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paroles immédiatement après (i). Mais depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant, mon nom sera grand entre les nations, et on offrira en tout lieu parfum à mon nom et une oblation pure ( il entend par là les prières, les louanges, leculie spirituel etévangelique), car mon nom sera grand entre les nations, a dit PÉternel des armées. Ce passage de Malachie est si formel, si précis, que les Juifs sont obligés de convenir qu'il y est question de la vocation des gentils et du culte qu'ils pourraient présenter à Dieu en tous lieux. Si l'on compare ces prédictions avec ce que le Seigneur Jésus dit à la Samaritaine dans l'évangile selon S. Jean : Femme, crois-moi, le temps vient que vous n'adorerez point le Père, ni sur cette montagne ni en Jérusalem.... Mais l'heure vient, et est maintenant, que les véritables adorateurs adoreront te Père en esprit et en vérité. On verra facilement que les prophètes et le Fils de Dieu s'accordent parfaitement. La suite des temps a fait voir que ces prophéties ont été ponctuellement accomplies à cet égard. Je laisse aux libertins à juger si les prophètes étant persuadés comme ils devaient l'être, qu'il n'était pas permis de sacrifier à Dieu et de l'adorer solennellement ailleurs que dans le temple de Jérusalem, puisqu'il l'avait expressément défendu, pouvaient prophétiser de celle manière sans être inspirés de l'Esprit de Dieu.

Les auteurs sacrés ne s'arrêtent pas a prédire en général que les nations se convertiront et se prosterneront devant Dieu , après avoir renoncé au service de leurs idoles; ils caractérisent aussi en particulier quelques-uns de ces peuples, et les désignent par leurs noms. L'auteur du psaume 87, soit que ce soit David , ou quelque prophète qui ait vécu après lui, décrit l'entrée des peuples païens dans l'Église, qui était représentée par Jérusalem et par la montagne de Sion (2) : Ce qui se dit de toi, cité de Dieu, se sont des choses honorables. Je ferai mention de Rahab et de Babytone, entre ceux qui me connaissent. Voici Palestine et Tyr avec Cus, celui-ci est là. El de Sion sera dit, celui-ci et celui-là est en elle, et le Souverain même rétablira. Quand l'Éternel enregistrera les peuples, il les mettra par compte, et dira: Celui-ci est là. Les Egyptiens qui sont désignés par Rahab , les Babyloniens , les Philistins, les Tyriens, les Arabes ( car c'est ce que marque Cus ), devaient un jour, selon cet oracle, être du nombre du peuple de Dieu. Nous avons déjà cité Isuïe, qui prédit qu'il y aura un autel dressé au milieu d'Egypte. 11 avait dit auparavant (3): // y aura cinq villes au pays d'Egypte qui parleront le langage de Canaan et jureront à l'Éternel des armées. Il joint dans le même chapitre, les Assyriens à celte nation et à celle d'Israël. Déni soit FÉgypte mon peuple, cl assure l'œuvre de mes mains, et Israël mon héritage. On ne peut rapporter celle prophétie, que dans un sens fort affaibli, au temps que les Juifs bâtirent un temple en Egypte cl qu'ils y étaient

(1) Chap. 1, vers. 11.

(2) Vers. 5 cl suiv.

(3) Chap. 10. vers. 19 el 23.

en grand nombre, ou à celui du roi Psammélique, lorsque plusieurs Juifs se retirèrent en Egypte, parla crainte qu'ils avaient de Scnnachcrib, cl endiguèrent les Egyptiens à connaître et à servir Dieu. Nous ne voyons pas dans l'histoire que des villes entières se soient converties, et qu'elles aient offert dans ces temps-là des sacrifices à Dieu. D'ailleurs le sentiment de ces interprètes qui ont celle dernière pensée, n'est appuyé que sur une tradition fort incertaine des Juifs. C'eût été même un crime, de l'aveu de ces derniers, d'offrir des sacrifices en d'autres lieux que dans le temple de Jérusalem. Celte prédiction d'Isaîe ne peut donc avoir eu son entier accomplisse ment que dans les temps du Messie.

