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Philos, - Moral. Rely far. - Chinese.

INTRODUCTION.

«Toute grande puissance qui apparaît sur la terre y laisse des traces plus ou moins durables de son passage. Des pyramides, des arcs de triomphe, des colonnes, des temples, des cathédrales, en portent témoignage à la postérité; mais les monumens les plus durables, ceux qui exercent la plus puissante influence sur les destinées des nations, ce sont les grandes œuvres de l'intelligence humaine que les siècles produisent de loin en loin, et qui, météores extraordinaires, apparaissent comme des révélations à des points déterminés du temps et de l'espace, pour guider les nations dans les voies providentielles que le genre humain doit parcourir 1.»

C'est un de ces monumens providentiels, dont on donne ici la première traduction française faite sur le texte chinois 2.

Dans un moment où l'Orient semble se réveiller de son sommeil séculaire au bruit que font les puissances européennes qui convoitent déjà ses dépouilles, il n'est peutêtre pas inutile de faire connaître les œuvres du plus grand philosophe moraliste de cette merveilleuse contrée, dont les souvenirs touchent au berceau du monde, comme

'Avertissement de la traduction française que nous avons donnée en 1837 du Ta-hio ou de la Grande Étude, avec une version latine et le texte chinois en regard; accompagné du commentaire complet du Tchou-hi et de notes tirées des divers autres commentateurs chinois. Gr. in-8°.

2 Voyez la note ci-après, p. XXVIII.

α

elle touche au berceau du soleil. C'est le meilleur moyen de parvenir à l'intelligence de l'un des phénomènes les plus extraordinaires que présente l'histoire du genre humain.

En Orient, comme dans la plupart des contrées du globe, mais en Orient surtout, le sol a été sillonné par de nombreuses révolutions, par des bouleversemens qui ont changé la face des empires. De grandes nations, depuis quatre mille ans, ont parú avec éclat sur cette vaste scène du monde. La plupart sont descendues dans la tombe avec les monumens de leur civilisation, ou n'ont laissé que de faibles traces de leur passage: tel est l'ancien empire de Darius, dont l'antique législation nous a été en partie conservée dans les écrits de Zoroastre, et dont on cherche maintenant à retrouver les curieux et importans vestiges dans les inscriptions cunéiformes de Babylone et de Fersépolis. Tel est celui des Pharaons, qui, ayant de s'ensevelir sous ses éternelles pyramides, avait jeté à la postérité, comme un défi, l'énigme de sa langue figurative, dont le génie moderne, après deux mille ans de tentatives infructueuses, commence enfin à soulever le voile. Mais d'autres nations, contemporaines de ces grands empires, ont résisté, depuis près de quarante siècles, à toutes les révolutions que la nature et l'homme leur ont fait subir. Restées seules debout et immuables quand tout s'écroulait autour d'elles, elles ressemblent à ces rochers escarpés que les flots des mers battent depuis le jour de la création sans pouvoir les ébranler, portant ainsi témoignage de l'impuissance du temps pour détruire ce qui n'est pas une œuvre de l'homme.

En effet, c'est un phénomène, on peut le dire, extraordinaire, que celui de la nation chinoise et de la nation in

dienne se conservant immobiles, depuis l'origine la plus reculée des sociétés humaines, sur la scène si mobile et si changeante du monde! On dirait que leurs premiers législateurs, saisissant de leurs bras de fer ces nations à leur berceau, leur ont imprimé une forme indélébile, et les ont coulées, pour ainsi dire, dans un moule d'airain, tant l'empreinte a été forte, tant la forme a été durable! Assurément, il y a là quelques vestiges des lois éternelles qui gouvernent le monde.

La civilisation chinoise est sans aucun doute la plus ancienne civilisation de la terre. Elle remonte authentiquement, c'est-à-dire par les preuves de l'histoire chinoise1, jusqu'à deux mille six cents ans avant notre ère. Les documens recueillis dans le Chou-king ou Livre par excellence 2, surtout dans les premiers chapitres, sont les documens les plus anciens de l'histoire des peuples. Il est vrai que le Chouking fut coordonné par KHOUNG-FOU-TSEU (CONFUCIUS) dans la seconde moitié du sixième siècle avant notre ère 3; mais ce grand philosophe, qui avait un si profond respect pour l'antiquité, n'altéra point les documens qu'il mit en ordre. D'ailleurs, pour les sinologues, le style de ces documens, qui diffère autant du style moderne que le style des douze Tables diffère de celui de Cicéron, est une preuve suffisante de leur ancienneté.

Ce qui doit profondément étonner à la lecture de ce beau monument de l'antiquité, c'est la haute raison, le sens éminemment moral qui y respirent, Les auteurs de

On peut consulter à ce sujet notre Description historique, géographique et littéraire de la Chine, t. I, pag. 32 et suiv. F. Didot frères, 1837.

2 Voyez la traduction de ce livre dans les Livres sacrés de l'Orient que nous avons publiés chez MM. F. Didot, en un fort vol. in-8° à deux colonnes, d'où la traduction que nous donnons ici des Quatre Livres a été tirée,

* Voyez la Préface du P. Gaubil, pag, 1 et suiv.

de ce livre, et les personnages dans la bouche desquels sont placés les discours qu'il contient, devaient, à une époque si reculée, posséder une grande culture morale, qu'il serait difficile de surpasser, même de nos jours. Cette grande culture morale, dégagée de tout autre mélange impur que celui de la croyance aux indices des sorts, est un fait très-important pour l'histoire de l'humanité; car, ou cette grande culture morale était le fruit d'une civilisation déjà avancée, ou c'était le produit spontané d'une nature éminemment droite et réfléchie : dans l'un et l'autre cas, le fait n'en est pas moins digne des méditations du philosophe et de l'historien.

Les idées contenues dans le Chou-king sur la Divinité, sur l'influence bienfaisante qu'elle exerce constamment dans les événemens du monde, sont très-pures et dignes en tout point de la plus saine philosophie. On y remarqua surtout l'intervention constante du Ciel ou de la Raison suprême dans les relations des princes avec les populations, ou des gouvernans avec les gouvernés, et cette intervention est toujours en faveur de ces derniers, c'est-à-dire du peuple. L'exercice de la souveraineté, qui dans nos sociétés modernes n'est le plus souvent que l'exploitation du plus grand nombre au profit de quelques-uns, n'est, dans le Chou-king, que l'accomplissement religieux d'un mandat céleste au profit de tous, qu'une noble et grande mission confiée au plus dévoué et au plus digne, et qui était retirée dès l'instant que le mandataire, manquait à son mandat. Nulle part peut-être les droits et les devoirs respectifs des rois et des peuples, des gouvernans et des gouvernés, n'ont été enseignés d'une manière aussi élevée, aussi digne, aussi conforme à la raison. C'est bien là qu'est constamment mise en pratique cette grande maxime de la démocratie

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