Oldalképek
PDF
ePub

le nom de Moïse, parce que je t'ai tiré des eaux a4 »; et comme la sœur de l'enfant s'approcha aussitôt pour lui proposer une nourrice, elle confia son allaitement à Jocabed, sans savoir qu'elle était sa propre mère.

Le jeune Hébreu grandit parmi les hommes les plus savans et les plus puissans de l'Egypte. Initié à leurs mystères, il s'empara de leurs connaissances; témoin du mécanisme de la cour, il apprit comment elle en imposait au vulgaire; entouré de tous les genres de séduction, il n'oublia pas un seul moment que ses frères étaient opprimés. Mais tandis que sa réputation de sagesse grandissait avec lui et s'étendait au loin a5, son origine, la tendresse de la fille du roi, et l'indépendance naturelle de son caractère lui suscitèrent les ennemis les plus redoutables.

Josèphe raconte que durant son enfance le pharaon, le tenant dans ses bras, lui posa son diadème sur la tête; Moïse l'arracha soudain, le jeta à ses pieds et le foula. Long-temps après, les Ethiopiens battirent les troupes égyptiennes et menacèrent Memphis. Dans l'effroi général, Thermutis, sa mère adoptive , proposa de lui donner le commandement de l'armée. Il vainquit les agresseurs, les assiégea jusque dans leur capitale et conclut un traité des plus avantageux. Mais, loin de lui valoir la reconnaissance de la cour, sa fortune accrut la haine de ses ennemis, surtout des prêtres égyptiens qui firent entendre au roi, que les talens et la popularité de cet homme pourraient devenir fatals à sa puissance , si l'ambition s'emparait jamais de son cœur a6.

Quelle que soit la foi qu'on ajoute à ces assertions , il est certain que le pharaon dont la fille avait peut-être cessé de vivre, ou qui était luimême nouvellement couronné, changea à son égard, et qu'on ne chercha plus qu'une occasion de le perdre. D'après les monumens *, Ramessès-Meïamum ou ami d'Ammon, le quatrième roi du nom de Ramsès, était monté sur le trône, l'an 1559, cinq ou six ans avant la naissance de Moïse; il mourut en 1493; l'Hébreu aurait compté dans ces jours-là soixante ans qui, calculés suivant le rapport qui existe entre quatre-vingts ans, belle vieillesse pour notre époque, et cent vingt qu'on obtenait fréquemment alors, produisent quarante années. Mais ce fait était reconnu dans les derniers temps de la république des Juifs, qu'il n'avait, quand la colère du roi éclata, que quarante ans a7 , correspondant à vingt-cinq ou trente de notre âge, de sorte qu'elle aurait signalé la vingtsixième année environ du long règne de Meïamum; ce qui semble appuyé par l'impétuosité de caractère dont Moïse va nous donner des preuves.

* On peut voir dans la Notice chronologique que M. Chauipollion Figeac a ajoutée aux Lettres de M. Champollion le jeune, son frère, l'important tableau des dates fournies par les mom

[graphic]

Un jour, en allant visiter ses frères, il vit un agent du gouvernement égyptien, qui maltraitait indignement un Hébreu; il s'élança sur l'oppresseur , le combattit, le tua, et cacha son corps sous le sable *. Le lendemain, il rencontra deux Hébreux qui se battaient : « Pourquoi frappes-tu ton frère? dit-il à l'offenseur. — Que t'importe! qui t'a établi prince ou juge sur nous? Veux-tu faire de moi comme de l'Egyptien? »

