-nous, au système *, comme on criait jadis à l'hérésie ! Opposons avec zèle à des faits inexacts et à des combinaisons mal conçues, des faits plus lucides et des combinaisons meilleures : et ne nous plaignons pas de ce besoin de coordonner, qui féconde l'observation.

Les grandes vérités politiques ont un caractère qui les distingue. Les lois de la physique et du ciel étaient en exercice avant tous les physiciens et tous les astronomes. Les médecins de tous les temps, ont trouvé une sorte de type dans l'homme jouissant de la santé la plus parfaite. Au contraire, il a appartenu aux premiers législateurs d'imaginerles lois humaines; de remplacer ou de modifier, par des combinaisons réfléchies, les combinaisons que les circonstances seules avaient produites ; d'établir enfin un ordre social qui n'existait pas avant eux. Ils furent donc forcés de chercher, hors de leur sujet même, des règles pour leur servir de guide; car telle

* On sait que le mot système signifie réunion, assemblage de plusieurs choses en un corps. Lorsque j'ai dit que décrire et coordonner étaient les deux principales fonctions de l'esprit, j'ai étendu la signification du mot décrire, et lui ai fait embrasser l'idée d'analyse. Cette pensée de Quintilien, qu'on écrit pour raconter et non pour prouver (scribitur ad narrandum et non ad probandum), ne doit recevoir qu'un sens très-restreint, attendu que, parmi les diverses questions auxquelles chaque produit de l'intelligence peut donner lieu, celle-ci : qu'est-ce que cela prouve ? n'est pas de la moindre importance.

est la nature de notre entendement, que dans ses créations les plus sublimes, il ne fait encore qu'imiter.

L'univers visible dont l'ordonnance est si régulière s'offrit aux plus anciens sages de l'Inde, de l'Egypte et peut-être de l'Ethiopie, comme le véritable modèle à étudier pour former le monde social : aussi la cosmogonie fut-elle toujours une partie fondamentale de leurs systèmes de lois : aussi dans l'exaltation primitive de leurs idées, et quelles que soient les erreurs où ils tombèrent, est-ce de bonne foi qu'ils se crurent d'une nature supérieure à la foule qui les entourait; et qu'ils furent conduits par les inductions les plus spécieuses, à imaginer une relation directe entre leur propre intelligence et l'intelligence une ou multiple à laquelle cette ordonnance était due.

Moïse les suivit, doué d'une capacité beaucoup plus haute. Le Monde, dit Philon le juif *, lui apparut comme une cité immense '; et dans l'explication de cette prière à l'Éternel : Fais passer tout ce qu'il y a de bon sous mes yeux; fais-toi

*Philon le juif, né dans le premier siècle de l'ère vulgaire, est l'un des hommes les plus remarquables qu'ait produits l'école d'Alexandrie. Il combina dans ses écrits la doctrine de Moïse avec celle de Platon et avec les doctrines orientales; c'est pourquoi on l'appelait Philon platonisé, ou Platon philonisé. On lui doit les plus importantes notions sur l'école philosophique qui précédą le christiapisme.

connaître à moi ; montre-moi tes sentiers, le savant docteur que j'ai déjà cité, Maimonide, justement surnommé l’Aigle de la Synagogue *, s'exprime en ces termes : « Tout cela signifie que Moïse demanda à voir avec les yeux de l'esprit, tous les êtres créés, afin de juger leur nature , leur assemblage et leur union réciproque; afin d'apprécier la raison de leur ordre, soit en général soit en particulier ** ...... car ayant à régir et à

* Moïse Maimonide, ou fils de Maimon, médecin du soudan d'Égypte, et le plus savant des docteurs hébreux, naquit à Cordoue en Espagne, vers l'an 1139, époque où les Juifs se livraient avec beaucoup d'ardeur aux sciences et aux lettres. Si l'on considère son siècle et sa position, auxquels il fut forcé, comme il nous l'apprend lui-même , de conformer ses travaux et son langage, on le reconnaîtra pour l'un des esprits les plus étendus et les plus philosophiques qui aient existé. Je le citerai d'autant plus souvent que dans son Iad chazaka, main forte, ou abrégé du Talmud; dans son More neboukim, ou Guide des incertains, et dans ses préfaces , il a réuni les opinions les plus importantes des anciens docteurs. Il mourut, dit-on, l'an 1209. Ses écrits, après avoir occasionné quarante ans de dispute dans les synagogues, l'emportèrent complète. ment. Ce fut un pas immense chez les Hébrcux vers les idées saines, un retour précieux vers le mosaïsme primitif. Mais les siècles n'étaient pas mûrs pour la reformation qu'il avait projetée. Ses disciples, dans leur enthousiasme, ont dit de lui : que depuis Moïse le prophète jusqu'à Moïse Maimonide il ne s'est pas élevé d'homme plus admirable que ce dernier Moïse.

** L'aigle de Meaux se rencontre avec l'aigle de la synagogue, quand il dit : « Pour bien penser, l'homme doit rendre sa pensée conforme aux choses qui sont hors de lui..... Alors il entend la vérité..... et quand il entend la vérité qu'il était capable d'entendre, que lui arrive-t-il? sinon d'être actuellement conforme à Dieu et rendu conforme à lui. (Connaissance de Dieu et de soimême, ch. iv, § 8.)

constituer un peuple , il voulait suivre le mode d'après lequel les choses sont régies et constituées'. L'antiquité elle-même s'était formé cette opinion sur son compte. Au dire de Lucien , Lycurgue aurait emprunté du ciel tout le plan d'adininistration et de distribution qu'il appliqua à sa République, et suivant Diodore , cité par Photius, Moïse aurait calqué sa ville ou son petit Etat sur le Monde 3,

Mais après avoir découvert l'analogie qui existe entre l'ordre du monde et l'ordre social, il fallait déterminer sa nature et transporter dans la constitution pullique le plus grand principe de la constitution de l'univers.

Les prêtres égyptiens avaient regardé l'universalité des choses, comme composée de deux natures, ou de deux êtres absolument distincts; l’un intellectuel et actif, l'autre matériel et passif : ils admirent deux natures ou deux êtres absolument distincts dans la société : un être intellectuel et actis représenté par l'aristocratie sacerdotale qui tint long-temps les rois et les guerriers dans sa dépendance immédiate; un être matériel et passif représenté par le peuple.

Moïse, rejetant ce principe de dualité ou dualisme*, ne vit dans l'univers qu'une seule nature,

* Je suis loin de prétendre que les Égyptiens n'aient pas envisagé les choses sous des points de vue très-différens; mais je m'ar

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