Amos joint à tous ces peuples les Idumécns. Après avoir parlé du rétablissement du tabernacle de David, il dit (1), afin qu'ils possèdent les restes d'Edom et toutes les nations sur lesquelles mon nom est invoqué , dit l'Éternel qui fait cela. Michée prédit avec Isaïc la vocation des Assyriens et des Egyptiens (2). En ce temps-là, on tiendra jusqu'à loi ( il s'adresse à l'Eglise dont il prophétise le rétablissement ) même d'Assur, et des villes de la forteresse, et depuis la forteresse jusqu'au fleuve, et depuis une mer jusqu'à l'autre , et depuis une montagne jusqu'à l'autre. Il faut entendre l'Egypte par ce qu'on a traduil forteresse, connue Bocharl (3) le l'ail voir, et comme ce terme est pris en d'autres endroits (41 du vieux Testament. Dans le chapitre second de Sophonie que nous avons déjà allégué , ce prophète a égard surtout aux Moabiles, aux Ammonites et aux autres peuples qui demeuraient autour de la Judée, et leur accorde par sa prédiction (5) le privilège de pouvoir adorer et se prosterner devant lui dans le pays de leur naissance.

Il faut remarquer que la plupart de ces peuples avaient été ou étaient encore dans le temps que les prophètes vivaient, les grands ennemis de la nation d'Israël. Les Egyptiens l'avaient tenue dans un dur esclavage; les Assyriens avaient transporté les dix tribus hors de leur pays; il y avait eu des guerres presque continuelles entre les Philistins et ces autres peuples et les Juifs: et on peut dire en général de ces peuples qu'ils haïssaient et qu'ils méprisaient les Israélites au dernier degré et qu'ils délestaient leur religion. Chacun sait même quelle a été l'envie cl la jalousie des Idumécns, des Moabites cl des Ammonites contre la nation d'Israël. Si ces prophètes eussent agi de leur propre mouvement, ils n'eussent jamais prédit que ces peuples dussent embrasser de leur propre mouvement une religion qui était dans le fond en substance la même que celle dont ils faisaient profession, et qu'ils voyaient méprisée et haïe par tous ces peuples. L'émulation, l'animosité qui régnait entre les Juifs et ces autres nations, les aurait

(1) Chap. 9, vers. 12.

(2) Chap. 7, vers. 12.

(3) Phaleg. lib. 4, cap. 24.

(4) 2 Rois, chap. 19, vers. 24. Es., chap. 37, vers.

25.

(5) Soph., chap. 2, vers. 8 et suiv.

drt empêcher de publier de semblables prédictions. Coinnienl s'imaginer que les Philistins, les Egyptiens , les Iduméens cl ces autres peuples fussent un jour honorés de la connaissance du Dieu d'Israël et dussent devenir son peuple, ne composer qu'une même Église avec les Israélites? Cela ne pouvait enIrer dans l'esprit de ces prophètes, si l'Esprit de Dieu no les eût conduits. Qu ils prédisent de grands malheurs à ces peuples qui avaient tourmenté leur nation à l'excès et qui avaient voulu la détruire , c'est ce qui est vraisemblable ; mais qu'en môme temps ils annoncent qu'ils seront favorisés des lumières du ciel, qu'ils reconnaîtront le Dieu de la nation judaïque , qu'ils lui serviront; c'est ce qui passe entièrement la portée de l'esprit de l'homme, et qu'on ne peut attribuer qu'à une inspiration divine.

