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le conseil des soixante-dix vieillards à toutes ses vues et à toutes ses fonctions, et il convertit en une institution stable, un corps jusqu'alors provisoire. Miriam sa sœur, et Aaron son frère, jaloux du pouvoir qu'il transmettait à d'autres mains, s'élevèrent contre lui sous un frivole prétexte; mais il les frappa de terreur et les réduisit au silence 4°.

Cependant, sans prendre en considération ni les termes précis du Pentateuque, ni l'unanimité des docteurs hébreux, corroborée par les esprits les plus judicieux des autres croyances, quelques auteurs se sont efforcés de jeter du doute sur l'existence de droit et de fait du grandconseil d'Israël, appelé plus tard sanhédrin, du mot grec sunedrion (assemblée ou congrès). Don Calmet, où tant de graves écrivains ont eu le tort de puiser sans critique, est du nombre. Les motifs qui le poussent sont faciles à saisir. Il a grand intérêt à faire passer la législation de Moïse pour une théocratie, pour un gouvernement de prêtres; il proclame lui-même que cette législation est un royaume sacerdotal parfaitement semblable à celui d'Egypte 4' : on juge, en conséquence, combien il lui importe d'anéantir, autant que possible, une assemblée nationale, dans laquelle réside la plus grande partie de la puissance législative, d'une assemhlée qui parlait, au nom de Jéhovah, pour exprimer les besoins actuels, comme le sacerdoce prononçait ce nom sacré dans l'intérêt des lois déjà écrites.

Quoique entraîné aussi vers les doctrines égyptiennes, Bossuet ne peut s'empêcher d'avouer la légitimité du grand-conseil. «Pour maintenir la loi dans sa vigueur, Moïse, dit-il, eut ordre de former une assemblée de septante * conseillers, qui pouvait être appelée le sénat du peuple de Dieu et le conseil perpétuel de la nation. » Dans la dernière époque de la république, il rappelle « que le premier Hérode, pour s'attirer toute l'autorité à lui seul, attaqua cette assemblée, qui était comme le sénat fondé par Moïse et le conseil perpétuel du peuple où la suprême juridiction était exercée 42. » Le sage Fleury s'exprime plus clairement encore : « Dès que les Hébreux commencèrent à former un peuple, ils furent gouvernés par les vieillards. Dans toute la suite de l'Ecriture, toutes les fois qu'il est parlé des affaires publiques, ils sont toujours mis au premier rang, et quelquefois nommés seuls. De là vient l'expression du psaume qui exhorte à louer Dieu dans l'assemblée du peuple et dans la séance des vieillards, c'est-à-dire le conseil public. Ce sont les deux parties qui composaient toutes les anciennes républiques : l'assemblée (ecclesia concio) et le sénat43. »

* Lorsqu'on dit quarante, cinquante, soixante, pourquoi se refnserait-on à se servir du mot septante? .

A ces autorités j'en pourrais joindre une foule d'autres, nationales ou étrangères '''. Mais n'est-il pas plus simple de faire précéder ce que j'ai à dire sur l'organisation, les fonctions et l'histoire du conseil général de la république, et des conseils secondaires des tribus et des villes, par la récapitulation rapide des principaux passages qui, dans le Pantateuque, attestent qu'il fut une partie nécessaire de la constitution hébraïque.

On a vu qu'à peine de retour en Egypte, le législateur avait assemblé les anciens d'Israël, pour leur communiquer ses desseins et obtenir la confiance du peuple : qu'au pied du mont Sinaï, il avait soumis de nouveau ses projets aux anciens : que dans la première solennité, pour l'adoption de la loi et lors de l'institution des sacerdotes, il était entouré des soixante-dix anciens d'Israël. Sur l'ordre du Jéhovah, il réunit soixante-dix hommes, afin qu'ils partageassent avec lui le fardeau du gouvernement. Dans une sédition, dont je parlerai plus tard, Moïse se leva de son siège , et les anciens le suivirent '''. Quand la tribu de Joseph fit des réclamations, au milieu de l'assemblée, sur une question de droit, ses propres anciens s'adressèrent à Moïse et aux anciens d'Israël^. A l'approche de sa mort, le législateur annoncant aux Hébreux ses espérances et ses craintes, s'adresse au peuple, aux magistrats et aux anciens des tribus 46, sans comprendre dans cette énumération les anciens d'Israël qui faisaient corps avec lui'.

II confia le texte original de la loi, écrit tout entier de sa main, aux sacerdotes pour qu'ils le conservassent intact, et aux anciens47 pour qu'ils lui donnassent les développemens nécessaires. Enfin le décret qui prescrit une solennité nouvelle, pour le serment à prêter dès qu'on serait entré dans la terre-promise, commence par ces mots: « Moïse et les anciens commandèrent au peuple 48. »

Faut-il donc s'étonner qu'il n'indique pas avec précision, dans chaque circonstance, les séances du sénat, et conclure de là qu'elles n'ont point eu lieu? Non sans doute. L'ellipse des choses est un des principaux caractères du style hébraïque; de sorte qu'un seul mot, quand il s'agit surtout des principes et du droit déjà établis, entraîne toutes les idées accessoires.

Le mode général de formation est indiqué dans les paroles suivantes : « Assemble soixantedix hommes des anciens d'Israël—que tu sauras être des anciens du peuple et du nombre de ses magistrats. —Aussitôt Moïse répéta cet ordre devant le peuple, — et il assembla soixantedix hommes des anciens dont les noms furent inscrits49. » Ici trois circonstances importantes se présentent: il falloit pour arriver au sénat être homme du peuple, ancien du peuple, avoir été élevé par lui à quelques fonctions publiques. Dès qu'il a résolu de donner à l'institution le caractère légal, Moïse fait part de ses desseins au peuple lui-même, qui avait déjà entendu et approuvé cette loi : « Prenez parmi vous des hommes savans, prudens^ et de bonne renommée, et je les établirai pour chefs. »

Enfin les candidats furent inscrits : de quelle manière? le texte laisse le champ ouvert aux conjectures. Moïse inscrivit-il les hommes dont il avait apprécié lui-même la sagesse dans les conseils, et les fit-il circuler parmi les tribus, pour connaître s'ils réuniraient leurs suffrages? Mais cette interprétation aurait contre elle le principe qui investit les tribus du droit de désigner les hommes sages, et l'ordre de Dieu qui confie au législateur le soin d'assembler les anciens, et non de les choisir. Les citoyens désignèrent-ils eux-mêmes tous ceux qui possé

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