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lion esi différente de celle que lon suppose que S. Pierre nous donne de la plus grande lumière que nous ayons sous l'Evangile, et où il se trouve en contradiction avec lui-même, et presque avec tous les écrivains sacrés du nouveau Testament!

II est opposa aux termes mêmes du texte. Mais allons plusloin encore, et nous trouverons que S. Pierre, dans notre texte, est si éloigné de nous représenter les oracles des propliètes comme formant l.i preuve la plus évidente que l'on puisse avoir sur le point en question, quel qu'il soit, qu'il en parle au contraire comme d'une faible lumière, qui devait servir seulement jusqu'à ce qu'il en vint une I lus grande. Pesez bien ses expressions. Nous avons d'ailleurs les oracles des prophètes, qui sont plus authentiques, auxquels vous faites bien de vous rendre attentifs, connue à un flambeau qui éclaire dans un lieu obscur, jusqu'à ce tjue le jour paraisse, et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs. Vous voyez que ce n'est que jusqu'à ce que le jour paraisse, qu'on doit faire attention à cette lumière, et que bien loin qu'elle soit ellemême la meilleure lumière, il faut au contraire qu'elle fasse place à une plus grande. Nous verrons dans la suite quel est le vrai sens de ces paroles; mais certainement S. Pierre n'aurait limité aucun temps pour prendre garde aux oracles des prophètes, s'il les avait envisagés comme le plus ferme appui de la foi chrétienne : car, dans ce cas, nous devrions toujours nous y attacher, et en faire la matière consianle du nos pieuses méditations jusqu'au dernier soupir de notre vie.

Je suppose que ce sent ces raisons qui ont engagé les interprètes à abandonner le sens apparent du texte, qui semble préférer l'autorité des prophéties à toutes les autres preuves qui établissent la doctrine de l'Évangile, et à en chercher quclqu'aulre plus conforme à la vérité et à la raison. Mais quoiqu'ils s'accordent à rejeter ce sens, ils sont fort éloignés de convenir de celui qu'on doit lui substituer. Les interprèles expliquent ce texte fort différemment,

mais aucune de leurs explications ne satisfait.

Les commentateurs grecs supposent qu'il faut entendre les paroles de saint Pierre de cette manière, que les anciennes prophéties sont maintenant pour nous, chrétiens,de& preuves plus fortes et plus convaincantes qu'elles ne l'ont jamais été, puisqu'elles sont pleinement vériliées et confirmées par l'événement. Cette explication retient bien la force de la comparaison , mais elle la place où l'apôtre ne l'a point placée; car il est manifeste qu'il compare la preuve qui résulta des oracles des prophètes, avec celle qui naît de la glorification de Jésus-Christ, attestée par ceux qui en ont été les témoins; au lieu qu'il ne dit pas un mot qui puisse faire croire qu'il oppose l'évidence des prophéties après leur accomplissement à leur évidence avant cet accomplissement. Grotius a cru que ce sens était le plus convenable, et l'a adopté dans son commentaire sur celle Épiixc.

D'autres (1) supposent que le comparatif est ici employé dans le sens du positif (2), pour marquer la grande certitude de l'argument en question. Suivant eux, saint Pierre veut dire que i nous avons dans In ioracles des prophètes une preuve très-assurée, très< forte. > Cette explication introduit dans le texte une nouvelle manière de s'exprimer qu'on ne saurait admettre, puisqu'on n'a pas d'autorité suffisante à alléguer en sa faveur; car les exemples que l'on produit pour cela, aussi loin que mes recherches ont pu s'étendre , ne sont pas cités à propos (3).

