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est le but définitif de cette loi, en même temps que son point de départ; « attendu, comme le disait Socrate, que le plus grand bien qui puisse arriver à un Etat, c'est l'unité parfaite 4. »

Ainsi, point d'équivoque : pour Moïse, l'Etat, c'est Israël, c'est le peuple; bien diffèrent en cela de l'illustre monarque qui disait : l'Etat, c'est moi! Le peuple est la combinaison d'un certain nombre d'individus formant un ensemble parfait, un être vivant et heureux. Les règles nécessaires pour obtenir ce résultat ont de tout temps été gravées dans la nature des choses. Mais les unes s'établissent par le développement physique de l'homme, les autres sont dévoilées d'avance aux intelligences supérieures, qui, réagissant sur toute l'espèce, précipitent sa marche et l'accomplissement de ses destinées.

Et voyez aussitôt la force que ce principe porte en lui-même. Les Egyptiens, ayant fait plusieurs peuples distincts dans un seul Etat, tombèrent presque sans résistance. Les âges modernes constituèrent aussi dans une même société, trois sociétés distinctes, sacerdoce, noblesse, peuple. Qu'en est-il résulté? une lutte entre les deux premières, jusqu'à l'heure où la troisième, les absorbant l'une et l'autre, a ramené sans retour au principe de Moïse, à l'unité de la personne publique. Aussi M. de Bonald a-t-il rencontré la vérité, quand il a dit que les sectes qui veulent changer l'ordre des sociétés existantes et ramener à la religion naturelle, repassaient par le judaïsme 5.

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CHAPITRE PREMIER.

DU DECALOGUB , OU DES PRINCIPES.

Le mot décalogue signifie dix paroles. Ce sont les dix préceptes que Moïse proclama pour servir de base à ses lois; ils ont inspiré aux législateurs modernes la première idée de la déclaration des Droits de l'homme.

J'ai déjà dit que je ne faisais pas mon objet essentiel de la manière dont les principes et les institutions allaient se peindre dans l'esprit de Moïse. Leur nature est ce que je dois examiner, préférablement aux canaux par lesquels ils lui arrivèrent.Sans doute je pourrais d'avance établir que, dans le langage politique et moral, la parole du Jébovah , loin de représenter une voix articulée semblable à celle de l'homme, correspond identiquement à la vérité, la raison, l'utilité; cette voix qui, dans les premiers temps surtout, n'était perçue que par des intelligences privilégiées! Sans doute, comme le dit David, « les cieux racontent,... et on entend leur voix, quoiqu'il n'y ait en eux ni langage ni parole 6 »: sans doute enfin, comme Moïse lui-même l'atteste , à la face du ciel, le Dieu qu'il invoque est Vérité, équité 7 : mais toutes ces choses, si elles sont exactes, résulteront mieux des faits des lois et de toutes les déterminations comparées aux temps, aux lieux et aux personnes. Les Hébreux furent à peine arrivés dans les vallées solitaires du Sinaï et d'Horeb, que le législateur jugea le moment favorable pour la proclamation des principes. Mais elle devait être accompagnée d'un appareil imposant, qui laissât des souvenirs durables. Que fit-il? il commença par soumettre ses inspirations aux anciens qui l'entouraient depuis son retour en Egypte et qui formaient le sénat provisoire, de l'organisation duquel je parlerai bientôt. Un accord unanime les accueillit 8. Alors il transmit aux Hébreux l'ordre de se purifier et de se tenir prêts pour le troisième jour; et il établit, à quelque distance de la montagne , une barrière qu'il fut défendu à qui que ce soit de dépasser 9. Le Sinaï, qui par sa réunion avec le mont Horeb forme une double cime, est la plus haute des montagnes environnantes. Quelquefois, pendant les jours les plus sereins, son sommet devient tout à coup le théâtre de phénomènes brillans et terribles qui l'ont rendu l'objet d'un effroi respectueux pour tous leshabitans de la contrée • D'épais nuages et de noires vapeurs s'y amoncèlent, des gerbes de feu font succéder à l'obscurité la plus profonde, d'éblouissantes clartés; la foudre le déchire, et de ses entrailles s'échappent des mugissemens, qu'on prendrait de loin pour un concours de voix humaines, et qui sont comme les paroles de ce bruyant concert10.

C'est durant une scène si pompeuse que le Dieu de Moïse va se faire entendre *. Mais au premier coup de tonnerre les Hébreux, dont il tient depuis plusieurs jours les esprits en suspens, sont saisis de crainte. « Va écouter toi* Le matin du troisième jour, dit l'historien Josèphe, le ciel était des plus purs : tout à coup une nuée couvrit le camp des Israélites et fut accompagnée d'un vent impétueux, de pluie et d'un trèsgrand orage. Des éclairs éblouissans jetèrent la terreur dans les esprits, et la foudre, qui tombait avec fracas, marqua la présence de Dieu. Je laisse à ceux qui me liront à en juger comme il leur plaira ; mais j'ai été obligé de rapporter ce qui est écrit dans les livres saints. Une tempête si extraordinaire et un bruit si épouvantable joints à la créance commune que Dieu habitait sur cette montagne étonnèrent à tel point les Hébreux, qu'ils n'osaient sortir de leurs tentes. Ils crurent que Dieu avait fait mourir Moïse et qu'il les traiterait de la même manière. Mais ce législateur arriva bientôt tout rempli de majesté et tout éclatant de gloire L'air reprit sa sérénité, et le prophète, après avoir fait assemble» tqut le peuple, et avoir choisi un lieu élevé d'où chacun pût l'entendre, leur parla en ces termes. ( Antiif. Juddiq. liv. III, ch. iv. )

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