Oldalképek
PDF
ePub

rapport du but qu'il se proposait que dans leur propre nature; ils offriraient sans contredit de graves inconvéniens hors des circonstances qui les lui dictèrent. Que voulait-il? des limites à l'inégalité : que craignait-il? la formation des castes semblables à celles de l'Egypte, qui commenceraient à acquérir d'une manière légale les propriétés des plus petits citoyens -, qui s'en empareraient ensuite, soit par force soit par adresse, et se rendraient les maîtres de tout le pays. On prévoit dès lors ce qu'il fit; il permit la circulation des terres, mais en la soumettant à des règles par lesquelles les agglomérations constantes des propriétés deviendraient impossibles; et il reconnut que si le citoyen était libre de disposer durant toute sa vie, et même pour quelque temps après, du patrimoine que ses aïeux avaient reçu de la nation, il ne pouvait pas s'en défaire d'une manière absolue et empiéter sur les droits de ses descendans.

Lorsqu'un homme voulait aliéner sa propriété, le plus proche parent jouissait de la faculté de s'en charger préférablement à toute autre personne, aux mêmes conditions. Refusait-il? on vendait à autrui en se réservant le droit de rachat pendant une ou plusieurs années, ou bien en y renonçant pour tout le temps que l'effet de l'aliénation pouvait légalement durer li.

[ocr errors][ocr errors]

Dans tous les cas, le contrat se passait en public et devant les magistrats. Le plus proche parent renonçait hautement à son droit, et l'acquéreur prenait à témoin les anciens et le peuple. « Vous êtes témoins, aujourd'hui, s'écria Booz époux de Ruth, que sur le refus de celui qui a le droit de retrait lignager, j'acquiers de la main de Nohémi tout ce qui appartient à Eli-Melech, son mari, et à ses deux fils, tous défunts. » Le peuple et les anciens répondirent: « Nous en sommes témoins '4. »

Plus tard, on écrivit l'acte en double; les témoins apposaient publiquement leur seing; l'une des copies était roulée et cachetée , l'autre restait ouverte. Ainsi en usa Jérémie lorsqu'il acquit le champ de son cousin-germain, qui l'avait prié d'user du droit de proche parent 15.

Mais, excepté pour les maisons sises dans les villes closes, toute vente était dissoute de droit en l'année jubilaire, ainsi nommée, soit du mot iobel, qui indique la corne de belier dont on se servait en façon de trompette, pour en faire la publication, soit du mot iabal, qui veut dire, il a apporté; parce qu'elle apportait à chaque citoyen la joie de rentrer dans son héritage, et à chaque serviteur, comme on le verra dans la suite , sa liberté.

** Dès que la cinquantième année sera arrivée, dit la loi, on publiera que tout homme reprenne sa possession et retourne dans sa famille. En conséquence, lorsque vous ferez quelque vente ou quelque achat de biens-fonds, vous fixerez le prix en raison du nombre d'années qui se sont écoulées depuis la dernière année jubilaire l6. » A des époques périodiques l'équilibre sera donc rétabli parmi les citoyens *: cet équilibre auquel le prophète Isaïe ajoutait une si grande importance, que , voyant éluder la loi, il s'écriait: « Malheur à vous qui joignez maison à maison et qui approchez un champ de l'autre , de»manière à absorber tout le terrain et à vous rendre seuls possesseurs du pays! Jéhovah dit : Vos maisons vastes seront désolées, vos palais resteront sans habitans '7. »

Aux yeux du législateur, cette disposition jubilaire avait l'avantage de prévenir quelques unes des conséquences du fait déjà expliqué dans le Décalogue, d'après lequel les enfans ont toujours à souffrir des désordres de leurs pères: nne partie de la propriété leur revenait inévi* Les mêmes vues firent proposer à Rome la loi Licinia (l'an 366 avant notre ère\ en vertu de laquelle aucun particulier ne pourrait posséder plus de cinq cents acres de terre (sept cent cinquante arpens environ). Mais tout l'ensemble delà législation s'opposait à ce qu'elle fut admise; et, malgré les efforts des Gracq ues , elle ne reçut jamais exécution. Tous les législateurs de la Grèce imaginèrent des lois analogues.

tablement. Les pauvres, loin d'avoir de la propension à troubler l'Etat, soutiendront une loi pleine de sollicitude pour eux et qui doit les ramener au bout d'un certain nombre d'années au niveau de leurs Crères. L'économie agricole sera forcée de se livrer à d'utiles calculs, pour établir dans les contrats des proportions variées, selon le nombre d'années qui restent à s'écouler jusqu'au jubilé. Enfin, soit qu'on garde sa propriété, soit qu'on la transmette à un autre, il n'y aura jamais dans le pays d'Israël des propriétaires oisifs, ni des terrains incultes, ni la misère héréditaire auprès de l'opulence, ni un vain luxe des domaines, ni le faux éclat de Babylone j le plus riche et le plus pauvre, l'homme en réputation et l'homme obscur, le citadin et l'habitant des campagnes auront également à cœur de fertiliser leurs champs, de ne pas laisser dépérir l'héritage de leurs pères.

Mais une foule d'objections, surtout la difficulté d'exécuter la loi, vont aussitôt se présenter à l'esprit du lecteur. Qu'il ne s'y arrête pas pour le moment et qu'il ne considère que la chose elle-même, afin d'y découvrir une nouvelle preuve de la vérité de ce principe : que selon la nature des circonstances et des gouvernemens, des lois en apparence semblables ont souvent un but opposé.

Les partisans modernes de l'inégalité politique, des propriétés inaliénables, des substitutions qui conservent à perpétuité dans une même lignée une masse plus ou moins grande de biens-fonds/ se sont déclarés jusqu'à ce jour les plus zélés défenseurs des textes sacrés. Mais dans la législation de Moïse, les terres inaliénables étaient également répandues dans toutes les familles; mais en passant d'un père à ses enfans elles se divisaient et se subdivisaient à l'infini; mais elles furent établies pour empêcher que les uns se rendissent à toujours les maîtres du pays, aux dépens des autres; de sorte que cette institution imaginée en faveur de l'égalité , repose évidemment sur le principe qui exige aujourd'hui que les terres soient mobilisées, autant que faire se peut, afin qu'elles aient comme les personnes leur genre de liberté*.

Le prophète Osée n'exprima pas en termes moins énergiques qu'Isaïe son indignation contre les violateurs de cette loi. « Les princes de Juda ne se sont occupés qu'à transporter des bornes pour agrandir leur héritage; je répandrai ma colère comme un torrent, dit l'Eternel, je serai

* Par ce moyen, la grande et la petite proprieté se composent et se décomposent sans cesse selon les besoins; et le même champ participe, dans un certain cercle d'années, au bénéfice de la petite • et de la grande culture.

« ElőzőTovább »