Il y en a qui, conservant la signification naturelle des termes, et admettant par conséquent la comparaison , ne veulent pourtant pas accorder que cette comparaison soit absolue, mais seulement relative; relative aux opinions et aux préjugés des Juifs, auxquels cette Épitre est adressée. Suivant cette interprétation , l'apôtre n'assure pas que les prophéties soient en elles-mêmes un meilleur argument pour la vérité de l'Évangile, qu'aucun autre qu'on puisse alléguer; mais il vent dire seulement qu'elles sont plus authentiques par rapport aux Juifs, qui, ayant été élevés dans une estime et une vénération particulière pour les prophètes de la loi, et étant nouvellement convertis au christianisme, déféraient beaucoup plus à l'autorité de ces prophètes qu'au témoignage des apôtres. Mais 1° il n'y a rien dans le texte qui favorise une telle explication ; 2° si c'avait été là la pensée de saint Pierre, il n'aurait jamais parlé en première personne, et ne se serait pas joint avec ses compatriotes dans la même opinion : Nous avons , ditil , les oracles des prophètes , qui sont plus authentiques; car, quelles que fussent les idées des Juifs sur ce sujet, cet apôtre pouvait-il croire que les obscures prophéties de la loi qu'il compare immédiatement ensuite à un flambeau qui éclaire dans les ténèbres , formassent un argument plus convaincant que les miracles de Jésus, et que le témoignage que Dieu lui-même avait rendu à la vérité de sa mission T Par conséquent ce ne peut pas être là le sens du texte.

Ce sont là les principales explications que l'on a données de ce passage. Il est évident que tous les interprètes ont senti l'absurdité qu'il y a de mettre la preuve des prophéties au-dessus de toutes les autres preuves de l'Evangile, et que c'est pour éviter cet écueil qu'ils se sont portes à chercher d'autres sens. Cependant il est hors de doute que les paroles du texte, suivant leur signification la plus naturelle, emportent que l'argument tiré des oracles des prophètes est plus authentique que celui dont il esl parlé aupa

( I ) L'auteur cite en marge Erasme, Junius et Tremelhus ; on peut y joindre presque tous les commentateurs modernes, entr'autres M. le Clerc dans ses notes sur Hammond, et MM. de Bcausobrc et Lenfant dans leur Testament français.

(2) Ou du superlatif. Voyez les derniers auteurs cités.

(3) Voyez entre autres Matth. il, Il, et t Cor. 13,15.

ravant, savoir, le témoignage de l'apôtre lui-même louchant ta gloire de Jésus-Christ, laquelle il avait vue de ses propres yeux, et la voix de Dieu, qui déclarait ce bon Sauveur sen Fils bien-aimt, laquelle il avait ouïe de ses propres oreilles sur la montagne, mais, quelque naturel que soit ce sens, ceux qui en concluent que les prophéties forment la meilleure preuve que nous ayons de la mission de Jésus-Christ, et de la vérité de l'Évangile, tirent assurément une conclusion qui ne peut être justifiée par le texte ; car remontez plus haut (1), et voyez quel est le principal sujet en question pour la preuve duquel S. Pierre envoie ici les chrétiens dispersés aux oracles des prophètes, comme à un argument plus authentique ; est-ce la mission de Jésus-Christ? 11 n'en est pas dit un seul mot; est-ce la vérité de l'Évangile? Rien moins que cela : cet apôtre assure bien dans le verset iG, que Dieu avait déclaré, par une voix qui partit du sein de sa majesté glorieuse, que Jésus-Christ était son Fils bien-aimé; mais ce n'est pas là ce qu'il avait dessein d'établir; car il allègue celte déclaration pour prouver quelqu'autre chose, et il la met au rang des arguments avec lesquels il compare les oracles des prophètes.

Pour éclaircir celle matière, voyons ce que saint Pierre voulait prouver; sans cela il est impossible de bien juger de la comparaison qu'il emploie dans noire texte; car, en certains cas, les prophéties ne sont point des preuves, et en d'autres, elles peuvent former l'argument le plus convaincant, quoique ce soil une faible lumière qui éclaire dans les lé> nèbres.