On lit dans le nouveau Testament que les gentils convertis, ont part à l'alliance de Dieu, aux promesses et à tous les avantages dont les enfants d'Israël jouissaient auparavant, à l'exclusion de tous les autres peuples du monde. Dieu s'y déclare leur Dieu, comme il l'était de la nation Juive, et rien ne les empêche plus de lui rendre un culte spirituel et raisonnable. En toute nation celui qui le sert et le craint lui est agréable, comme dit S. Pierre au livre des Actes (1). Il n'y a plus rien qui distingue le Juif d'avec le païen; le salut leur est offert et promis également aux uns et autres. C'est aussi ce que les prophètes avaient prédit en plusieurs endroits de leurs révélations. Moïse avait déclaré aux Israélites, en leur annonçant (2) ce qui devait arriver longtemps après lui, que Dieu les émouvra à jalousie par un peuple qui n'était pas peuple, et qu'il les provoquera à colère par une nation folle. Le S.-Esprit montre assez que ces nations folles, qui n'étaient point le peuple de Dieu, devaient le devenir un jour, qu'elles devaient participer aux mêmes avantages que Dieu avait accordés aux Juifs, pour exciter ces derniers à la jalousie. Isaïe prédit (3) des enfants de l'étranger qui se seront joints à l'Éternel pour le servir, pour aimer son nom, qu'il les amènera à la montagne de sa sainteté, et qu'il les réjouira dans la maison où on lui fait des prières , que leurs sacrifices cl leurs holocaustes seront agréables sur son autel , de sorte que sa maison sera appelée, maison de prière à tous peuples. Ailleurs ce prophète ne met aucune distinction entre tous les hommes (4). Celui qui se bénira sur la terre, te bénira au Dieu de vérité, et celui qui jurera sur la terre, jurera par le Dieu de vérité. Quoiqu'Osée (5) puisse avoir en vue les dix tribus qui avaient été transportées en Assyrie, les docteurs des Juifs qui ont composé le Talmud (6) confessent eux-mêmes qu'il y est parlé des nations idolâtres. On n'a qu'a bien considérer les termes dont il se sert pour en

(1) Chap. 10, vers. 53.

(2) Deul., chap. 22, vers. 21. (5) Chap. 58, vers. 7.

(4) Chap. 65, vers. 16.

(5) Chap. 1, vers. 10.

{U) faim. Tract, de Pascb cap. 8.

convenir. // arrivera que le nombre des enfants d'Israël sew comme le sable de la mer, lequel ne sepeut mesurer ni compter : et il arrivera qu'au lieu on leur aura dit: Vous n'êtes point mon peuple, il leur sera dit: Vous êtes les enfants du Dieu fort et vivant. J'userai de mùéricorde, est-il encore dit danslechapitrc2(l), envers celle qui n'avait point obtenu miséricorde , et dirai à celui qui n'était point mon peuple, tu es mon peuple, et Urne dira, tu es mon Dieu. Il fallait aussi que cette prédiction fût expliquée communément par les Juifs qui vivaient dans le premier siècle du christianisme , de la vocation des gentils, puisque les Apôpôlres (2) la citent aussi bien que plusieurs autres, en parlant de la conversion des païens. Joël promet le salut indifféremment à tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur. Après avoir dit que Dieu répandrait son Esprit sur toute chair, il ajoute (5) : Et il arrivera que quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé. On lit dans Sophonie ces paroles, qui sont ires-expresscs (4) : Alors je changerai aux peuples leurs lèvres, les rendant pures, afin qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel, pour le servir d'une même épaule. Le prophète veut dire que les peuples auront des sentiments droits de Dieu et de son culte , qu'ils en parleront selon ces idées justes et droites, el qu'ils l'invoqueront tous d'un même consentement en portant également le joug de la religion. Zacharie dit dans le chapitre dernier de sa prophétie (5), que des eaux vives sortiront de Jérusalem, qu'une moitié s'étendra vers la mer d'Orient, el l'autre moitié vers la mer d'Occident, qu'il y en aura en tous temps, que l'Éternel sera roi sur toute la terre, et qu'en ce jour-là il y aura un seul Eternel et un même nom. Il marque as* sez clairement par là l'abondance des grâces spirituelles que Dieu répandrait sur tous les peuples , el que l'Eternel serait le môme Dieu de toutes les nations, des gentils de même que des Juifs. Si l'on joint à ces prédictions celles que nous avons déjà alléguées , où il est dit de ces peuples , qu'ils devaient prendre naissance en Sion, parler le langage de la Canaan , ne plus marcher selon la dureté de leur cœur mauvais , et présenter à Dieu seul des sacrifices, de» oblalions pures en tous lieux, on reconnaîtra sans peine que les apôtres n'ont rien avancé en faveur des peuples gentils, qui n'ait été prédit formellement par les prophètes, plusieurs siècles auparavant.

