Oldalképek
PDF
ePub

buisson ardent et incombustible d'Horeb est l'heureux symbole, et par la voix puissante qui, appelant à elle l'homme supérieur, lui impose d'illustres travaux. « As-tu entendu réciter l'histoire de Moïse? s'écrie Mahomet dans le Coran; il a dit en voyant le buisson : Voilà le feu sacré! Peut-être en emporterai-je une étincelle qui servira à me conduire3'. »

A l'âge de quatre-vingts ans, au plus cinquante ou soixante de notre époque, il rentra en Egypte. Combien sa position diffère de celle de tous les législateurs! Licurgue, Numa, Dracon, Solon, au milieu d'hommes réunis, déjà soumisà des lois et possesseurs d'une patrie, sont portés par le cours ordinaire des choses à leurs fonctions élevées : Confucius dicte paisiblement de sages préceptes à ses concitoyens: Mahomet enfin, ce puissant génie, après avoir médité quinze ans dans la solitude, présente à des peuples établis un code nouveau, mélange curieux d'anciennes sentences, qu'il approprie à leur imagination et à leurs mœurs, et dont il confirme la vérité par le succès de ses armes. Mais Moïse arrive seul, sans force matérielle à sa disposition : les hommes dont il va faire un peuple n'ont point de patrie : avant de leur proposer des lois, il faudra, pour ainsi dire, les conquérir eux-mêmes, triompher de leurs oppresseurs, du découragement dont ils sont saisis, et d'une foule effrayante de circonstances contraires !...

r SOATIE D'égypte,

Moïse en Egypte se hâta de se découvrir aux anciens ou aux plus expérimentés des Hébreux. L'usage s'était conservé parmi ce peuple de soumettre ses différens aux vieillards qui se réunissaient, comme un conseil de famille, autant que pouvait le permettre l'oppression dans laquelle ils vivaient. Le gouvernement avait établi des commissaires qui les forçaient à remplir leur tâche, et qui, choisissant à leur tour des agens inférieurs parmi les opprimés, les rendaient responsables, ainsi que les chefs de famille, de la négligence ou de l'insubordination des détachemens rangés sous leurs ordres '*. Moïse exposa ses desseins aux anciens, leur promit la liberté, répondit à leurs objections ", commanda la confiance.

Mais les fils de Jacob avaient allié aux sages pensées de leurs aïeux, la plupart des superstitions égyptiennes; mais la servitude qui pesait sur eux depuis tant d'années, avait, autant que la superstition, énervé leurs âmes; car une longue servitude est comme un trop long sommeil, qui, loin de ranimer l'homme, le dispose à dormir encore.

Il fallait donc offrir aussitôt à leurs esprits un appât matériel et puissant : ainsi fit Moïse en leur promettant la possession d'une terre heureuse où coulaient des ruisseaux de miel et de lait. Il fallait ramener vers un même but leurs imaginations pleines de rêveries opposées , les pénétrer de la certitude du succès par la persuasion qu'ils étaient placés sous une égide invincible; captiver surtout l'attention d'une multitude ignorante, et mettre à sa portée les principes de la plus haute science et de la plus saine raison. Or il y parvint, en les assurant de la protection immédiate du Dieu qui s'était dévoilé à leurs pères; dujuste et dufort: en leur apprenant qu'ils étaient consacrés à ce Dieu même, en ce sens, qu'ils seraient le premier peuple dont l'institution reposerait sur le principe de l'unité universelle, et aurait pour dernier objet la conservation de ce principe éternel. Enfin il remplit toutes les conditions exigées, lorsqu'après avoir solennellement déclaré que la forme d'aucun des êtres qui couvrent la-terre ou qui se montrent dans le ciel n'était applicable à son Dieu, il le revêtit de formes vulgaires, et, selon les circonstances et les impressions qu'il avait à produire, il lui prêta des sensations, des actions et un langage ressemblant à ceux du commun des mortels.

« Pour qu'un peuple naissant put goûter les saines maximes de la politique, a dit JeanJacques, il faudrait que l'esprit social, qui doit être l'ouvrage de l'institution, présidât à l'institution même, et que les hommes fussent, avant les lois, ce qu'ils doivent devenir par elles. Voilà ce qui força de tout temps les pères des nations à recourir à l'intervention du Ciel... pour entraîner par l'autorité divine ceux que ne pourrait ébranler la prudence humaine. Mais il n'appartient pas à tout homme de faire parler les dieux... La grande âme du législateur est le vrai miracle qui doit prouver sa mission H. »

« N'avons-nous pas déjà vu, s'écriait vers le milieu du douzième siècle le plus savant des docteurs juifs dont je dirai bientôt le nom, que notre Dieu n'a aucune forme connue? Mais vous répondez aussitôt: A. quoi bon alors ces expressions de la loi qui nous parle de choses placées sous ses pieds, de choses écrites par son doigt, des mains de Dieu, de ses yeux, de ses oreilles? Tout cela a pour but de se faire comprendre aux hommes. Ce sont des métaphores, des allégories, des paraboles. Etcroyez-vous, par exemple, que cette menace, Si j'aiguise ma redoutable épée, soit littérale? non. Les uns ont aperçu Dieu vêtu de blanc, les autres d'une manière différente. Dans la mer il apparaît à Moïse comme un vaillant guerrier, sur la montagne, comme un député à l'assemblée d'Israël; de sorte que toutes ces formes et figures ne sont que le produit de l'imagination et de l'extase du prophète. L'homme vulgaire ne comprend pas ces vérités; il n'a pas l'esprit d'investigation nécessaire pour les saisir; car il est écrit : Que celui-là qui aspire à sonder les profondeurs de notre Dieu , doit d'abord s'approcher lui-même de la perfection 35. »

Bientôt convaincus de la mission de Moïse, tous les Hébreux témoignèrent la résolution de le suivre. Alors, appuyé des anciens qui représentaient eux-mêmes tout Israël, il alla supplier le pharaon, de la part du Dieu puissant et terrible, de briser des chaînes trop pesantes. Mais ce successeur de Ramessès-Meïamum, qui est le Ramsès V des monumens et l'Amenophis III des chronologistes, donna l'ordre d'aggraver leurs travaux, afin qu'ils ne s'amusassent plus à écouter des paroles de mensonge'6. « Je sais, dit Moïse à ses frères effrayés des conséquences fâcheuses de ses démarches, qu'il ne nous laissera point sortir de ce pays de plein gré, et que vous ne serez retirés de la servitude qu'à la suite de grands jugemens, qu'avec une main

« ElőzőTovább »