Pour savoir précisément de quoi il est question, il faut faire attention au but général de ces deux Épilres, car elles sont manifestement relatives. Saint Pierre a écrit cette seconde Épiire pour soutenir et fortifier les espérances qu'il avait données aux fidèles dans la première, comme il paraîtra clairement , si on les compare ensemble. Il faut donc recourir à celle-ci, pour voir quel est le fondement et l'occasion du sujet auquel le texte controversé que nous expliquons a rapport.

Dessein de la première, qui est de soutenir les fidèles daiœ les persécutions auxquelles ils étaient exposis, par l'espérance d'une délivrance prompte et signalée.

Les chrétiens, à qui la première Épilrc esl adressée , se trouvaient dans un état d'épreuve et de persécution^ Pierre, i, 6). Ils étaient affligés pour un peu de temps par diverses tentations (ib. 2, 12) ; l'on médisait d'eux, comme s'ils eussent été des malfaiteurs (ib. 3, 14); ils souffraient pour la justice (ib. 4,11); ou leur disait des injures pour le nom du Christ (ib. 4, 13/. Et ils participaient à ses souffrances. Telle étant leur situation, l'apôtre leur donne des avis convenables; il les exhorte (ib. 4, 4) à s'armer de la

(1) Il est manilesic par ce qui précède qu'il ne s'agit point ici de la vérité de l'Évangile.

même pensée qui élail en Jésus Christ, lequel a souf. fert peur nous en !a chair; d leur dil (ih. 4, 14) de s'estimer heureux qu'on les chargeât d opprobns pour le mm de Christ, et de se réjouir de ce qu'ils participaient à ses souffrances (ib. 4, 13) ; il les l'ail souvenu* (ib. 4, 12) qu'ils ne doivent pas regarder comme quelque chose d'étrange qu'ils soient éprouvés par le feu des afflictions, mais plutôt comme un événement qui avait été prédit (1), cl qu'ils avaient raison d'attendre; il'leur représente (ib. 5, 9) que leurs frères qui sont répandus dans le monde souffrent tes mêmes persécutions qu'eux , et que le temps auparavant prédit (2) était venu, dans lequel te jugement devait commencer par la maison de Dieu (ib. 4, 17).

A ces avertissements l'apôtre joint des promesses d'une délivrance certaine et prochaine; il leur dil ( 1 Pierre, 1,5) qu'ils étaient gardés par la puissance de Dieu pour le salut qui allait être manifesté, cl que leur épreuve leur tournerait à louange, à honneur et à gloire, quand Jésus-Christ paraîtrait (ib. 1, 7); il les exhorte (ib. 1, 13) à espérer constamment ta grâce , c'est-à-dire la délivrance, qui leur était offerte à l'avènement de Jésus-Christ, au jour de la Visitation (ib. 2, 12). Et pour les persuader pleinement, et de celle délivrance et de la part qu'ils y auraient, il eu appelle (ib. 1,11) aux anciens prophètes cl à l'esprit de Jésus-Christ qui était en eux , et qui par avana leur rendait témoignage des souffrances du Messie, et des divers degrés de gloire dont elles devaient être suivies. Auxquels , ajoute-il (ib. 1, 12), il fut révêlé que ce n'était pas pour eux , mais pour nous, qu'ils étaient dispensateurs de ces choses qui vous sont maintenant annoncées. Le premier de ces périodes, savoir celui des souffrances de Christ (voyez ib. 4,1) étant écoulé, le second, savoir celui de sa gloire (voyez ib. 4, 13), allait être manifesté; ce qui (ib. 4,13) comblerait de joie les fidèles, et tournerait à la destruction de leurs ennemis les impics et les cheurs.