Faisons à présent ces réflexions, et voyons les sentiments que les prophètes pouvaient avoir naturellement par rapport aux autres peuples. Ils devaicni considérer ces nations comme souillées et exclues de l'alliance particulière que Dieu avait traitée avec la nation d'Israël ; ils pouvaient même prévoir que les cérémonies établies par Moïse seraient autant de barrières pour empêcher les autres peuples de se mêler

(1) Vers. 23. Q

(2) Epit. aux Rom., chap. 9, vers. 2j et 26. 1 Epit. de S. Pierre, chap. 2, vers. 10.

(3) Chap. 2, vers. 52.

(4) Chap. 5, vers. 9.

(o) Chap. 14. vers. Set 9.

avec les Juifs ci de servir Dieu ensemble. Toui le monde est assez instruit delà prévention où étaient les Juifs, du temps du Sauveur du monde , que l'alliance que Dieu avait traitée avec eux , et que le service de Dieu de la manière dont il était célébré au milieu d'eux, dureraient éternellement. Ils sont encore à présent dans la même prévention , et se fondent pour prouver leur opinion , sur quelques expressions des livres du vieux Testament qui peuvent recevoir d'autres sens. On n'ignore pas encore quels étaient leurs préjugés contre les autres nations , qui ne descendaient pas de leurs palriarclies. Ils les croyaient à peu près indignes d'être laits participants des privilèges tout particuliers, dont ils se faisaient honneur.

Quoique quelques docteurs des Juifs soient obligés d'avouer que les païens doivent être appelés à la repenlance; ils ne laissent pas de prétendre que le peuple Juif devait conserver ses marques de distinction et de prééminence, au1dessus des autres nations du monde, qui leur seraient inférieures dans toute la suite des siècles. On sait d'ailleurs que quelque grand que puisse être le zèle dont on est animé pour la propagation de sa religion , on n'aime pas néanmoins à se dépouiller de ses avantages et à partager avec les autres les prérogatives qu'on a toujours possédées et dont on se glorifie. L'amour-propre , l'intérêt qu'on prend à tout ce qui regarde sa nation, conduit là. Les prophètes pouvaient se trouver dans de semblables dispositions, à les considérer simplement comme hommes. S'ils eussent suivi leurs lumières, et s'ils eussent consulté leurs inclinations naturelles , et leur attachement pour les intérêts d'un peuple dont ils taisaient partie; se seraient-ils hasardés de prédire des choses qui y étaient opposées? Promeltre aux nations idolâtres des avantages toul-a-fail pareils à ceux de leur peuple , ôier par les prédictions toute différence entre le Juif et le gentil, c'était faire fort mal sa cour à sa nation , c'était encore avancer des choses peu vraisemblables, contraires à la perpétuité des grands privilèges dont on pouvait se flatter alors. Quelle apparence y avait-il du temps qu'ils prophétisaient, que l'alliance que Dieu avait contractée par le ministère de Moïse, fit place à uno nouvelle qui dût renfermer tous les autres hommes, que ce culte cérémonie! si recommandé par Dieu même , si exactement observé par les zélateurs de la loi, dûtêlre abrogé, et que ces obstacles si insurmontables à l'union des Juifs et des pan-us, que Dieu avait posés luimême , fussent entièrement levés par la révocation des lois cérémoniellcs? Il fallait pourtant que cette alliance, le culte du lévilique cl les lois cérémoniellcs fussent abolies et cessassent tout-à-fait, alin que leurs prophéties fussent accomplies. Pouvaient-ils s'imaginer que ces gentils qu'ils regardaient comme des personnes impures, devinssent (1) un peuple saint, tet iachetés de l'Éternel, ainsi qu'en parle Isaïe , et que Lieu eût pour agréable le service qu'ils lut ren