* Je dis un agent de la tyrannie égyptienne, et non pas un simple Egyptien. D'après le texte, Moïse alla vers ses frères et vit leurs travaux; il vit aussi un Egyptien qui frappait un Hébreu , un de ses frères. (Exod.^ il, n.) C'est donc parmi les individus soumis aux travaux que les choses se passèrent. Qu'arrivait-il dans ces travaux? Le texte nous l'apprend.... « El le service qu'on exigeait des Hébreux était plein de rigueur Et les exacteurs les pressaient et leur criaient : Achevez vos ouvrages Même

les commissaires d'entre les enfans d'Israël que les exacteurs avaient établi sur eux furent battus, et on leur dit : Pourquoi n'avez-vous pas achevé votre tâche en faisant des briques aujourd'hui comme

auparavant? et les commissaires des enfans d'Israël crièrent au

pharaon de ce qu'ils étaient battus. » (Exod. i, v, i4, 16.) Les agens du pharaon avaient donc coutume de battre; c'est donc un de ces agens que Moïse tua. De là le courroux du roi et l'inexactitude de ces paroles, attribuées à l'apôtre saint Etienne : « Moïse voyant un de ses frères à qui l'on faisait une injure, le defendit et le vengea en tuant l'Egyptien. » (Act. des Apôtr., vu, i.\.) Rien n'autorise à ajouter le désir de la vengeance au besoin de la défense; et l'expression , faire une injure, est bien douce envers un homme qui abusait de son pouvoir jusqu'à accabler un autre homme de mauvais traitemens.

Cette réponse éveilla ses craintes et causa son salut; car l'événement, présenté au roi sous les plus noires couleurs, avait déjà fait dicter l'ordre de le saisir et de lui ôter la vie 28.

Il s'enfuit donc de l'Egypte, et il se retira dans une contrée à l'orient de la mer Rouge, non loin du Sinaï; laquelle portait le nom de Madian, comme le pays des Madianites, situé sur les confins de la Palestine.

Il y arrivait à peine, que, sous ses yeux, plusieurs bergers chassèrent quelques jeunes filles d'un puits où elles abreuvaient leurs troupeaux. Sans songer à leur nombre et à sa qualité d'étranger, Moïse vola au secours des jeunes filles, et seul, armé de son bâton, il fit quitter la place aux pasteurs.

Leur père, appelé Jéthro, prêtre du pays , fut touché de son dévouement, l'accueillit*, et lui donna bientôt pour épouse Séphora, dont il eut deux fils *9.

* D'après les commentateurs mahométans, Moïse, introduit dans sa demeure, trouva le diner prêt. a Assieds-toi, et mange avec nous, lui dit le vieillard. — Je n'accepte point ton offre, lui répondit l'Hébreu, comme le prix du service que j'ai rendu à! tes filles. Il est dans ma famille une loi inviolable : on fait le bien sans en attendre la récompense. —Et moi, répliqua Jéthro , j'ai conservé cette coutume, qui était celle de mes pères, de bien accueillir les étrangers et de les nourrir. » ( Coran, traduction de M. Savigny, ch. xxvm. )

Devenu pasteur de son beau - père, Moïse promena sa science et ses méditations dans les vallées du Sinaï et d'Horeb, et sur les bords de la mer Rouge. La solitude et l'observation continuelle de la nature portèrent au plus haut degré son enthousiasme, le jetèrent dans de fréquentes extases et imprimèrent dans son imagination la teinte poétique qui se réfléchit sur toute sa vie. A lors il se proposa non-seulement de rendre la liberté à ses frères, mais de former un peuple qui deviendrait à jamais l'étonnement, peut-être un jour le type des nations.

Toutefois avant de mettre à exécution ses desseins, que de difficultés ne se présentèrent pas à sa pensée, que d'objections ne s'adressat-il pas à lui-même? Il redoutait surtout un bégaiement auquel il était sujet depuis son enfance et qui le força de s'attacher son frère aîné Aaron, doué de l'organe sonore io dont l'homme qui doit émouvoir des masses retire des avantages si grands. Il redoutait la puissance égyptienne, et l'indifférence avec laquelle les Hébreux accueilliraient ses énergiques paroles: enfin toutes ses incertitudes s'évanouirent, et il commença sa carrière, entraîné, comme malgré lui, par cette flamme intérieure dont le

« ElőzőTovább »