Toutes ces espérances étaient fondées sur ce que Jésus-Christ lui-même avait déjà une gloire et une puissance infinie, et qu'il reviendrait dans celle gloire et dans cette puissance, pour sauver les vrais croyants. C'est parce que Dieu l'a ressuscité des morts, et l'a élevé à la gloire, que les fidèles croient en Dieu (ib. 1 21) ; et c'est à la manifestation de cette gloire, que l'apôtre leur dit de s'aliendre à être comblés de joie et remplis d'allêgressè -^b. 4, 15). Vous voyez maintenant de quel poids est pour ce saint homme l'attente de la venue de Jésus-Christ en puissance et en gloire, et combien il y insiste dans sa première Epiire.

(1) Noire-Seigneur l'avait prédit. Mallh. 10, et surtout Matin. 24; Jean, 10, et saint Paul, Act. 14, 24.

(2) Voyez Mallh. 24 , 34. Celte Epitre fut ecnlc ueù d'années avant la destruction de Jérusalem ; ainsi saint Pierre avait raison de parler comme il fait dans cet endroit.

Mais celle délivrance ne paraissant point aussitôt que

la Lettre de saint Pierre semblait le promettre, les

chrétiens séduits par tes faux docteurs commençaient

à douter et à chanceler dans la profession de l'Evangile.

Il est Ircs-probaMc que les chrétiens persécutés conçurent d'abord de grandes espérances sur ces assurances qui leur étaient données par un apôtre de Jésus-Christ, et qu'ils s'attendaient, comme il est naturel à des gens qui sont dans l'affliction, que chaque jour verrait éclore leur délivrance; mais quand ils virent que les années s'accumulaient sans que celte délivrance parût, quand les moqueurs (2 Pierre 3, 3) commencèrent à tourner en ridicule leur attente, et à demander par une profane raillerie où est ta promesse de son avènement (ib. v. A), leur cœur défaillit, et leur espérance différée, loin d« les consoler et de les soutenir dans leur affliction , ne servit qu'à augmenter leur tristesse et qu'à les remplir de craintes et de soupçons qu'ils n'eussent cru en vain. Déjà plusieurs d'entre eux, que la persécution avait poussés à bout, commençaient à céder au temps, et à prêter l'oreille aux faux docteurs, qui leur enseignaient à se maintenir dans les bonnes grâces du monde , et à renfermer leur foi en eux-mêmes ; en sorte qu'étant emportés par la séduction de ces profanes, ils déchéaient de leur fermeté (2 Pierre, 3,17), et que pour éviter la persécution, ils reniaient te Seigneur qui les avait rachetés (ib. 2, 1).

C'est ce qui engage cet apôtre à leur adresser sa seconde Epitre pour affermir leur foi et leur espérance.

Les choses étant dans cet état, et cinq ou six ans après que saint Pierre eut écrit la première Épitre aux fldèles de la dispersion, il leur adresse cette seernde, qui répond exactement au récit que nous venons de faire. Dès le commencement, il tâche de relever et d'affermir les espérances de ces fidèles; mais il le fait d'une manière qui fait bien voir que l'on avait insulté à sa doctrine. Ce n'est point, leur dit-il (2 Pierre 1, 1 6), en suivant des fables composées avec art, que nous vous avons fait connaître La Puissance et L'aViînement de Notre-Seigneur Jésus-Christ; vous voyez ici de nouveau quel est le vrai point sur lequel cet apôtre fondait l'espérance et l'attente des fidèles. Dans le chapitre second, il parle des faux docteurs (ib. 2, 7) qui introduisaient secrètement dj/sectes pernicieuses, reniant le Sauveur qui les avoir tachetés; il les menace d'une prompte ruine, et il leur dit que quelque idée qu'ils se fissent de la promesse du prochain avènement de Jésus-Christ, ils éprouveraient certainement que leur condamnation s'avançait à grand pas (vers. 3), et que leur perdition n'était pas endormie; qu'il vaudrait mieux pour eux n'avoir pas connu la voie de la justice (vers. 21), qu'après l'avoir connue se détourner du saint commandement qui leur avait été domié. Dans le troisième et dernier chapitre, il examine le caractère des moqueurs, et leur profane insulte ■

