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lier ou en général, se feront naturellement ressentir aux enfans mêmes de ceux qui les ont occasionnés; surtout si ces enfans, comme le dit la paraphrase chaldaïque, s'enfoncent de plus en plus dans la fausse route qu'on leur aura tracée. Est-ce que les fautes d'une nation n'ont pas toujours pesé sur les générations suivantes? Est-ce qu'un père qui détruit follement la prospérité de sa maison, ne cause pas d'inévitables infortunes à ses fils? « Que prétendez-vous, s'ëerie Ezéchiel, qui, sans rien changer à la nature du fait signalé par Moïse, développe, sous le rapport du droit public et de la morale, cette menace, objet du blâme de quelques uns de ses contemporains; que prétendez-vous, vous qui faites au pays d'Israël l'application du proverbe, Les pères ont mangé le verjus, et les dents de leurs fils en sont agacées? Ecoutez. L'homme juste vivra; si son fils est un méchant, ce fils mourra; si le fils d'un homme méchant n'imite pas son père, il vivra certainement. La pureté du juste rejaillira sur lui-même; l'iniquité du méchant sur le méchant : si le méchant devient juste, il vivra à cause de sa justice; si le juste se pervertit, il sera puni à cause de son iniquité 21. »

Enfin, le livre des Rois nous fournirait, au besoin, une nouvelle preuve de l'exactitude du sens de la loi citée, et de l'inconséquence des reproches adressés au législateur. « Lorsqu'Amatsia se fut affermi sur le trône , il fit mourir les meurtriers de son père, mais il ne fit pas mourir leurs enfans; attendu qu'il est expressément écrit au livre de la loi de Moïse, que Jéhovah a commandé qu'on ne punirait pas les pères pour les enfans, ni les enfans pour les pères, mais que chacun supporterait le poids de sa propre faute * ». Dans le même esprit, la miséricorde, après mille générations, signifie que le peuple ou l'homme, quels que soient les maux auxquels ses erreurs l'auront condamné, renaîtra toujours au bonheur, dès qu'il sera rentré dans le sentier de la sagesse.

Après ces choses, le Décalogue prescrit de respecter le nom sacré de Jéhovah, non-seulement , comme on a coutume de le dire, pour que les citoyens s'abstiennent de l'invoquer à l'appui d'un faux serment, mais dans le même sens que les moralistes de nos jours pourraient recommander de ne pas prononcer avec témérité certains mots qui renferment de généreuses pensées et que l'ambition personnelle détourne trop souvent à son avantage. Tu ne prononceras pas En Vain ( c'est- à-dire avec imprudence, par orgueil, dans un intérêt personnel, comme on le verra mieux quand il s'agira des lois qui mettent ce précepte en action) le nom de Jéhovah, ton Dieu; car il ne tiendra pas pour innocent celui qui aura pris son nom en vain.

* II. Rois. xiv, i6- Dans le récit de la punition d'Hacan , sous Josué, il faut observer que ces mots, alors la colère de Dieu s'embrasa et Hacan ne mourut pas seul pour son iniquité, ne s'appliquant en aucune manière à sa famille, mais aux guerriers morts dans le combat dont le mauvais succès fut attribué à la violation, par Hacan, de la discipline jurée. 11 ne peut s'élever aucun doute sur ce point : le texte est précis. De même il indique très-bien que Hacan subitseul le châtiment judiciaire: a Et tout Israël le lapida, et on brûla les choses qu'il avait dérobées, et on les couvrit de pierres, et on éleva sur lui un grand tas de pierrres » (Josué, xxn , 30. vu , 25, 26. ) Je parlerai plus loin de la mort de Coré, qui fut mie lutte politique.

La deuxième série des préceptes du Décalogue traite de l'institution du jour de repos, appelé sabbath, de la racine hébraïque chabat, se" reposer.

Dans ses élégies touchantes sur les malheurs de son pays, Jérémie s'écriait: « Nos ennemis tressaillent de joie en nous voyant abattus et ils tournent en dérision nos jours de sabbath » Au premier aspect, en effet, cette institution semble des plus bizarres : il n'en est pas ainsi dès qu'on connaît sa nature et son but.

Après s'être occupés pendant six jours de leurs affaires privées, les Hébreux consacrent le septième, non pas à un repos stérile , mais au Dieu de la patrie; ce qui veut dire qu'ils ramènent leur pensée vers les principes, les lois et le bien commun.

C'est en ce jour que l'assemblée publique se forme devant la principale porte de toutes les villes de l'Etat *; là on lit, on explique les lois, on s'entretient des intérêts de ces villes, de la tribu, de tout le pays, et on prête une oreille attentive aux hommes doués de sagesse et d'éloquence, qui prêchent avec d'autant plus de ferveur contre tous les genres d'abus, que le droit de la parole était illimité; et que la vraie manière de vivre noblement, pour me servir des expressions d'un auteur religieux , consistait à conserver soigneusement sa liberté, à n'être sujet qu'aux lois et à la puissance publique 23.

Les femmes, dont l'influence est si grande sur les mœurs des citoyens, et les enfans euxmêmes assistaient à ces réunions de chaque semaine, pour se pénétrer de bonne heure de l'esprit national. De là l'ordre qui fut donné sous le climat chaud de la Syrie, de ne pas allumer en ce jour le feu dans l'intérieur des demeures, afin que les femmes, ayant préparé les alimens dès la veille, restassent, comme les hommes, exemptes de tout travail domestique *4.

* Les mots synagogue et église sont dérivés du grec et signifient également assemblée- Mais on sait que celle-ci s'occupe des intérêts spirituels, tandis que l'autre s'occupait des intérêts nationaux et temporels.

Cette institution offre donc dans son origine un grand caractère d'utilité nationale; elle fait aussitôt concevoir pourquoi les prophètes et les docteurs l'ont considérée, comme le plus puissant moyen de conservation pour l'esprit public, durant la vie politique d'Israël, pour l'esprit religieux depuis sa dispersion. Enfin, c'est cette institution même qui semble avoir inspiré à Rousseau, nourri de la lecture des livres sacrés, les paroles suivantes du Contrat social : « Outre les assemblées extraordinaires que des cas imprévus peuvent exiger, il faut qu'il y en ait de fixes et de périodiques que rien ne puisse ni abolir ni proroger, tellement qu'au jour marqué, le peuple soit légitimement convoqué par la loi, sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune autre convocation formelle 2-5. »

Mais le législateur ne regarda pas comme une mesure suffisante, que le peuple, toujours paresseux pour la chose publique, fût convoqué. Il favorisa de tous ses moyens la tenue des assemblées, en faisant bientôt adopter la loi sévère qui ordonne à tous les individus, sans exception, et sous les plus redoutables peines, de suspendre en ce jour les travaux privés auxquels l'égoïsme

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