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de nature, ils manquent d'exactitude , appliqués à la politique. La participation expresse de l'homme n'y est comptée pour rien. Bien plus, tous les besoins, tous les sentimens, tous les désirs possibles, tout ce qui s'accomplit de bien ou de mal, tout ce qui existe d'utile ou de pernicieux est le produit de la nature. Au milieu de tant de choses, il faut faire un choix. En cela consiste la science de l'homme : l'intelligence y préside; la volonté s'y conforme, et l'expérience, après lui avoir servi de base, vient encore y apposer son seing-.

La sanction donnée au contrat public produisit aussitôt ce double effet : d'obliger chaque individu envers tous les autres; et d'allier l'Etre national, formé par cette union, à l'Etre immense et immuable. Nous promettons de fuir tout ce qui nous serait nuisible et de nous soumettre à toutes les choses qui ont pour but l'utilité commune : je vous accorderai le bonheur en récompense, répond l'Eternel. Ainsi, le titre de médiateur qui a donné lieu à tant d'assertions obscures ou oiseuses appartient à Moïse, en ce sens que, pour fonder ses lois sur lapremière de toutes les lois, qui est, comme Bossuet l'a reconnu, celle de la nature, il devait se mettre en rapport d'une part avec cette nature, de l'autre avec le peuple dont il ne cessait pas d'être membre.

Nulle autre nation n'offre l'exemple d'un pacte si savant et si sublime. Il est la cause essentielle de la force de cohésion qu'a développée l'association des Hébreux : il inspira à des prophètes pleins de génie, cette pensée : que tant que les règlemens du Monde dureraient, Israël et sa loi ne passeraient point48. Enfin, sa seule imperfection fut de ne pas embrasser l'humanité tout entière.

Quant à l'action exercée sur tous les membres du corps public par la parole de vérité transformée en loi, elle constitue la Souveraineté Politique. Il ne peut en exister d'autre : d'où l'apophthegme : Lex major omnibus, la loi est supérieure à qui que ce soit 49. D'elle seule émane tout acte vraiment légitime; car ce mot légitimité, d'après sa composition même , suppose une loi antérieure formée régulièrement. « La liberté des Hébreux, dit un des auteurs religieux déjà cités, dont l'assemblée constituante n'a fait que répéter les propres paroles *, consistait à faire tout ce que la loi ne défend pas, à n'être obligé à faire que ce qu'elle commande, sans être sujet à la volonté d'aucun homme en particulier5". » C'esfpourquoi, lorsque les ordres d'un chef quelconque se trouvaient en concur* Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché; et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. (Déclaration des Droits, art. v.)

rence, sans être en opposition avec les ordres de la loi, il fallait négliger ceux-là pour ceux-ci, attendu, disaient les anciens, que le commandement du serviteur doit passer après celui du maître : il n'est pas besoin d'observer qu'il ne faut pas obéir quand l'ordre est contraire à la loi : Dicere nil opus est si quid contra legem decerneret; prorsus enim nonparetur 5t. « A qui s'adressaient surtout les discours et les censures des prophètes? s'écrie don Calmet, à ces Israélites faibles et relâchés, à ces Israélites mitoyens qui, n'ayant pas assez de résolution pour résister aux ordres et à l'autorité du roi, conservaient d'ailleurs un fond de crainte de Dieu et de respect pour ses lois 5a. »

Enfin, la pompe religieuse environnera cette loi même : elle sera invoquée chaque jour comme le plus excellent protecteur, le plus fidèle souverain; et la formule politique et sacrée de l'Etat, à laquelle nous sommes arrivés par une méthode presque mathématique, sera à jamais : Jéhovah, Israël, Tora; Dieu, la nation, la loi. La théorie précédente mérite que le lecteur y réfléchisse. Elle montre danj la science politique l'unité nationale pour base, l'égalité politique pour moyen, la liberté pour but; et une espèce de trinité de principes, sous ce rapport, que l'unité est toute dans l'égalité, l'égalité dans la liberté, et réciproquement. Or ces principes, dans l'art politique, changent de nom sans changer de nature; l'unité devient l'utilité publique; la volonté générale forme le moyen: enfin le bonheur commun, sans aucune exception, est la dernière pensée de tout homme d'Etat doué d'une grande âme.

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Dans le désert, la privation des choses les plus utiles à la vie, les illusions déçues, les ambitions particulières auraient bientôt armé les Hébreux les uns contre les autres et occasionné leur entière destruction, si Moïse n'eût développé toute l'énergie de sa volonté, s'il n'eût introduit dans son camp militaire une discipline que la nature des temps rendit souvent impitoyable, s'il n'eût eu recours enfin à tous les moyens susceptibles de frapper les imaginations et de soutenir la confiance. Déjà toute cette armée avait provisoirement reçu une or

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