(1) Isaïc, chap. 02, vers. 12

liraient. Nous voyons que ces prophètes prédisent aussi quelquefois la lin de celte alliance ei du culte mosaïque. Mais quand ils ne s'expliqueraient pas d'une manière précise sur un tel sujet, tout ce qu'ils disent en faveur des nations étrangères ne pouvait avoir son effet, sans présupposer ces événements lorsqu'on considère que le temple de Jérusalem, le siège des cérémonies , a été détruit dans le même temps qu'une infinité de gentils ont été appelés à connaître et à servir le vrai Dieu; il faut s'aveugler soi-même volontairement, pour ne pas tomber d'accord de l'inspiration des prophètes, et pour r.e pas reconnaître une providence toute singulière qui a présidé sur l'accomplissement de leurs prédictions.

Nous joindrons ici le temps auquel les prophètes rapportent la vocation des gentils, avec ce qu'ils disent de l'auteur de leur conversion. Ces deux circonstances sont exprimées très-clairement dans leurs révélations. Ils nous apprennent que le Messie fera appeler ces peuples plongés dans l'idolâtrie à la connaissance du vrai Dieu, et font voir en même temps qu'ils ne seront honorés d'un si grand bienfait, qu'après ses souffrances et son exaltation. On a déjà parlé de celle promesse que Dieu fait (i) à Abraham, promesse qu'il réitère à Isaac et à Jacob, que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa semence ; et ■ on a fait voir qu'il faut entendre par cette semence le Messie promis aux Israélites. Jacob annonçant par un esprit prophétique ce qui arrivera dans la suite des siècles aux douze tribus, dit du Scilo qui devait sortir de la tribu de Juda, et que les anciens docteurs Juifs ont entendu du Messie, que (2) l'assemblée des peuples lui appartient. Soit qu'on traduise avec notre version, le terme de l'original par celui d'assemblée, soit qu'on l'explique par celui de commandement ou d'enseignement, il est constant par cet oracle que le Messie devait appeler les peuples cl régner sur eux.

Les prédictions d'Isaïe s'accordent parfaitement avec celle-là. Ce prophète déclare dans le chapitre 2 (3) que la racine de Jesse, le Christ qui devait descendre de la famille de David, sera dressée pour l'enseigne des peuples, et que les nations la rechercheront. Dans le chap. 42, il est dit de ce serviteur en qui Dieu prend son bon plaisir, qu'il ne se retirera point cl ne se hâtera point, qu'il n'ait mis règlement en la terre, et que les îles s'attendront à sa loi. Le prophète ajoute (4) : Moi l'Éternel je t'ai appelé en justice. Je prendrai ta main et le maintiendrai, et le ferai être l'alliance du peuple et la lumière des nations, afin d'ouvrir les yeux qui ne voient goutte et de retirer hors les prisonniers du lieu auquel on les tient enserrés et ceux qui croupissent dans les ténèbres hors de prison. Les Juifs et tous les chrétiens conviennent qu'il s'agit là du Messie. Qu'y a-t-il de plus exprès que ce qui se lit

1) Genès., chap. 22, vers. 28 ; chap. 26, vers, t; chap. 28, vers. 14. Ci) lbid., chap. 49, vers. 10.

(3) Vers. 1 cl 10.

(4) Vers. 6 et 7.

dans le chapitre 49 du même prophète. Le Messie parle lui-môme par la bouene d'Isaïc, et invite les lies et les peuples les plus éloignés à l'écouler, à être attentifs (1) :Maintenant donc l'Éternel qui m'a formé dès le ventre pour lui être serviteur, m'a dit que je ramène Jacob à lui; mais Israël ne se rassemble point: toutefois je serai glorifié aux yeux de l'Étemel, et mon Dieu sera ma force. C'est pourquoi il m'a dit : C'est peu de chose que tu me suis serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour restaurer les désolations d'Israël; et pourtant je l'ai donné pour lumière aux nations , afin que tu sois mon salut jusqu'au bout de la terre. Ajoutons ce que Dieu dit par ce prophète dans un autre endroit (2) : Voici, je l'ai donné pour être moin aux peuples, pour être conducteur, et afin qu'il donne des commandements aux peuples.

