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sions réservé aux diverses castes; et qu'elle répondait à la maxime autrefois usitée parmi nous: qu'il n'est pas bon que les gens du peuple sortent de leur état. Bossuet, qui a déployé toute sa magnifique éloquence dans le tableau qu'il trace du gouvernement de ce royaume, adopte l'exagération des historiens. « Les lois, s'écrie-t-il, y étaient simples et pleines d'équité;... elles assignaient à chacun sa profession, qui se perpétuait de père en fils; on ne pouvait en changer... Les prêtres et les soldats avaient des marques d'honneurs particulières;... la profession de la guerre passait de père en fils comme les autres; et après les familles sacerdotales , celles qu'on estimait les plus illustres étaient, comme parmi nous, les familles destinées aux armesl8. » On conçoit, en conséquence, l'ordre imposé à toute personne qui ne remplissait pas d'emploi public, de ne s'occuper en rien des affaires de l'Etat, sous peine des plus terribles châtimens'9.

Tels étaient les grands principes de l'organisation égyptienne.

Il n'existait pas chez elle d'unité nationale, puisque le même Etat renfermait plusieurs peuples distincts. Il n'existait pas de principe d'égalité, puisque tous n'avaient pas le droit de faire les mêmes choses ni d'arriver aux mêmes charges : point de principe de liberté, puisqu'ils ne pouvaient pas développer leurs facultés de la manière la plus convenable à leur propre nature. Qu'importe donc au sujet que je traite, une suite plus ou moins longue de leurs rois? Qu'a-t-il à perdre dans l'ancienneté de leurs reliefs, de leurs dieux et de leurs batailles? Des conquêtes et la servitude, de magnifiques palais et la servitude, une certaine somme de science et encore la servitude, ne se sont-ils jamais trouvés réunis? Replaçons la question sur le terrain dont on l'a trop long-temps écartée; et si les travaux de Moïse lui méritent une gloire réelle, loin d'y porter atteinte, la grandeur de l'Egypte ne fera que la rehausser. Elle est tombée, et tout l'art des investigateurs suffit à peine pour en découvrir les traces; il a vécu, et ses œuvres sont en honneur chez toutes les nations.

NAISSANCE ET ÉDUCATION DE MOÏSE.

L'éducation de Moïse, et les premiers événemens de sa vie, tels qu'ils sont racontés dans le Pentateuque même, donnent l'explication la plus naturelle du développement extraordinaire de ses facultés intellectuelles. Il sera libre ensuite à chacun de corroborer, suivant son esprit et sa propre conscience, les faits positifs par des raisons d'une autre nature : ainsi, après avoir dit que ce législateur était instruit de toute la sagesse divine et humaine dont un grand et noble génie peut être orné, Bossuet ajoute : « L'inspiration ne fit que porter à la dernière certitude et perfection, ce qu'avaient ébauché l'usage et les connaissances du plus sage des empires20. »

Dans le vingtième siècle avant notre ère, suivant la chronologie comparée du texte sacré, de Manéthonet des monumens, une famille de bergers, originaire de l'Arabie ou de la Chaldée, avait quitté le pays de Canaan, voisin de la Phénicie ,'pour se transporter en Egypte. Elle comptait parmi ses ancêtres Héber*, d'où lui vient le nom à'Hébreux, et le patriarche Abraham, célèbre dans toutes les contrées orientales. Un de ses membres, appelé Joseph, avait été élevé, par un concours de circonstances singulières, au rang de premier ministre de ce royaume. Le pharaon, c'est-à-dire le roi, quatrième monarque de la dynastie des pasteurs, qui, après avoir violemment subjugué l'Egypte, cherchait à y consolider sa domination, les accueillit avec bienveillance*, et leur assigna pour demeure la terre de Goscen, située entre les branches les plus orientales du Nil, et fertile en pâturages. Là, les Hébreux conservèrent le culte de leurs pères, qui avaient adoré un Etre infini et unique, qu'aucune forme ne peut représenter; et leur postérité, jouissant de l'abondance et de la paix, s'accrut dans la progression la plus étonnante. S'ils ne s'allièrent pas avec les habitans du pays, ce n'est pas eux-mêmes qu'il faut personnellement accuser, car ils avaient contracté des mariages avec d'autres peuples" : la cause en est surtout dans l'espèce d'horreur que le vulgaire égyptien manifestait contre les étrangers ".

* Le mot hébreu eber signifie au-delà ; l'on a dit <jue Cp nom lui avait été donné parce qu'il venait A'au-detà l'Euphrate; ou bien, en mettant son séjour en Arabie, parce qu'il venait de l'Ethiopie,qui est au-delà de !a mer Rouge.

Plusieurs siècles s'étaient écoulés, lorsque le retour des anciennes dynasties changea leur sort. Une politique cruelle s'appesantit sur eux; et les priva à la fois de toute protection intérieure, et de la faculté de retourner dans leur première résidence. « Agissons prudemment, dit-on dans le conseil des nouveaux pharaons, de peur qu'ils ne se multiplient, et que s'il arrivait quelque guerre, ils ne se joignissent aux ennemis, ou ils ne quittassent malgré nous l'Egypte l3. »

* Ce n'est pas à cause de leur qualité de pasteurs qu'il les reçut, car il semble que Joseph ne l'en avertit que lorsqu'ils furent éb Egypte. ( Gen., Xlyi, 3a.)

On les arracha donc à leurs foyers; on les condamna à la servitude, aux travaux les plus durs, à bâtir péniblement des villes, parmi lesquelles Rahamsès et Pithom. Enfin, pour réduire leur nombre, sans se priver des avantages qu'ils procuraient, ou ordonna que tous les mâles nouveau-nés seraient pendant quelque temps voués à la mort.

Dans ces malheureuses circonstances, vers le milieu du seizième siècle avant notre ère, Jocabed, femme d'un Hébreu nommé Amram, donna le jour à Moïse. Trois mois entiers sa naissance resta secrète; mais dans la crainte de ne pouvoir le dérober plus long-temps aux recherches, sa mère préféra le confier aux flots du Nil, que de le voir tomber entre les mains de ses bourreaux. Elle enduisit de bitume une petite corbeille de jonc, et le déposa, sous la surveillance de sa jeune sœur, parmi les roseaux qui bordaient le rivage. La fille du pharaon, suivie de ses femmes, alla se baigner de ce côté; elle découvrit la corbeille, et l'ayant fait ouvrir, elle fut attendrie à l'aspect d'un enfant très-beau, qui lui tendait les bras en pleurant. « Je ne t'abandonnerai pas, dit-elle; tu seras mon fils, et tu porteras:

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