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Scaliger a fait la même remarque dans le livre de la Correction des temps que nous avons déjà cité. JésusChrist avait en mourant consommé les sacrifices et les avait rendus inutiles: ils n'avaient pas laissé néan moins d'être offerts à Dieu dans la suite. Ils n'onl cessé entièrement que par la destruction du temple, qui arriva l'an de la période Julienne 4783, selon Scaliger, et la 70e de l'ère vulgaire. C'est ce qui vérifie lout-à-fait cette prophétie de Daniel, et qui en fait voir l'accomplissement.

Il n'est pas nécessaire de rapporter toutes les prédictions qui ont caractérisé tellement la personne du Messie, qu'on ne pouvait s'y méprendre. Si on réunit tous ces différents traits dispersés dans les écrits de l'ancien Testament, tant ceux dont les évangélistes ont fait mention, que d'autres qu'ils ont laissés à la recherche de celui qui lira les saintes Écritures avec soin, on avouera que les traits rassemblés forment l'abrégé de l'Evangile. On en trouve, il est vrai, un assez grand nombre dans l'histoire du nouveau Testament. Cependant on peut dire que le sujet les faisait naître, plutôt que le dessein ni l'application de l'auteur. Saint Luc lui-même ne nous a rien appris (1) de la conversation que Jésus-Christ eut avec deux de ses disciples, si ce n'est qu'il leur fit comprendre, par Moïse et par les prophètes, que le Christ devait souffrir beaucoup, avant qu'il entrât dans la gloire. Telle est la simplicité et le peu d'affectation des écrivains sacrés.

Je ne sais comment la raison du libertin peut se défendre contre tant de preuves incontestables de divinité qu'on trouve dans les livres de Moïse et des prophètes, qui sont encore aujourd'hui des miracles sensibles qui en prouvent la vérité. Peut-être qu'on pourra chicaner contre quelques-unes de ces prédictions; mais qu'on puisse résister au coup qu'elles frappent toutes ensemble, c'est assurément ce qu'on ne saurait faire, à moins qu'on n'ait formé le dessein, par un faux point d'honneur, d'être incrédule en dépit du bon sens.

CHAPITRE H.

DE QUELQUES PRÉDICTIONS QUI SE LISENT DANS LES' ÉCRITS DU NOUVEAU TESTAMENT.

Dieu ayant voulu sauver les hommes par la foi, il fut nécessaire qu'il leur révélât sa volonté, parce que ses promesses devaient être l'objet et le fondement de leur espérance, et que toute espérance suppose des biens non présents, mais à venir.

La création de l'univers que la tradition seule ne perm citait pas aux premiers hommes d'ignorer pendant plusieurs siècles, ne produisit pas de grands effets. La longue durée de la vie en ces temps-là les séduisit. Ils regardèrent les biens de ce monde, comme leur propre héritage, ils en abusèrent bientôt, et s'abandonnèrent aux meurtres et à l'impureté, soit qu'ils connussent peu la distinction de l'âme cl du corps, et

(M Ghap.ft.

qu'ainsi ils donnassent tous leurs soins à satisfaire leur sensualité, soit qu'ils regardassent h piété comme inutile, parce que la Divinité, n'ayant besoin de rien, n'en relirait aucun profit, soit qu'ils abusassent de la miséricorde de Dieu, qui les laissait impunément dans leurs crimes et dans leurs délices. Tous ces désordres parurent bientôt dans la postérité de Caïn, eu il est aisé d'appuyer nos conjectures, sur ce que Moïse remarque (1) de Lamec, quatrième descendant de Caïn. Il est noté par la pluralité de femmes, par le meurtre et par le mépris des jugements de Dieu, sans être néanmoins athée, parce qu'alors l'impiété ne pouvait aller jusque-là.

Il ne faut pas douter que le déluge n'ait rétabli pour quelque temps la crainte de Dieu, dans la postérité de Noé, c'est-à-dire, dans le genre humain ; mais il reprit bientôt son premier penchant. Il ne fallut pas un grand nombee de siècles, pour faire naître l'idolâtrie avec toutes sortes de crimes.

Alors Dieu choisit Abraham pour traiter alliance avec lui. Il le tira de sa patrie, pour le faire vivre comme étranger dans la terre de Canaan ; mais il lui promit qu'il serait son Dieu ; ce qui ne mettait aucunes bornes à son espérance. En particulier, il lui promît de donner à sa postérité le pays où il vivait comme étranger. 11 lui promit un fils lorsqu'il était hors d'âge, de même que sa femme, pour en espérer. Enfin, il !ui promit que toutes les nations du monde seraient bénies en lui.