Daniel prédit du Fils de l'homme, que Dieu, qu'il appelle l'Ancien des jours (3), lui donnera la seigneurie , l'honneur et le règne, et que tous peupies, nations et langues lui serviront. On trouve dans Zacharie (4) une prophétie de l'entrée du roi Messie dans la ville de Jérusalem, selon l'aveu des plus célèbres rabbins. Ce prophète dit de ce roi au verset suivant (5) : // ne parlera que de paix aux nations, et sa seigneurie sera depuis une mer jusqu'à l'autre, et depuis te fleuve jusqu'aux bouts de la terre.

Si l'on souhaite avoir d'autres oracles plus précis sur le temps de cette vocation, il faut lire ce que David dit dans le psaume 22. Ce prophète ne parle de celle conversion des peuples, qu'après avoir représenté les souffrances du Messie en des termes qui ne peuvent convenir qu'à lui dans le sens propre et littéral (6) : Toits les bouts de ta terre s'en souviendront et se convertiront à l'Éternel, et toutes les familles des

nations se prosterneront devant toi La postérité lui

servira, et sera enrôlée au Seigneur d'âge en âge. Dans le second psaume il y a des choses qui conviennent à David. Quand on a lu son histoire , on voit bien qu'il peut avoir en vue ce qui lui est arrivé; mais sans dire qu'il a été un type illustre du Messie, on ne peut lui appliquer plusieurs expressions qu'il emploie, qu'on n'en ôtc toute la force. L'Esprit de Dieu lui fait donc envisager principalement les temps de l'Evangile. Après avoir rapporté les complots, la conjuration des Juifs et des païens contre le Messie, et parlé de son installation solennelle dans la royaulé, il fait intervenir Dieu qui parle au Messie (7) : Demande-moi, et je le donnerai pour ton héritage les nations, et pour ta possession les bouts de la terre. On peut aisément conclure de ce passage que le Messie ne devait régner sur les nations et les amener dans son Eglise, qu'après sa glorification. La même chose se voit dans le psaume 68. David y prédit l'ascension du Messie au ciel, l'effu

m Vers. 5 et 6.

(2) lsaïe, chap. 55, vers. 4.

Ci) Chap. 7, vers. 13 et 14.

(4) Chap. 9, vers. 9.

(5) Vers. 10.

(6) Vers. 28 et 31

(7) Vers. 8.

sion de ses dons sur les hommes, et ajoute (1) que le; Egyptiens et les Arabes viendront servir Dieu après celle exaltation. Il exhorte même tous les royaumes (le la lerre à chanter alors les louanges du Dieu d'Israël.

Nous avons déjà rapporté plusieurs prédictions d'lsaïe qui marquent clairement le temps de la vocation des genlils, et qui en attribuent la gloire au Mes- „ sie. Il faut y joindre encore celle-ci qui est très-expresse (2). Voici, est-il dit du Mc»sie, lu appelleras la nation que lu ne connaissais point, et tes nations que tu ne connaissais point accourront à toi, à cause de t'É teniel ton Dieu, du Saint d'Israël que tu auras glorifié. 11 avait déjà dit de lui dans un des chapitres (5) précédents , qu'après qu'il aurait mis sa vie en oblation pour le péché, il se verrait de la postérité.

