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même, lui disent-ils, ce que l'Eternel exige pour notre félicité; tu nous en rendras compte. » A ces mots, il gravit la montagne , et on le suit des yeux jusqu'à ce qu'il se perde dans les nues*.

L'histoire, je le demande, présente-t-elle une solennité plus poétique, plus sublime? Quelle pensée que celle qui fait sortir des vérités consolantes du sein de la nature en fracas! Que nos édifices, nos riches tentures, nos habits brodés d'or et de soie, toute notre magnificence moderne, sont vains à côté de ce spectacle! Que le législateur de Sparte, recevant d'une sibylle décrépite l'attestation qui le déclare presque Dieu 1I; que celui de Rome, inspiré par la nymphe Egérie, paraissent avec désavantage auprès du législateur d'Israël!

Mais entrons aussitôt dans le fond même du décalogue, que je ne puis me dispenser, à cause de son importance, de suivre dans les derniers détails, et ne craignons pas d'employer certains mots qui, au premier abord seulement, paraîtront d'une origine trop récente aux yeux du lecteur.:

* Or, tout le peuple ayant peur, dit à Moïse : Parle-nous toimême, et nous t'écouterons, mais que l'élohim r.e nous parle pas, car cela nousferait mourir. Et Moïse les rassura et motiva le miracle en ces termes : Ne vous épouvantez point; car Dieu est venu pour vous éprouver et afin que vous ayez une crainte de lui, qui vous empêche de tomber en faute. ( Exod. xx , 20. )

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»

Il renferme, sous des formes appropriées aux mœurs des Hébreux, le principe fondamental de l'unité universelle et nationale, et ses deux conséquences immédiates, qui sont les principes d'égalité politique et de liberté. En même temps il dicte en faveur de ces principes quelques mesures indispensables: il pose les bases d'une institution qu'on a coutume de regarder comme entachée d'absurdité, tandis qu'elle satisfaisait aux premiers besoins de la législation : enfin il énumère avec simplicité les principaux devoirs des hommes entre eux.

Son préambule, quoique laconique, est des plus expressifs : Jéhovah dit toutes les paroles suivantes: mais il s'adresse auxHébreuxencorps, à Israël, à tout le peuple; il n'admet parmi ses membres aucune distinction primitive; il reconnaît à tous les mêmes droits, et il leur impose les mêmes devoirs fondamentaux *; de sorte que par ce premier fait, le principe de l'unité nationale, et sa conséquence immédiate, l'égalité commune, sont déjà consacrés.

* Quoi qu'en aient dit des publicistes très-respectables, les mots droits et devoirs ne sont nullement déplacés dans le langage le plus positif. Ils forment les synonymes du mot rapports; mais avec cette nuance que le droit est un rapport considéré des autres à nousmêmes, et le devoir de nous-mêmes aux autres. En conséquence , tout droit conduit à un devoir et réciproquement.

Pour mieux exprimer l'un de ces principes, les Hébreux se servaient d'une locution pleine de force et d'élégance : « Israël se lève, répond et agit comme si ce n'était qu'zm seul homme. » Quant à l'égalité, l'abbé Guénée dit à Voltaire: « Chez eux, point de ces flétrissantes distinctions de castes établies chez les Egyptiens et les Brachmanes, ni de ces outrageans mépris d'un ordre pour l'autre; ni de ces règlemens barbares qui réunissaient ailleurs dans une partie de la nation, les priviléges et l'autorité.... Tout y ramenait à I'égalité naturelle ". »

Don Calmet, après avoir déclaré que le travail est prescrit à tous les citoyens d'Israël, sans exception, affirme qu'il n'existait pas de différences de condition, de nobles et de roturiers; ce que Maimonide et la déclaration des Droits de l'homme rendent en ces termes: « Toute la loi est dans l'intérêt de la nation tout entière et non pas de tels ou tels particuliers 13. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »

Enfin, par cela même qu'il ne fait que répéter la parole de la personne universelle, le législateur semble donner une nouvelle force au principe en question. Si la déclaration eût été publiée en son nom propre, il serait sorti des rangs du peuple; il aurait rompu l'unité nationale fictive; tandis qu'en ne se disant qu'organe accidentel de ce dieu, de la raison éternelle, il demeurait toujours soumis, comme individu, comme citoyen, comme frère, aux choses qu'il proposait pour le bonheur de tous. C'est en présence et sous les auspices de l'EtreSuprême, que l'assemblée nationale reconnut et déclara les Droits de l'homme. Les temps étaient changés. Qui lui assurait d'ailleurs que cet Etre-Suprême la recevait sous ses auspices? si ce n'est sa propre intelligence.

Or Dieu dit : Moi Jéhovah, je suis ton élohim, ton dieu.

Ce nom sacré, qui renferme le principe fondamental, se trouve naturellement à la tête du Décalogue. L'autre expression, ion dieu, ton élohim, sur laquelle je reviendrai dans la suite, signifie que Jéhovah, dont toutes les volontés sont dans l'intérêt de la patrie, doit remplacer les idoles et les prétendues volontés des idoles, qui étaient les élohim des nations contemporaines. De là vient que le style hébraïque accompagne ordinairement ce mot d'un signe distinctif : il dit, ton élohim, notre élohim, Vélohim d'Abraham, les élohim de l'Egypte, de Babylone.

C'est moi qui t'ai retiré d'Egypte, de la Maison d'esclavage.

Ainsi, le premier effet de la volonté de ce dieu, la conséquence immédiate du principe fondamental est, après l'égalité commune, le principe de liberté. Les Hébreux sont sortis de la Maison d'esclavage, pour former un peuple aussi libre que pouvait le comporter le temps, comme on s'en convaincra, à mesure que nous avancerons dans la connaissance de leurs lois. Qu'il nous suffise en ce moment de déduire, sous le rapport théorique, cette deuxième conséquence, et d'en prouver l'exactitude.

Pour obtenir l'unité publique ou un ensemble social parfait, il est indispensable que chacun occupe également la place la plus avantageuse à lui-même et à la société dont il est membre; sans quoi il résulterait dans la machine, un mal-être d'autant plus sensible, que la valeur des individus lésés serait plus grande. Il faut donc que chaque personne, sans aucune exception, se trouve avec toutes les autres dans des rapports tels, qu'elle puisse développer et qu'elle soit même comme forcée à développer toutes les facultés qu'elle tient de sa propre nature. Or cet heureux état, hors duquel l'unité est impossible , doit, sous le nom de liberté, être l'objet constant des pensées du législateur; car les hommes ne naissent pas libres, comme l'a dit, en thèse générale, l'as

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