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sont avides et pervers, que vos rois sont infidèles à la loi, les prophètes sages ne prononcent pas ce nom pour abuser leurs auditeurs; ils l'invoquent, parce que le droit public l'exige, parce que cette formule consacre un principe, et signifie : moi simple citoyen, moi votre égal, votre frère, je ne puis rien sur vous; la justice, la raison, l'intérêt d'Israël souffrent de votre conduite et font ma force.

La question de la théocratie se dévoile donc ici tout entière. Peu importent la nature de l'impulsion qui réveillait la pensée dans le cerveau du prophète, et les phénomènes plus ou moins singuliers qu'une tension constante de l'esprit est susceptible de produire * : mais la faculté de parler au nom de Jéhovah appartenait-elle à la classe sacerdotale, ou à une caste quelconque privilégiée par la constitution de l'Etat? voilà à quoi il faut répondre. S'il en était ainsi, sans doute on devrait appeler théo- cratique le gouvernement de Moïse : mais si tous les citoyens sans distinction ont le droit, en se conformant à la loi, de proclamer la parole de Dieu, dès qu'ils se sentent capables de la comprendre; mais si cette parole appartenait à la nation tout entière et était l'expression de ses besoins positifs; si le prophète ne dépendait ni du sacerdote ni de qui que ce soit, mais de sa conscience seule et de la loi, il n'existe absolument aucune différence entre cet état et la république : tout roule sur quelques locutions plus ou moins métaphysiques adaptées au génie particulier de la constitution des Hébreux.

* Daniel, qui fut transporté dès sa première jeunesse à Babylone et dans la Perse, et dont la tête n'était pas moins remplie des doctrines mystiques de l'Orient que de la philosophie de Moïse, nous retrace avec une exactitude remarquable les effets physiologiques qui accompagnaient ses visions. « Les pensées de mon esprit m'agitaient, je tombais en défaillance ;... mon extérieur était tout changé, mes jointures semblaient relachées; je me sentais sans vigueur; le sommeil m'accablait. Après cela, moi Daniel, je fus ou défait et malade pendant quelques jours, puis je me levai et je recommençai à travailler aux affaires du Roi » (vu, i5, 28; vin , 18, 27;x, 8, 16.). Des onze degrés que Maimonide indique dans la prophétie, le premier et le second sont pour la grandeur d'âme et le génie; tous les autres ne formenUaue des variétés de l'exaltation de la faculté Imaginative, qui, sans un ct;it maladif appréciable, et sans faire sortir l'individu d'un cercle raisonnable d'idées, pouvait créer dans son esprit une foule d'objets et de combinaisons d'objets différons ( More Neboukim, pars II , caD. xi iv. )

Mais les prophètes, dira-t-on, n'avaient-ils pas un privilége réel, puisqu'ils faisaient des miracles? à cela deux réponses, l'une pour ceux qui croient aux miracles, et l'autre pour les incrédules. Le don des miracles est aux yeux des premiers une faculté particulière du temps : la liberté consiste à développer toutes les facultés qui ne nuisent en rien à l'état social : or tout homme en Israël qui voulait recourir à des miracles dans l'intérêt de la constitution publique, n'avait besoin de l'autorisation de personne; tout homme au contraire qui faisait desmiracles dans des vues subversives de la constitution, était arrêté et puni.

Ce privilége rentre donc en entier dans les priviléges naturels, et il conduit à cette conséquence : que dans les siècles modernes où la faculté desmiracles a vieilli, et où, pour atteindre le but que se proposaient les vrais prophètes, c'est-à-dire le bien-être positif des nations, Dieu se borne à accorder à certains hommes de hautes facultés intellectuelles, il faut que ceux qui en sont pourvus, dans quelque classe qu'ils se trouvent, puissent les utiliser librement.

Aux yeux des seconds, puisque les prestiges servaient alors de moyen pour agir sur l'esprit des hommes, n'était-il pas naturel que les citoyens qui se croyaient appelés à parler au peuple fussent capables de les produire,.quoique la loi ne l'exige point.

Que ce prétendu privilége fut une faculté supérieure ou un moyen politique, dès qu'il pouvait retomber sur tous sans distinction, ou qu'il était dans les mains de tous, l'égalité républicaine restait parfaite.

On concevra donc maintenant toute la force de ces expressions du Pentateuque : « Conservez soigneusement vos lois; elles seront la preuvede votre sagesse et. de votre intelligence aux yeux des nations; car quelle est la nation, quelque grande qu'elle soit, qui ait ses dieux aussi près d'elle que vous avez l'Eternel votre Dieu 102! Aucune entrave ne vous est imposée; aucun intermédiaire ne s'élève comme un mur entre vous et lui; vos lois vous sont représentées chaque jour, et c'est pour chacun de vous un devoir de rechercher ce Dieu et de répéter sa parole, dès que vous l'aurez comprise; car l'effet de cette parole sera votre indépendance nationale, la paix, votre félicité. » Les livres sacies prouvent que le nombre des prophètes dont les écrits se sont perdus *, ou dont les discours n'ont jamais été écrits, est des plus considérables : chaque ville avait les siens. Ils suivaient d'abord quelque prophète en réputation , et les séances du conseil; même ils formaient des espèces de colléges, dans lesquels on s'efforçait, dès les premiers siècles, d'exciter par la musique des cerveaux encore inertes, et où on les initiait à toutes les connaissances de l'époque et à l'esprit des lois. Elisée, qui de l'avis des docteurs a présidé le grand-conseil, parlait à cent disciples: de là , le nom de disciples ou enfans des prophètes. Ils rentraient ensuite dans le sein de la cité qu'ils avaientchoisie, etlà, ils haranguaient le peuple, et contre-balançaient l'influence des sacerdotes, des magistrats, du sénat même qui ne manquait jamais dans les occasions importantes de réclamer l'avis d'un des orateurs les plus renommés,o3.

* De ce nombre sont Gad, Nathan, sous le règne de David; Hiddo, Ahija, etc. , sous Salomon; Semeïas, Hanani, Azaiias f Jchii fils d'Hanani, qui avaient c. rit des livres, des chroniques et mémoires. (II. Chvnniq. ix, 29; xu , i5, etc. )

Mais on juge d'avance que parmi tous ces prêcheurs populaires il n'y eut qu'une faible minorité généreusement inspirée; la foule parla sans discernement, sans raison, sans enthousiasme , et, sacrifiant la voix de Dieu ou les intérêts du peuple à ses intérêts propres, vendit avec ignominie et sa conscience et ses discours. « Vos prophètes vous ont perdus, s'écriait Jérémie dans son affliction : ils vous ont. amusés par des choses frivoles et vaines, ils n'ont parlé que pour de l'argent, et n'ont pas mis le doigt sur votre iniquité, afin de détourner les malheurs lo4. »

« C'est dans les assemblées publiques , aux jours du sabbath, aux premiers jours du mois lunaire et dans les convocations solennelles que les prophètes, ditCalmet, haranguaient le peuple et reprenaient les désordres et les divers abus qui se glissaient dans la nation Io5. » Mais Ezéchiel signale d'une manière autrement élé

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