Il parait par tous ces oracles que ces peuples idolâtres ne devaient point être subjugués par le Messie à la manière des conquérants de la lerre, ni forcés à reconnaître ce Roi que les Juifs attendaient. Les prophètes déclarent tous qu'ils seraient amenés à la connaissance de Dieu par l'enseignement, qu'ils viendront de leur propre mouvement se prosterner devant lui; que le Messie sera leur lumière et l'objet de leur attente, qu'il leur parlera de pai>., et qu'ils seront bénis en lui. S'il y a quelques prédictions pompeuses qui semblent parler de sujétion et de servitude par rapport à ces nations, elles doivent être expliquées par d'autres, qui n'ont rien de figuré et qui représentent l'état heureux de ces peuples dans ce temps-là. Il n'est jamais parlé, dans les livres des prophètes, de violence et de contrainte qui dussent être faites à ces peuples, pour les obliger à embrasser malgré eux la loi du Messie. Au contraire, leur conversion est décrite comme devant être volontaire. David, au psaume 110, prédit du peuple du Messie qu'il (4) sera un peuple de franche volonté. Celait donc un faux préjugé des Juifs, de s'imaginer que ces nations leur seraient assujetties sous l'empire du libérateur qui leur avait été promis. L'esclavage où ils se voyaient réduits par les Romains, lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, leur impatience d'en être délivrés, les avait peut-être jetés dans cette prévention.

J'ajouterai, comme on l'a promis, ce qui nous est rapporté dans les Evangiles de la vocation des genlils. A la naissance du Sauveur du monde, à qui tous les caractères que les prophètes avaient donnés du Messie conviennent, des mages viennent d'Orient adorer ce Roi des Juifs nouvellement né. Qu'ils aient été arabes, ou persans, ou syriens, il n'importe : c'était toujours un prélude de la vocation des gentils. Dieu voulait donner à connaître par l'arrivée de ces mages, que Jésus-Christ ferait appeler un jour les peuples païens à sa connaissance, et qu'ils viendraient, dans le temps marqué, se soumettre à son Evangile. Pendant que ce Sauveur exerce son ministère dans la Judée,

M) Vers. 52 ei 33.
(2) Chap. 55, vers. 5.
(5) Chap. 53, vers. 10.
(4) Vers. 3.

on tin voit pas qu'il fasse annoncer le royaume dos cicux aux gentils (1). Il n'avait été envoyé, comme il ledit à la femme syro-phénicienne dont il guérilla fille avec répugnance et à cause de sa grande Toi, sinon vers les brebis péries de la maison d'Israël. Il fallait qu'il assenilil.it premièrement les Juifs auxquels il avait été promis, et pour qui il était venu principalement. Quand il donne commission à ses apôtres de prêcher que le royaume des cicux était approché, il leur défend d'aller vers les gentils et vers les samari tains. Le temps de leur vocation n'était pas encore venu selon les oracles qui l'avaient marqué par ces caractères tout-à-fait sensibles. Les Juifs devaient le rejeter, ne pas recevoir l'Evangile, avant qu'il fût annoncé aux autres peuples du monde, comme Isaïe l'avait prédit dans le chapitre 49 de ses révélations. Il fallait encore qu'il souffrît et qu'il fût glorifié, pour convertir les gentils, des idoles au Dieu vivant. Mais s'il ne s'adresse pas à ces peuples pendant sa vie, il donne néanmoins assez à entendre, tantôt par des paraboles, tantôt en termes plus clairs, que Dieu devait les honorer de sa connaissance, et qu'ils seraient un jour du nombre de ses brebis et de ses disciples.

Lorsque le Fils de Dieu joint à la vocation des gentils, la jalousie qu'en auraient les Juifs, leur réjeelion pour n'être plus le peuple de Dieu, il parle de ces vérités d'une manière enveloppée, quoique pourtant en usage dans ces temps-là; il emploie des paraboles, de peur d'irriter les Juifs, s'il en eût parlé clairement, et parce que la connaissance parfaite de ces vérités élait réservée au temps qui devait suivre la descente du Saint-Esprit. Je crois qu'on peut mettre au nombre de ces paraboles, celle de l'enfant prodigue que S. Luc (2) rapporte. Jésus-Christ veut représenter par le fils aine, les Juifs , et par le cadet, les gentils. Ce dernier sort de la maison de son père, dissipe son bien dans le luxe et dans la débauche, se trouve réduit à l'état le plus triste, le plus misérable; il prend la résolution de retourner vers son père, qui le reçoit dans ses bonnes grâces, et lui témoigne sa joie oe son retour. L'autre fils est indigné de la réception que son père a faite à son jeune frère, il se plaint à lui de la préférence qu'il avait marquée à ce cadet qui avait dépensé follement tout ce qui lui appartenait avec les gens de mauvaise vie, sans avoir eu le même égard pour sa fidélité cl son obéissance à ses ordres pendant tant d'années. C'est là le caractère des païens et des Juifs. Les premiers s'étaient éloignés de Dieu, avaient abusé de leurs lumières, et s'étaient jetés dans toutes sortes d'égarements. Dieu les avait aussi laissés marcher dans leurs voies. Leur conversion est marquée par ce retour de l'enfant prodigue, qui demande pardon de ses fautes, et reçoit de son père de nouveaux effets de sa bonté et de son amour. I.cs autres, glorieux de leurs avantages, jaloux de ces privilèges qui les distinguaient des autres nations du