est ta promesse de son avènement (ib. 3, 4)? 11 développe l'arguiiienldont ils se servaient pour autoriser leurs discours impies ; et il leur montre, par ce qui était déjà arrivé, combien ils raisonnaient mal touchant l'avenir. 11 conclutlc tout pardes avis salutaires qu'il donne aux chrétiens sur la conduite qu'ils doivent tenir, quand ils considèrent et qu'ils s'efforcent de comprendre les temps et les saisons des jugements de Dieu ; et il défend non-seulement sa propre doctrine, mais encore celle de saint Paul sur cet article particulier de Yavénement de Jésus-Christ (tant il avait à cœur de l'éclaircir) contre le pernicieux usage qu'en faisaient les ignorants et les mal affermis ( ib. vers. 15,16).

De tout cela il paraît clairement que le grand point en question dans cet endroit, c'est la venue de JésusChrist pour délivrer les fidèles persécutés, et punir leurs ennemis, les incrédules et tes méchants.

Vous voyez présentement que le principal point, le seul grand point dont il est question dans celle seconde Épitre, c'est la vernie de Jésus-Christ en puissance et en gloire, pour délivrer les fidèles, et prendre vengeance des incrédules et des méchants , comme il avait été prédit par les prophètes sous l'une cl l'autre alliance. Mais comme cet événement était encore à venir et à quelque distance, la connaissance qu'on en pouvait avoir dépendait entièrement de l'a* torilédes prophéties. C'est pour cela que saint Pierre en appelle dans sa première Épitre aux anciens prophètes et aux prédicateurs inspirés de l'Évangile, pour justifier les espérances qu'il donnait à cet égard aux fidèles. Duquel salut, ou de laquelle délivrance, dit-il (I Pierre, 1, 10), tes prophètes qui ont prophétisé touchant la grâce qui vous était destinée, ont fait le sujet de leurs- plus profondes recherches; et (1 Pierre 1, 12) lequel ceux qui vous ont prêché l'Évangile (ibid. v. 12) étant inspirés du Saint Esprit envoyé du ciel, votis ont annoncé. Et c'est pour la même raison, que, dans sa seconde Épitre, il renvoie encore aux oracles des prophètes, comme à la preuve la plus évidente et la plus authentique: car à l'égard des choses à venir, il faut nécessairement que cela soit ainsi.

Et certes, celte idée que je viens de donner du dessein de ces deux Épitres, n'est pas de moi, mais de saint Pierre lui-même; car il nous dit expressément que son but dans l'une et l'autre a été de faire souvenir ceux à qui il les adresse, des choses qui avaient été prédites par les saints prophètes (2 Pierre, 3,1,2). Il ajoute : Et du commandement que vous avet reçu de nous, qui sommes apôtres du Seigneur et du Sauveur. Que ces dernières paroles se rapportent au même sujet que les précédentes, c'est ce qui paraîtra clairement, si on les compare avec le passage que nous avons cité il n'y a qu'un moment (1 Pierre, 1, 12), dans lequel saint Pierre considère les apôtres comme des prophètes, ou des interprètes des prophètes sous la direction du Saint-Esprit, qui prêchaient les mêmes choses dont les anciens prophètes avaient par avance rendu témoignage (ibid.).

C'est la grande clé du texte que l'on explique.

Servez-vous de cette clé, et vous verrez comment elle manifestera le vrai sens de ce passage si diflicile que nous examinons maintenant. Le raisonnement de l'apôtre des fidèles est celui-ci (2 Pierre, 1, vers. 10 et suiv.) : Ce n'est point en suivant des fables composées avec art, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais comme ayant été nous-mêmes les témoins oculaires de sa majesté. Ce fut en effet un témoignage bien honorable et bien glorieux, que celui qu'il recul de Dieu le Père, lors» qu'une voix sortant du sein de la majesté glorieuse de Dieu, cette parole lui fut adressée : Celui-ci est mon Fils bien-aimè en qui j'ai mis mon bon plaisir ; et nous ouïmes cette voix qui vint du ciel, quand nous étions avec lui sur ta montagne sainte. D'ailleurs nous avons les oracles des prophètes, qui sont plus authentiques.

