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I

du père de famille et des assistans pour attirer la bénédiction de Dieu.... Tout se passait entre parens et amis, ce n'était qu'un contrat civil^. » Une loi expresse les empêchait d'assister aux funérailles; ils n'avaient pas la charge de disposer le calendrier et d'intercaler les jours pour mettre l'année lunaire en harmonie avec l'année marquée par le soleil. Ce n'est pas à leurs mains, mais à celle des anciens et des chefs du peuple qu'étaient confiés les registres du dénombrement , qui avaient quelques rapports avec les registres actuels de l'état civil*.

Mais lorsqu'une question de quelque importance, soit judiciaire soit administrative, avait été débattue par une assemblée de province, sans amener de résultats satisfaisans, on la portait dans la ville capitale, au grand-conseil et aux sacerdotes; ceux-ci la décidaient dans le sens de la lettre de la loi, dont ils étaient les conservateurs-nés; ceux-là, profitant de leur avis, y ajoutaient l'esprit de cette loi qu'il leur appartenait de développer eux-mêmes. « Quand il sera pour vous trop difficile de juger entre meurtre et meurtre, entre cause et cause, entre plaie et plaie, et toutes les choses qui sont un sujet de débats dans vos villes, vous vous rendrez dans la ville capitale, vers les sacerdotes, et vers le juge (qu'il ne faut pas prendre ici pour un seul homme, mais pour un être collectif, comme on le verra plus loin), vous les interrogerez, et ils vous diront ce que porte le droit28. »

* Or Moïse, Aaron et les chefs des tribus convoquèrent toute l'assemblée le premier jour du second mois, et on enregistra chacun selon sa famille et selon sa tribu , et on les enregistra nom par nom, depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, chacun par tête. (Nombr. 1,17, 18. ) Ici Aaron avait un double rôle ; celui de veiller à l'opération , comme chef de la magistrature sacerdotale ; celui de veiller à la perception de la pièce d'argent qui était payée par tète pour le trésor du tabernacle dont je parlerai plus tard.

De là vient que, dans la bénédiction poétique qu'il donne aux douze tribus, Moïse, faisant allusion aux fonctions dévolues à la tribu de Lévi et au devoir qui lui était imposé de proclamer et de soutenir, en toute circonstance , ce que la lettre de la loi exigeait rigoureusement, ne craint pas de s'écrier chez un peuple pénétré du respect filial : « Lévi dira de son père et de sa mère, qu'il ne les a pas vus, de son frère, qu'il ne le connaît point; même il ne connaîtra pas ses propres enfans: ainsi ils garderont ton alliance, ô Jacob; ils publieront tes droits et ta loi, ô Israëla9. »

Je parlerai ailleurs de l'inspection légale qu'ils avaient à exercer sur une classe de maladies redoutables. Enfin, le grand-sacerdote hébreu, comme les pontifes de Rome et de la Grèce, rendait des oracles, sur la demande du sénat, des chefs ou du peuple, soit pour revêtir les déterminations déjà prises d'une sanction imposante, soit pour rompre subitement de fâcheuses incertitudes. «La question qu'on lui présentait devait être clairement posée, disent les anciens, et la réponse sans ambiguïté; ce n'était pas un oracle à la manière du trépied de Delphes; il n'était pas permis à un simple particulier de le consulter, mais seulement au sénat, au roi, ou à l'homme placé à la tête de la république 3o. »

De tout ce que j'ai dit de cette magistrature, il résulte qu'elle tenait du caractère de la pairie moderne et de la prêtrise; mais avec ces différences que, dans un pays agricole, elle ne possédait point comme la première de grandes propriétés, et que le culte dont elle faisait le service était tout entier dans l'intérêt d'une constitution d'Etat, qui s'occupait exclusivement du bonheur positif des citoyens.

La nature des temps, les circonstances extérieures, et l'état général des mœurs sont les premières causes des abus qui s'y attachèrent. Bientôt les sacerdotes furent beaucoup plus occupés des formes de leur loi que du fond, de l'accessoire que du principal, de leurs intérêts privés que de la prospérité nationale. De là ces sages reproches que leur adressent les prophètes : « Croyez-vous que ce soit avec des sacrifices, des oblations, des chants et des parfums, que vous plairez à notre Dieu? Non : faites aimer la droiture; enseignez au peuple les lois; défendez tous les opprimés; propagez la haine de la servitude : voilà vos premiers devoirs 3l. » S'ils ne les ont pas rempli ces devoirs, avec intégrité, la peine de leur faute est retombée sur eux; ils ont vu leurs autels renversés, leur patrie dévastée, et leur propre race perdue au milieu des débris d'Israël.

Gardons-nous cependant d'être injustes à leur égard; de leur attribuer les principales fautes politiques qui ébranlèrent l'Etat, et surtout de faire reposer, comme on le répète chaque jour, l'emploi du mot théocratie, sur l'idée que le gouvernement fut, sinon par le droit, du moins par le fait entièrement livré à leurs mains.

Ce n'est pas en qualité de grand-pontife que Moïse gouverna la nation; il n'était que simple lévite par sa naissance; il n'offrit des victimes qu'avant que le sacerdoce légal fût institué : c'est comme chef et législateur d'un peuple qu'il avait arraché à l'esclavage. Son successeur, Josué, chef comme lui de la nation, appartenait à la tribu d'Ephraïm. Sous sa magistrature, le pontife Eléazar présida, de concert avec ce juge, la commission des douze citoyens qui, sous les yeux des tribus, réglèrent le partage des terres, et le sacerdote Phinée, son fils, fut mis par le peuple à la tête des dix'députés envoyés aux hommes de Ruben et de Gad, pour leur faire des remontrancessurquelquesdémarchesauxquelles les autres tribus avaient donné une fausse interprétation *. Hors delà, l'histoire ne parle d'eux que pour le simple service du culte; bien plus, elle ne nomme pas les sacerdotes dans l'assemblée solennelle du peuple que tint Josué vers la fin de sa vie , et où tous les fonctionnaires actifs du gouvernement sont désignés, savoir : les anciens d'Israël, les chefs des tribus, les juges proprement dits, et les officiers civils ou hommes d'autorité u.

Les juges suprêmes qui succédèrent à Josué furent tous comme lui étrangers à la tribu de Lévi. Ce n'est que plus de trois cents ans après, et quatre siècles environ avant la fondation de Rome, que le peuple confia la judicature au pontife Héli, homme plein de douceur et d'intégrité.

Mais ne commirent-ils pas une faute capitale en réunissant sur la même tête des fonctions

* Il s'agissait d'un autel élevé par les tribus fixées en-deçà du Jourdain, et qui fit croire aux autres qu'elles avaient l'intention de déserter le culte d'Israël. ( Josué xxn. )

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