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de toute votre âme : vous suivrez ce Dieu seul, vous garderez ses lois, vous vous attacherez à elles de plus en plus, et vous punirez le prophète ou songeur; car il a voulu vous révolter contre celui qui vous a retirés de la maison d'esclavage; car il a cherché à vous faire sortir de la voie qui vous a été prescrite, afin que vous y marchiez "4. »

Ces précautions si étendues nous montrent sous quel aspect il faut, d'aprèsMoïse lui-même, considérer les signes et miracles. Celui qui prêche le mensonge peut, comme l'apôtre de la vérité, faire des choses surnaturelles aux yeux de ceux qui l'écoutent : les prêtres d'Egypte possédèrent au plus haut degré ce genre de talent. La grande âme du prophète et l'utilité de sa doctrine sont le vrai miracle qui prouve sa mission. Quand il se présenta devant les Hébreux, Moïse commença par leur dire : « Je viens vous rendre à la liberté, vous arracher de l'Egypte, vous donner des lois destinées à embellir et à prolonger votre existence »; les Hébreux lui ayant répondu: « Nous le voulons », son génie produisit secondairement tous les prodiges qui lui furent nécessaires et possibles, pour détruire les obstacles, pour soutenir les esprits, exciter l'enthousiasme et conduire à sa fin une aussi grande entreprise.

« L'Israélite , dit Maimonide, ne croit pas à la sagesse des paroles du législateur, par la seule raison qu'il a fait des miracles; car ils lui furent commandés en général par la nécessité; car on doit soupçonner qu'il employa pour les accomplir des moyens à lui propresll5. »

Son principe sur cette question considérée dans ses rapports avec les intérêts politiques, se réduit donc à ces mots : un homme frappe certains esprits par des choses extraordinaires; mais qu'exige-t-il? qu'on obéisse en aveugle à des ordres despotiques; qu'on renonce au droit commun, à la loi du peuple : c'est un imposteur. Un autre produit des effets semblables, et conclut que, pour goûter le bonheur surla terre, il faut chérir l'égalité, la liberté, la loi : celuici est un sage habile , écoutez sa parole et méditez-la.

On ne s'étonnera point, en conséquence, qu'il soit permis aux Hébreux de disserter sur la nature des miracles et d'adopter les interprétations qui leur paraissent les mieux fondées. Par exemple, Aben-Ezra * donne, d'après Josèphe, une explication particulière du passage de la mer Rouge : quoiqu'inexacte, elle prouve la liberté d'examen dont il jouissait. Maimonide, l'aigle de la synagogue, déclare formellement que l'ânesse de Balaam ne parla point, que les personnes quimarchaient à côté n'entendirent rien; mais que toute cette scène, ainsi que beaucoup d'autres, ne s'effectua que dans l'imagination du prophète "6. Bien plus, il annule sans retour le miracle de Josué arrêtant le soleil: « On se trompe, le cours de cet astre ne fut point changé; Josué pria seulement le Très-Haut d'accroître ses forces pour lui faire remporter une victoire complète, avant que le soleil eût terminé sa course; et cela lui fut accordé "7. »

* Aben-Ezra, né à Tolède vers l'an i099 > s'appliqua avec succès à la philosophie ,la médecine, la poésie, l'astronomie, la critique grammaticale: il jouit d'une très-grande renommée parmi les Juifs. Maimonide recommandait à son fils la lecture de ses œuvres,, comme étant aussi agréable qu'instructive. Il voyagea dans une

J'en ai assez dit sur ce point: la nature de mon ouvrage laisse à la conscience du lecteur toute faculté d'en penser ce qui lui plaira. Les miracles sont regardés comme servant de témoignages pour la bonté de la doctrine : si je prouve par des faits positifs que cette doctrine même était bonne, n'aurai-je pas accompli une tâche aussi louable que d'avoir invoqué à l'appui ces argumens extraordinaires, qui étaient un des moyens de l'éloquence du temps. Je ne me perpartie de l'Europe pour s'éclairer. Il commenta les livres sacrés, fit des cantiques sur l'âme , et écrivit en faveur des traditions.

mettrai en mon particulier qu'un seul doute , afin que les hommes versés en ces matières aient occasion de l'éclaircir. Comment serait-il arrivé qu'en établissant les lois du Monde, Dieu ne les eût pas rendues assez générales pour qu'elles satisfissent à toutes les circonstances qui devaient naître dans ce Monde même; et pour qu'il eût besoin de bouleverser subitement ces lois, comme font les mauvais législateurs, qui, n'ayant pas le génie nécessaire pour embrasser tout le système politique, sont obligés au moindre événement de recourir à des mesures d'exception? Sous le rapport pratique c'est autre chose; et certes, si, au lieu d'écrire paisiblement pour une nation policée, Voltaire avait eu à conduire, à travers mille obstacles, et à régir, sans autre force que son propre génie, une peuplade, quelque peu nombreuse qu'elle fût, il auraitparlé de Moïse avecmoinsd'irrévérence, et il n'aurait pas tant médit de ses miracles.

La vie des prophètes devait être simple; les écrits de David, de Salomon et de Daniel, dont les emblèmes ont surtout rapport aux grandes révolutions des empires de l'Orient, ne sont point rangés parmi les livres prophétiques : les deux premiers furent rois, Daniel fut chef des satrapes de Perse, et le genre d'existence attaché à leur dignité, paraissait incompatible avec les méditations et le désintéressement exigés pour la prophétie *

A cause de l'étendue de leurs livres, on donne le nom de grands prophètes à Isaïe, Jérémie et Ezéchiel. Que de choses choquantes à nos yeux qui convenaient à l'état des mœurs et qui s'expliquent par la nature du langage ! on se souvient des héros d'Homère!

Isaïe, de la tribu de Juda, et contemporain de Romulus , vécut dans le deuxième siècle qui précéda la captivité de Babylone, et prophétisa sous quatre rois, Osias, Joathan, Achas et Ezéchias. Il écrivit ces belles paroles que je rappellerai plus d'une fois et qui renferment toute la loi et les prophètes : « Penses-tu que ce soit en affligeant ton âme un jour, en jeûnant, en courbant ta tête comme un jonc et en te

* On conçoit sans peine que le pontife Jaddus ait fait voir à Alexandre la prédiction de ses victoires dans le livre de Daniel: outre que l'ambition n'est pas difficile pour tout ce qui la flatte, on trouve dans ce livre beaucoup de passages qui pouvaient lui être appliqués. Quatre royaumes figurés par quatre animaux des plus bizarres, se disputent la domination universelle : l'aquilon, le midi, l'orient et l'occident sont en lutte; le royaume d'Egypte sera détruit, le royaume de Perse subira le même sort ; un roi s'élèvera , dominera avec une grande puissance et volonté, mais à peine établi, son royaume sera brisé et partagé vers les quatre vents: sa propre race ne profitera point de ses victoires; d'autres s'en empareront (Daniel, IX, il, 3, 4)' I' es' probable que les ménagemens que Daniel devait à la cour où il était ministre, influèrent sur l'adoption du langage symbolique et obscur qui a été, pour ainsi dire, le précurseur de l'Apocalypse.

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