Pour prouver la venue future de Jésus-Christ, l'apôtre allègue d'abord la gloire dont il l'avait vu revêtu sur ta montagne de Thabor.

11 est évident que la puissance et l'avènement de fiotre-Seigneur Jésus-Christ est ici le seul point en question. Il n'y a pas un mot qui se rapporte a quoique autre fait, ou à quelque autre doctrine de l'Évangile. Pour prouver ce point, l'apôtre dit qu'il a été le témoin oculaire de la majesté on de la gloire de ce divin Sauveur. Pendant qu'il a vécu sur la terre, sa condition a été abjecte et misérable ; c'était là un grand préjugé contre lui dans l'opinion des Juifs, qui attendaient quelque chose de plus frappant de leur Libérateur, et qui ne pouvaient pas naturellement espérer de voir revenir en gloire et en puissance celui qui avait passé sa vie, et qui était mort dans une si grande bassesse et dans une si grande misère. Pour dissiper tous les préjugés de celle nature, il suffisait de prouver que, quelque abject que Jésus-Christ eût paru aux yeux des hommes, il possédait néanmoins une majesté réelle, et avait été actuellement revêtu d'honneur et de gloire par Dieu son père.

Mais cette preuve ne porte manifestement que sur une partie du point en question. Car montrer que Jésus-Christ a été vraiment glorifié, est-ce montrer qu'il doit revenir un jour dans sa gloire et dans sa puissance? En effet , en accordant que tout ce que nous venons de dire soit vrai, l'on aurait pu faire à l'apôtre cette objection : « Comment cela tjustifie- t- il les espérances que vous voudriez « faire naître du prompt retour de Notre-Seigncur en « puissance et en gloire, pour délivrer ses serviteurs , i et pour prendre vengeance de ses ennemis? A l'é• gard de ta gloire passée, nous voulons bien y ajouter « foi sur votre parole; vous êtes un témoin compétent « de ce que vos yeux ont vu et de ce inie vos oreilles « ont oui. Mais de ce que vous l'avez vu glorifié sur la «montagne il y a quelques années, s'cnsuit-il nécessairement qu'il reviendra de la même manière dans

'quelques années d'ici, et cela encore pour exécuter « les mêmes desseins que vous nous annoncez? Pcui«on conclure avec certitude des événements passes « aux événements futurs; ou ce que nous voyons aujourd'hui est-il une preuve de ce qui doit nous ar< river demain ? >

Hais, comme cette preuve ne suffisait pas, saint Pierre y enjoint une autre, tirée des prophéties qui avaient marqué cet événement.

« II est vrar ( pouvons-nous supposer que l'apôtre t aurait répondu), tous les événements futurs sont ■ en la main de Dieu; à lui seul en appartient la i connaissance, et c'est de lui seul qu'on peut en être i instruit avec certitude. Toutes les autres preuves « qu'on pourrait employer dans un cas de cette nai turc, ne sauraient aboutir qu'à des probabilités et «des présomptions. C'en est sans doute une bien i grande en faveur de la venue prochaine de Jésns( Christ en gloire, que nous l'ayons déjà vu glorifié; « cl c'est une plus forte preuve encore de sa puissance « pour délivrer ses serviteurs, que Dieu l'ait déclaré (publiquement ton Fils bien-aimé. Mais pour nous ( convaincre, à n'en pas douter, qu'il viendra effeei livement de celte manière, et qu'il déploiera ainsi ( son pouvoir, nous avons les oracles des prophètes tqui sont plus authentiques; c'est-à-dire nous avons o dans les oracles des prophètes la parole de Dieu «lui-même à qui tout l'avenir est connu, qui nous ga( rantit la certitude de cet événement futur. >

Celte explication a tout t'avantage que l'on peut souhaiter, et surtout elle ne laisse plus de lieu à conclure des paroles du texte, comme font quelques-uns, que tes prophéties forment te meilleur argument que nous ayons pour la vérité de l'Évangile.