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monde, ne peuvent souffrir que les gentils leur deviennent égaux, et qu'ils aient part à l'alliance, aux promesses, à tous les biens dont ils jouissaient. On aperçoit en général dans ce discours du Sauveur du monde, l'envie que les Juifs ont fait paraître lorsque l'Evangile a été prêché aux peuples idolâtres, et le bonheur des païens, lesquels, étant morts, étaient retournés en vie, lesquels, étant perdus, avaient été retrouvés , comme Jésus-Christ s'exprime. Il est facile de voir que le Fils de Dieu a encore égard à la vocation des gentils dans la parabole qui est contenue dans le chapitre 20 (1) de l'Évangile selon S. Matthieu. Ils sont ces derniers ouvriers que le père de famille avait envoyés travailler à sa vigne, à la dernière heure du jour. Quand il les fait appeler pour recevoir leur récompense, les premiers ne reçoivent pas davantage que les derniers. Ceux-là qui avaient essuyé toute la fatigue, la chaleur du jour, s'irritent, en viennent aux murmures contre le père de famille , de ce qu'il ne les avait pas avantagés plus que les derniers. Jésus-Christ conclut ainsi son discours (2). Les premiers seront derniers et les derniers premiers. Qu'on compare ces paroles avec ce que dit S. Luc, qui fait parler le Sauveur de la même manière, dans une occasion où il s'agit de la vocation des gentils, on ne pourra pas douter qu'il n'en soit ici parlé. Chacun y peut remarquer l'orgueil, la bonne opinion que les Juifs avaient d'eux-mêmes cl de leur justice, leur jalousie contre les gentils et leur réjeelion. D'un autre côté, on y voit les païens reçus à toutes les grâces que Dieu avait accordées auparavant à son peuple, et confondus avec ceux qui sont appelés les fils du royaume, par rapport à tous les biens auxquels ils pouvaient prétendre.

Jésus-Christ parle de ces vérités dans la parabole des noces (3) d'une manière plus claire, et compare le royaume des cieux à un roi qui fait appeler par ses serviteurs tous ceux qui avaient été conviés aux noces de son fils (4). Ils allèguent tous des prétextes vains pour n'y pas aller. Ils outragent et mettent à mort les ministres qui leur avaient été envoyés. Le roi irrité fait périr ces gens qui s'étaient rendus indignes d'une si grande faveur, ses armées brûlent leur ville; il ordonne à ses serviteurs d'aller inviter tous ceux qu'ils trouveraient dans les rues, dans les carrefours et dans les chemins publics, et de faire entrer dans la salle du festin les mendiants, les impotents, les boiteux et les aveugles. Nous voyons dans cette prédiction du Seigneur Jésus, que les Juifs devaient rejeter son Evangile, s'opposer à la prédication des apôtres, et s'attirer la punition qui tomba sur eux dans la suite, et que les gentils seraient appelés alors à la participation des bénédictions spirituelles que l'Evangile promet. Ce Sauveur conclut une autre parabole qui représente l'ancienne Eglise et ses conducteurs , sous l'emblème d'une vigne et de vignerons

fl) Vers. 1 etsuiv.

(2) Evang. selon saint Lac, chap. 13, vers. 30.

(3) S. Matth. chap. 22, vers. 1 et suiv.

(4) S. Luc, chap. 14, vers. 16 et suiv.

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