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une sage idée, celle qui nous a présenté dans les premiers conquérans de l'Assyrie, de puissans chasseurs sur la terre. Les loisirs des pasteurs dirigèrent leurs âmes vers l'observation de la nature et la contemplation. C'est dans certains coins de l'Arabie, dans la Chaldée et dans l'Ethiopie, dont le rôle paraît avoir été des plus importans, que cette impulsion fut donnée aux facultés humaines. Elle s'était déjà manifestée sur les rives du Gange, avec les modifications produites par un climat plus relâchant et plus voluptueux; avec toutes les différences qui existent entre la vivacité de l'Arabe et la mollesse de l'Indien. Enfin, dans les pays agricoles, l'intelligence humaine se tourna principalement vers les choses utiles. La prévoyance des saisons, les travaux réclamés par le sol, la nécessité de s'opposer aux ravages des eaux et de porter chez les uns le superflu des denrées des autres, conduisirent, dans l'Egypte et à la Chine, aux mêmes résultats. La carrière fut ouverte à l'industrie, aux arts et au commerce. Les Phéniciens franchirent les mers; l'Afrique, l'Europe furent visitées; le golfe Persique, la mer des Indes établirent des relations entre tous les peuples de l'Orient; et bientôt les sages de Memphis connurent nonseulement la richesse des produits de l'Asie méridionale, mais la philosophie de ces gymnosophites * indiens, dont ils honorèrent de tout temps le savoir et l'antiquité.

Malgré ce mélange des doctrines -, les divers peuples ne cessèrent de recevoir de leur état physique et de leur première impulsion, une empreinte particulière qu'il me suffit d'indiquer, attendu que les faits desquels je dois tirer des conséquences en sont indépendans. Les sages qui s'adonnaient surtout aux spéculations, s'efforcèrent de soumettre la pratique de la vie aux idées avec lesquelles ils croyaient expliquer l'harmonie du Monde, et ils dirigèrent dans cet esprit les institutions sociales : toute leur politique découla de leur théologie. Ceux au contraire chez qui les soins relatifs aux choses d'utilité physique avaient prévalu, accommodèrent plus directement les croyances, les institutions à ces besoins mêmes, et transformèrent en théologie une partie de leur politique. De là, deux religions principales, ou plutôt deux nuances de religion auxquelles se ralliaient toutes les autres : la religion contemplative de l'Inde et même de l'Ethiopie qui créa des pouvoirs sociaux correspondant aux pouvoirs occultes de la nature ; la religion pratique de l'Egypte qui appropria ses dieux aux besoins du temps et du pays. C'est du moins ce qu'on peut conclure en général de ce que disent les savans qui se sont exercés sur ces matières. La plupart des divinités ridicules au culte desquelles le vulgaire égyptien était voué , cachent,. outre les vues théologiques et les symboles d'astronomie , de nombreux symboles relatifs aux mœurs, aux intérêts locaux, à la politique et aux usages. Tel serait, pour citer un exemple, le caractère divin accordé à certains animaux ou à certaines plantes dont l'économie publique ou l'hygiène auraient ordonné de s'abstenir.

* Le mot gymnosophites signifie sages nus. On a dit que ce nom leur avait été donné parce qu'ils allaient nus dans les bois : croyons plutôt que ce fut parce qu'ils aspiraient à voir la vérité toute nue.

Mais ces deux manières de procéder auxquelles il est presque impossible d'échapper entièrement, rencontraient dans leur exercice deux sources abondantes d'erreurs. Les besoins appelés physiques ne sont pas moins difficiles à déterminer avec netteté que les besoins intellectuels ou moraux. Les sens ont leurs illusions comme l'esprit et le cœur : et la science de ce qui est utile peut offrir matière à controverse autant que la science du bien et du mal, du juste et de l'injuste. Il arriva donc que les contemplateurs qui adoptèrent de fausses notions sur l'ordre général et théologique des choses en firent une application funeste à l'ordre social; et que les hommes plus positifs qui se trompèrent sur les véritables besoins des peuples et de l'humanité, imaginèrent une mythologie incohérente qui donna la plus fâcheuse direction aux esprits.

En même temps les passions individuelles obtinrent une part immense dans ces combinaisons. Les hommes capables de se livrer aux idées spéculatives ou à la recherche des besoins privés et publics sont toujours en petit nombre. Ils se réunirent, ils firent corps, et bientôt songeant plus à leurs intérêts personnels qu'aux intérêts des masses, ils tirèrent des choses extérieures les conséquences les plus favorables à euxmêmes, ils réglèrent leur mythologie selon leurs propres désirs.* Voilà de quelle manière l'Inde et l'Egypte, sans marcher absolument dans le même sentier, atteignirent le même but, qui est le point de fait; savoir : l'établissement des castes privilégiées qui, se croyant d'une nature supérieure, s'approprièrent lespro* Il est probable que cet ordre de choses fut préparé par l'établissement de quelques tribus victorieuses, au milieu des peuples qu'elles avaient subjugués, comme cela est arrivé dans le premier âge des États modernes. Tout porte à croire que les Ethiopiens furent les premiers dominateurs de l'Egypte. L'histoire des hommes offre toujours plusieurs causes qui les poussent vers le même but ou qui les en écartent. Je fais ici ressortir celle qui dépend du développement même de l'intelligence, et qui est la plus importante pour mon sujet.

grès intellectuels, le monopole des croyances, et ne négligèrent rien pour confirmer et pour étendre leur pouvoir.

Alors tout ce que la mythologie primitive renfermait de philosophie s'effaça devant l'avantage politique qu'ils en retiraient; alors à des intentions pures, mais mal appliquées, succédèrent des intentions perfides suivies avec art. L'ignorance et la superstition des peuples furent mises en système. L'idolâtrie régna dans toute sa laideur : la foule prosternée devant les créatures les plus abjectes, se traîna dans la fange ; elle immola son semblable à des dieux immondes ; elle n'oublia rien de ce qui pouvait être imaginé de plus puéril et de plus extravagant.

Dans cette confusion déplorable, un homme apparut soudain, qui, fort de la sagesse des temps anciens et de l'énergie de sa pensée, renversa, d'un seul coup, tout cet appareil dégradant; qui ramena toutes les idées spéculatives à un seul principe sublime de simplicité; qui reconnut le salut du peuple pour suprême loi; qui imprima enfin une nouvelle impulsion à l'espèce, et posa sur ses œuvres un sceau indestructible. C'est Moïse : lors même qu'il aurait payé un tribut inévitable aux mœurs de son siècle, en serait-il moins prodigieux?

Mais avant de parler de sa naissance et des

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