Comme cette interprétation est très-naturelle , et qu'elle rend à chaque expression du texte sa signification propre et ordinaire, aussi conçois-jc qu'elle est nécessaire pour le but de l'apôtre ; outre qu'elle est pleinement confirmée par la connexion , et exempte de toute difficulté. Elle ne laisse plus de lieu à cette fausse conséquence, que les prophéties fournissent un meilleur argument pour la vérité de l'Évangile, que tous les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres, puisqu'il ne s'agit point dans cet endroit de la vérité de l'Évangile. Saint Pierre ne parle que de l'avènement de Jésus-Christ en puissance et en gloire, et du salut qui allait être manifesté; et comme ces grands objets étaient encore éloignés, il est évident qu'il ne pouvait pas alléguer de preuve plus authentique en leur faveur que les oracles des prophètes, qu'il nous représente néanmoins sous l'image d'un flambeau qui éclaire dans tes ténèbres. Or l'Évangile n'élait pas une chose près d'être révélée; il y avait déjà longtemps qu'il était manifesté (1) : l'Évangile n'était pas non plus une faible

(!) La plupart des savants placent la date de la première Épiire à l'an 61 ou 62 de r*otrc-Seigneur; et celle de la seconde à l'an 67, c'est-à-dire, seulement ô ans avant la destruction de Jérusalem.

lumière qui éclairât dans un lieu obtcur, mais au contraire, comme notre apôtre lui-même le dit expressément (i Pierre, 2, 9), une merveilleuse lumière, à laquelle les chrétiens avaient été appelés des ténèbres.

Il s'agit ici des oracles du nouveau Testament, aussi bien que de ceux du vieux.

Encore un mot, et je mettrai fin à celte matière. Par Us oracles des prophéties plus authenlUnies, dont il est fait mention ici, il ne faut pas entendre simplement les prophéties du vieux Testament ; car on peut y rapporter aussi les prophéties du nouveau, et probablement on le doit, comme il paraîtra, si l'on considère que saint Pierre en appelle, non-seulement aux anciens prophètes, mais encore aux prédicateurs de l'Évangile (1). C'est donc bien mal à propos qu'on a fait choix de ce texte pour mettre les anciennes prophéties en opposition avec les autres preuves du christianisme, et leur donner la supériorité tout entière, puisque les oracles que l'apôtre a ici en vue, appartiennent, du moins en partie, à l'Évangile, et en sont vraisemblablement eux-mêmes des caractères internes; et que, bien loin de l'emporter sur tous les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres, ils en tirent au contraire toute leur autorité.