Ces promesses étaient grandes et excellentes ; mais elles étaient si générales et si vastes, qu'elles faisaient naître d'elles-mêmes celte question, comment se feront ces choses? Les bénédictions qui se devaient répandre sur tous les peuples, ne pouvaient regarder les avantages dont les Israélites jouissaient dans la Canaan : les autres peuples en étaient formellement exclus. Ajoutons que ces douceurs furent souvent remplies d'amertume, à cause de l'iniquité de ce peuple élu. De sorte que, si Dieu n'eût caché sous ce voile, (sous la promesse de la terre de Canaan) des biens plus exquis, des nouveaux cieux et une nouvelle terre, on pourrait dire sans témérité que les effets ne répondaient pas pleinement aux promesses de Dieu., vu qu'il y avait en d'autres lieux des peuples aussi heureux pour le moins que les Israélites, si on n'a égard qu'à celte vie et aux biens de ce monde.

Il faut regarder les promesses de Dieu dans toute leur étendue et leur donner un sens qui se rapporte à toutes les nations : ce qui exige nécessairement qu'on comprenne dans ces promesses la vie éternelle, ces nouveaux cieux, et celte nouvelle terre, dont la Canaan était le type. Il faut aller à Jésus-Christ, ce fils de David, de qui le règne devait être éternel, ce fils d'Abraham, par qui toutes les nations devaient cire bénies, et appelées à la connaissance de Dieu et à l'espérance de l'immortalité. Mais comme ces importantes vérités étaient enveloppées sous la loi, il fut,

(i) Genèse, chap. 4, vers. 23 et 2i.

nécessaire que les prophètes les dévoilassent insensiblement, et c'est pourquoi il y a dans l'ancien Testament une inOnilé de prédictions et de promesses de ces notables événements.

Au contraire, le nouveau Testament ne contient que très-peu de prédictions, parce que la venue du Messie, la commission qu'il donna à ses disciples d'instruire tous les peuples, et la promesse claire et formelle de la résurrection pour jouir d'une vie immortelle, dissipèrent toute l'obscurité qui avait couvert, pendant tant de siôeles, les promesses de Dieu. Alors la révélation fut complète, tout étant accompli ; plus de promesses nouvelles, ni par conséquent plus de prédictions de ce qui devait arriver.

Cependant il y en a quelques-unes dans les écrits de la nouvelle alliance, qui servent à nous persuader île sa vérité, par une surabondance de preuves. Car cufîn, l'Evangile étant l'explication et l'accomplissement des anciennes prophéties, la vertu, l'efficace de ces divins arguments, sert d'une attestation irréprochable à la vérité, et à la divinité de la doctrine de Jésus-Christ.

Nous trouvons premièrement dans les évangiles, des prédictions touchant la vocation des gentils, et les progrès extraordinaires de la prédication des disciples du Seigneur. Jésus-Christ en a parlé souvent dans les paraboles, et quelquefois plus expressément. Nous renvoyons nos réflexions sur ce sujet, lorsque nous parlerons de la conversion des peuples a la foi chrétienne.

En second lieu, Jésus-Christ prédit en termes fort clairs la ruine de Jérusalem et du temple (1), Il pleura sur cette ville qui avait tué les prophètes et lapidé ceux que Dieu lui avait envoyés (2). Ah ! dit-il, si tu avait reconnu, du moins en ce jour qui l'est donné, ce qui le pouvait apporter la paix ! Mais maintenant tout ceci est caché de tes yeux. Car il viendra un temps malheureux pour toi, que les ennemis t'environneront de tranchées, qu'ils l'enfermeront et le serreront de tous tés; qu'ils le raseront et te détruiront entièrement toi et tes enfants qui sont dans tes murs, et qu'ils ne le laisseront pierre sur pierre, parce que lu rias pas connu le temps auquel Dieu t'a visité. II dit la même chose du temple, ce magnifique bâtiment.

Lorsque ses disciples lui demandent le temps où ces ch*es arriveront, il leur répond (3) : Quand vous verrez que l'abomination de la désolation qui a élé prédite par le prophète Daniel sera dans le lieu saint, que celui qui lit, entende bien ce qu'il lit. S. Luc explique (4) la pensée de Jésus-Christ plus clairement : Lorsque vous verrez, dit-il, les années environner Jérusalem, sachez que sa désolation est proche : c'est-à-dire, lorsque les armées romaines entreraient dans la Judée, cette terre choisie de Dieu, avec les aigles des légions qu'on adorait. Toutes les idoles étaient des objets d'abomi

(1) Luc. chap. 16, vers. 43 etsuiv.

(2) Voyez Maith. chap. 24. Marc, chap. 13.

(3) Maith. chap. 24, vers. 15.

(4) Luc, chap. 21, vers. 20.

nation au peuple de Dieu : C'est là l'explication des paroles de Jésus-Christ. L'événement fut conforme à la prédiction. Il serait ridicule de dire qu'elle aurait élé faite après l'événement, puisque les Epltres des Apôtres, où il est si souvent parlé des derniers temps, sont une preuve évidente qu'ils avaient connaissance de ce que Jésus-Christ avait prédit ; cl que de plus il n'y a aucune apparence que les Apôlres ni les évangélistes aient écrit depuis la désolation des Juifs, vu qu'ils n'y ont fait aucune réflexion.

