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MAGISTRATURE SACERDOTALE. l46qui, par leur nature, devaient rester séparées? Ne portèrent-ils pas une atteinte directe à la constitution de Moïse qui se serait fait reconnaître lui-même grand-pontife , ou qui du moins aurait désigné pour son successeur un membre de la famille sacerdotale; Phinée fils d'Eléazar, par exemple, qui avait déjà donné des preuves de ses talens pour la guerre?

L'essai fait sur le pontife Héli ne fut pas heureux. Après sa mort on revint à l'ordre primitif: Samuel fut revêtu de la judicature, tandis que la dignité sacerdotale resta dans la famille de son prédécesseur.

Loin de saisir les rênes de l'Etat, sous les rois, les sacerdotes virent le peuple abandonner fréquemment le culte dont ils étaient les ministres. Gouvernaient-ils, lorsque dans un accès de frénésie Saiil se vengea d'une prétendue offense, en faisant frapper de mort le pontife Abimélec et une foule de membres de la famille sacerdotale? N'est-ce pas le juge suprême et les anciens, et non les sacerdotes, qui avaient présidé à l'élévation de ce roi? N'est-ce pas les anciens et le peuple, et non les sacerdotes, qui traitèrent avecDavid, qui instituèrentet oignirent Salomon, dont le premier acte fut de déposer un grand-pontife 33? Quelle place les chroniques du temps accordent-elles au pontife suprême? Elles le rangent parmi les grands-officiers du royaume 34! Quel est le but de la révolution qu'opère le pontife Joad à l'aide des chefs de l'armée et des anciens, et comment se passèrent les choses?

Plus de cent ans avant la fondation de Rome, Athalie fille d'Achab, roi d'Israël, et de Jézabel fille du roi de Sidon, était montée au trône de Juda par le massacre des enfans de son propre fils. Un seul avait échappé à ses coups, grâce au courage de Josabeth, sœur consanguine du feu roi et femme de Jéhoiadah ou Joad. Depuis sept ans, la tyrannie de cette reine pesait sur le pays, lorsque le pontife s'entendit avec des officiers de l'armée, et les chargea de parcourir le royaume pour engager les lévites et les chefs des pères d'Israël à se réunir à Jérusalem. Toute cette assemblée jura de rendre le sceptre au rejeton du prince le plus vaillant et le plus national qu'avaient eu les Hébreux, de David. On s'arma secrètement, et au jour convenu on proclama au bruit des trompettes le nouveau roi. Athalie étonnée et furieuse se précipite sans gardes dans le temple et tombe au pouvoir de ses adversaires, en criant de toutes ses forces: Conjuration ! conjuration! La perfidie à laquelle Joad a recours dans une tragédie célèbre, pour s'emparer d'elle, n'est donc qu'une fiction du

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Magistrature: Sacerdotale. 147

poëte. On l'entraîna et l'épée fit justice de son ambition parricide. Le texte nous montre Joad comme le généreux restaurateur des droits de la nation. Après avoir conclu une alliance avec l'armée et les anciens, il fait établir le roi par le peuple; ensuite lui-même, tout le peuple et le roi, c'est-à-dire les trois têtes qui portaient les trois couronnes d'Israël, traitent une autre alliance; ils redeviendront le peuple de Jéhovah, ils se soumettront en tout point à la loi primitive : une troisième alliance est conclue entre le roi et le peuple: Joad n'accomplit rien qu'accompagné des centeniers de l'armée, des hommes les plus notables, des hommes en autorité sur le pays, et de tout le peuple du pays. Enfin, le résultat de ses efforts est de donner à toute la nation de la joie, et à la ville du repos 3S. Les vers suivans de Racine, quelque sublimes qu'ils soient, se trouvent donc de beaucoup au-dessous de la vérité, en ce sens, que le texte ne se borne pas à recommander au roi de ménager le peuple; mais il montre l'importance de ce peuple lui-même par le rôle qui lui est réservé.

Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois, Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même;

Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême;
Qu'aux larmes, au travail le peuple est condamné,
Et d'un sceptre de fer veut être gouverné;
Que s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime.

Les choses se maintinrent dans un état convenable pendant toute la vie du magistrat sacerdotal; mais il eut à peine fermé les yeux que les courtisans s'emparèrent de l'esprit du roi, qui, ayant bientôt perdu le souvenir de tous les bienfaits de Joad, fit assassiner le pontife Zacharie son fils, dont les justes plaintes lui étaient devenues insupportables.

Enfin si, un siècle plus tard, le roi Osias, après avoir obtenu les succès les plus glorieux à la guerre, éprouve de la résistance lorsqu'il prétend s'emparer du sacerdoce national, on doit en faire honneur au pontife, et nullement y trouver la preuve que le pouvoir résidât dans sa propre tribu. Peu importe la lèpre dont les chroniques assurent que ce roi fut subitement saisi en punition de son audace ; mais le pontife suprême marche à sa rencontre comme il s'avançait vers l'autel, et lui dit avec énergie: « Retire-toi, Osias,, tu n'es pas dans ton droit; la loi ordonne aux seuls enfans d'Aaron d'offrir le parfum, et ta conduite ne te tournera pas à honneur devant l'Eternel 36. »

C'est durant l'époque très-peu connue qui suivit le gouvernement de Néhémie, après la captivité de Babylone, que les grands-pontifes devinrent réellement les chefs de la république. Leur pouvoir se maintint d'autant mieux que les rois de Perse et de Syrie, tenant la Judée tributaire , aimaient à la voir gouvernée par des hommes plus pacifiques de leur nature que guerriers.

Josèphe nous apprend que treize pontifes s'étaient succédé depuis Aaron jusqu'à la fondation du temple de Salomon, vers l'an 1000 avant notre ère; dix-sept, depuis cette dernière époque jusqu'à la captivité, l'an 588; et seize, depuis le retour de la captivité jusqu'en l'année \ 67, parmi lesquels les plus remarquables sont Jaddus, qui reçut Alexandre à Jérusalem, et Simon, surnommé le Juste.

Alors les choses changèrent de face. Ce n'est pas en leur qualité de sacerdotes, mais comme citoyens, que les Machabées levèrent l'étendard de l'indépendance : et le peuple qui réunit en eux la dignité de grand-pontife à celle de chef suprême, trouva cette fois la plus légitime excuse dans la nature des circonstances, qui exigeaient qu'on mît dans les mains de ces héros tous les moyens propres à faire réussir leur entreprise. Néanmoins ces deux

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