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événemens qui nous conduisent au temps où il commença à dicter ses lois, exposons les principes de la constitution égyptienne, à l'aide des documens les plus anciens. Je ne garantis pas la rigoureuse exactitude des détails; l'esprit général en est incontestable. Elle confirmera ce que j'ai dit de l'ambition des hautes castes de l'Orient pour un pouvoir avec lequel elles s'emparaient, au nom de l'intelligence et du ciel, des jouissances de la terre : elle indiquera les principaux motifs de la première caste de l'Egypte, lorsqu'elle regarda comme un souverain bien les superstitions et la séquestration des castes inférieures : elle montrera enfin des points de ressemblance si frappans avec certaines époques des plus rapprochées de nous, que je serai forcé de m'écrier encore : qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

L'Egypte fut soumise à une monarchie théocratique, c'est-à-dire , à un gouvernement dans lequel les lois-venaient des dieux, et dans lequel la faculté de faire parler les dieux et d'interpréter leurs volontés était dévolue à une caste particulière qui comptait dans son sein le roi, soit qu'il en fût membre-né, soit qu'il y fût entré par adoption. Un prêtre égyptien qui vivait dans le troisième siècle, avant l'ère vulgaire , sous Ptolémée-Philadelphe, et qui doit en grande partie à un historien juif la conservation de sa mémoire, de même qu'à un savant Français, sa réhabilitation complète, comme écrivain fidèle, Manéthon de Sebennytus, nous apprend qu'elle comptait trente dynasties de rois dont le premier s'appelait Mènes, et qui remontent à plus de cinq mille ans avant Alexandre. Certaines chroniques égyptiennes portaient leur antiquité à trente-six mille ans, y compris l'âge des dieux et des demi-dieux: mais c'est aux recherches déjà si heureuses du philologue dont j'ai parlé, et à l'esprit d'investigation avec lequel il a pénétré le langage des monumens, qu'il appartient de dissiper toute l'obscurité qui a couvert jusqu'à nos jours cette chronologie.

Trois castes principales divisaient l'Etat4: l'une s'était réservé de représenter l'intelligence; je continuerai à lui donner le nom de sacerdotale, sous lequel on l'a toujours désignée , sans ajouter à ce mot l'idée que tous ses membres exerçassent la prêtrise, mais parce que cette attribution, et la faculté de faire parler les dieux, formaient son caractère essentiel, son lien le plus puissant. La seconde, ou la caste militaire, représentait la force. Le peuple ou le vulgaire, qui composait la troisième, trouvait dans la matière son analogue. Combien cette division par castes fut chère aussi aux dominateurs de l'Inde! Au premier rang brillait la caste sacerdotale desBramines^ qui, émanée du cerveau de Brama, l'emportait par essence sur toutes les autres.

Dans les changemens de dynastie, qui n'étaient pas la suite forcée des invasions étrangères , le nouveau roi sortait du sein de la première classe, ou du sein des guerriers5.

Le peuple ne participait en rien à cette élection, et les suffrages n'avaient pas une égale valeur chez les deux classes privilégiées. Les prêtres, ou sages, inférieurs en nombre, avaient balancé ce désavantage en opposant leur qualité : de sorte que le suffrage d'un prêtre, ou sage de première classe , équivalait aux suffrages de cent guerriers; d'un prêtre, ou sage de seconde classe, à ceux de vingt; et d'un prêtre, ou sage de troisième classe, aux suffrages de dix. Au cas, enfin, où l'élection restait incertaine, l'oracle, rendu par les prêtres eux-mêmes, en décidait".

S'il arrivait que le roi fût tiré du sein des guerriers, les prêtres s'empressaient de l'initier à leurs mystères et de l'agréger au corps sacerdotal7; ensuite ils s'efforçaient de le tenir sous leur dépendance immédiate jusque dans les choses du moindre intérêt8.

La première caste faisait elle-même les lois, les interprétait, les gardait en dépôt, et cachait ses livres de science à tous les yeux, avec des précautions infinies. Aussi toutes les grandes dignités civiles de l'Etat, toutes les fonctions de magistrats et de juges, toutes les professions qui demandaient de l'intelligence , n'étaient et ne pouvaient être remplies que par eux9. Les guerriers, répandus dans l'empire , s'acquittaient alternativement, durant la paix, d'un service journalier auprès du roi; lorsqu'une expédition était projetée , ils se réunissaient par son ordre , et pour récompense , ils partageaient avec la première classe le droit de porter certains signes de distinction 10. Enfin, le peuple asservi au culte des idoles, dont il nous importe peu ici de connaître l'origine plus ou moins savante, baissant le front devant l'image d'un crocodile ou d'un bœuf, et se frappant douloureusement la poitrine à la mort d'un chat '', comprenait, sous des répartitions secondaires, tous les hommes livrés à l'agriculture, à l'industrie et au commerce".

Voilà pour la distinction des personnes; voici pour la distribution des propriétés.

La terre d'Egypte était divisée en trois grandes portions:

L'une, exempte de tout impôt, appartenait à la première classe13. De plus, d'après le témoignage d'Hérodote, les prêtres ne consommaient rien de leurs biens propres, attendu que chacun d'eux recevait, dans les temples, sa part de vin et des viandes sacrées'4. La seconde fournissait aux rois de quoi soutenir leur dignité, payer l'administration , les frais de la guerre 15; l'autre formait l'apanage des guerriers , qui possédaient chacun douze aroures au moins, ou douze carrés de cinquante-deux mètres environ de côté , exempts de charges et de redevances. Mais cette portion des guerriers n'était pas incommutable :on pouvait les faire changer de domaine , même le leur enlever entièrementl6.

Quant au peuple, il ne possédait rien en toute propriété, comme je l'expliquerai mieux en parlant de l'administration de Joseph, qu'on a généralement présentée sous un faux point de vue : il cultivait, à titre de fermier, et avec plus ou moins d'utilité pour lui-même, les terres des rois, des prêtres et sages, et des soldats '7.

Enfin, le droit public de l'Egypte, s'il faut en croire plusieurs historiens, astreignait chaque individu à suivre, sans en dévier, la profession exercée par son père. Mais il est probable que cette loi ne s'appliquait qu'au genre de profes

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