Ce que l'on vient d'établir, sert à répondre à une objection qu'on fait contre l'autorité de celte Êpilre. La clarté que nous venons de répandre sur ce texte, nous fournira de quoi répondre à une objection qu'on fait contre l'autorité de celle seconde Épîlre de S. Pierre. Le savant Grotius a conclu de certains traits qu'il y a remarqués, qu'elle avait été écrite après la destruction de Jérusalem , avant laquelle S. Pierre était mort. Mais il est manifeste que l'auteur de cette seconde Épltre parle de t'avènement de Jésus-Christ en puissance et en gloire, précisément de la même manière que S. Pierre en parle dans la première Êpilre; et assurément ce ne peut être dans aucune autre vue, que celle de justifier ce que cet apôtre y avait avancé. Si nous devons entendre ce qui est dit dans la première Épître du salut qui allait être manifesté, du jour de la Visitation, et de l'apparition de Jésus-Christ, comme ayant rapport à la destruction de Jérusalem, qui était à la porte, il faut aussi nécessairement, que nous expliquions de la même manière ce qui est dit dans la seconde Épltre de la puissance et de l'avènement de Notre-SeigneurJésus-Christ. Lequel avènement était si peu passé dans le temps que celle Êpilre fut écrite, qu'il en est parlé au contraire comme d'une chose à venir, pour la certitude de laquelle S. Pierre n'avait pas de meilleure preuve à alléguer, que les oracles des prophètes. Ou s'il s'agit dans celle seconde Épîlre de quelqu'autre avènement de Jésus-Christ, il faudra l'entendre de même dans la première : car celle-là n'est aulre chose qu'une apologie de la doctrine de celle-ci. Il n'y a point d'idée commune a toutes les deux qui puisse former d'objection valable

(1) Voyez ce qu'on en a dit un peu plus haut.

contre l'autorité de la seconde, puisqu'on n'a jamais aouté dans l'Église de celle de la première. Et certes quiconque lira ces deux Épîtres, et les comparera soigneusement ensemble, apercevra bientôt dans la seconde une telle attention à soutenir les sentiments de la première, qu'il se trouvera tout porté à croire qu'elles nous viennent l'une et l'autre de la même main.

Discours ij.

Do Caractère Particulier De La Prophétie , Oui Est L'obscurité.

Examinons maintenant le caractère que S. Pierre nous donne de la prophétie, et le degré d'évidence que nous pouvons raisonnablement en attendre. Quand cet apôtre assure ceux à qui il écrit, que la parole des prophètes est un flambeau qui éclaire dans un lieu obtcur, et qu'ils font bien de s'y rendre attentifs, jusqu'à ce que le jour commence à paraître, c'est comme s'il leur eût dit : « Le temps viendra que les choses qui ifont l'objet de votre espérance, seront mises dans i un plein jour, et que vous verrez toute votre attente « hautement justifiée par l'événement; cependant Vqus I faites bien de faire attention aux oracles des prot phètes : car, quoique ce ne soit qu'une faible lu« mière qui éclaire de loin dans les ténèbres, c'est i après tout la plus grande que vous ayez, ou que ivous puissiez avoir maintenant.» Les expressions métaphoriques et les comparaisons ne doivent pas être prises à la rigueur, et dans toute l'étendue des termes : il suffit que l'on voie quel en est le sens général ; et c'est ce qu'il est aisé d'apercevoir dans les paroles de S. Pierre; elles reviennent manifestement à ceci : Que la connaissance que Dieu nous donne des choses à venir, n'est qu'une connaissance imparfaite et obscure, nullement comparable à celle que doit accompagner la manifestation de ces choses elles-mêmes.

Je vais lâcher d'établir celte proposition par l'autorité de l'Ecriture sainte et d'y joindre quelques remarques qui puissent servir à nous faire juger sainement de la nature de la prophétie, et de la preuve qui en résulte.

Que la prophétie soit claire, ou qu'elle soit obscure avant son accomplissement, ce n'esl pas ce dont on dispute, bien loin de là, que ceux mêmes qui assurent qu'elle nous fournit la meilleure preuve que nous ayons pour la vérité du christianisme, ne prétendent pas que celle preuve soit bien claire. Mais sans attention au sentiment particulier de qui que ce soit, il est à propos de voir quelle est l'idée que les écrivains sacrés eux-mêmes ont eue des oracles des prophètes.

L'idée que les écrivains sacrés eux-mêmes nous en donnent, prouve qu'elle est obscure. Si nous jetons les yeux sur la première Éptlre d.î S. Pierre, nous verrons que les anciennes prophéties n'avaient point été comprises, ou clairement entendues par ceux mêmes qui les ont annoncées : cai

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