La prédiction de la destruction des Juifs nous conduit à ce que Jésus a déclaré de la tin du monde. Il n'y a rien de plus clair dans les Évangiles, que la déclaration du jugement universel, que Dieu fera de tous les hommes, afin de rendre à chacun scion le bien ou le mal qu'il aura fait. La sagesse, la justice de Dieu et la nature de l'alliance qu'il a traitée avec nous, requièrent qu'il exécute un jour ses menaces cl ses promesses à la vue de l'univers el de toutes les créatures vivantes.

Nous avons remarque ci-dessus, que l'alliance traitée avec les Israélites était un tableau raccourci de l'alliance de l'Évangile. La Judée, où Dieu s'était fait connaître, représente le monde honoré des lumières de l'Evangile; et par conséquent la désolation des Juifs et de la Judée se doit rapporter au temps auquel Dieu jugera tous les mortels.

C'est pourquoi Jésus-Christ a confondu (1) dans ses prédictions, son retour pour juger l'univers, avec la vengeance qu'il a exercée sur les Juifs rebelles et impénitents. Et cela parce que la conduite de la Providence à l'égard des Juifs, est un modèle en petit de celle même Providence, par rapport à l'univers, lorsque Jésus-Christ descendra des cieux pour exécuter ses menaces sur les méchants, el ses promesses en faveur des gens de bien. Que Jésus parle de la désolation du peuple Juif et de la ruine de Jérusalem, cela est trop évident pour en douter. Qu'il parle aussi de la lin du monde et de son dernier avènement on peut clairement le recueillir de ces passages (2) : Le signe du Fils de Chomme paraîtra alors dans le ciel et tous les peuples de la terre déploreront leur misère, et ils verront le Fils de l'homme qui viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande gloire. Et il enverra ses anges avec des trompettes de grand son, et ils assembleront ses élus des quatre coins du monde, depuis une extrémité du ciel jusqu'à l'autre. J'ajouterai ces paroles (3) : Mais pour ce qui regarde ce jour el celle heure-là, personne ne le sait, pas même les anges du ciel, excepté mon Père seul. 11 n'est pas possible do rapporter sans violence la pensée de Jésus-Christ à d'autres choses qu'à la loi du monde.

Ainsi ceux qui se raillent par impiété, ou qui doutent par faiblesse de ces vérités formidables, la fin du monde quoi que ce puisse être, el le jugement dernier, doivent faire celte réflexion en eux-mêmes, que ces

(1) Matthieu, chap. 24.

(2) Maith. chap. 24, vers. 30 et suiv.

(3) Ihid., vers. 36.

deux prédictions de la ruine de Jérusalem et de ia fin du monde t:snt entremêlées et jointes ensemble, l'une s'exécutera, de même que l'autre a été accomplie.

Je passe par-dessus ce que Jésus-Christ avait prédit (i) à S. Pierre et à S. Jean, touchant la mort du premier et la vieillesse de l'autre, pour m'arrôter à une autre prédiction très-célèbre, de laquelle on attend encore aujourd'hui l'accomplissement.

Je parle du rappel des Juifs dont l'Apôtre s'explique clairement, à mon avis, dans l'EpHreaux Romains (2). Je ne veux pas, met frères, que vous ignoriez ce secret, de peur que vous ne vous estimiez t ous-mêmes sages; c'est que cet aveuglement n'est arrivé à Israël qu'en partie, jusqu'à ce que toute la multitude des gentils soit entrée dans l'Eglise : et qu'ainsi tout Israël sera sauvé, selon ces paroles de l'Ecriture: Le libérateur viendra de Sion, et il détournera Jacob de son impiété. C'est l'alliance que je ferai avec eux, lorsque j'aurai aboli leurs péchés. Pour ce qui regarde l'Evangile, ils sont haïs de Dieu à cause de vous , mais à l'égard du choix de la nation juive, ils en sont aimés à cause des patriarches. Car Dieu ne se repenl point de ses bienfaits ni de sa vocation. Je ne saurais me persuader que ce mystère dont l'Apôtre parle, ait été accompli, quelque temps après la ruine de la nation et de Jérusalem, lorsque plusieurs Juifs eurent embrassé la foi, à ce qu'on suppose, par émulation, voyant un grand nombre de gentils convertis.

Il me semble que l'énergie et la majesté des expressions de S. Paul, demandent une signification plus ample et mieux soutenue. Il y eut en effet beaucoup de gentils convertis par la prédication des apôtres; niais ce n'est rien si on les compare à toutes les nations, à tous les habitants de la terre, qui n'entendirent point parler de l'Evangile. Je veux croire qu'un grand nombre de Juifs se convertit, a la vue des ruiino du temple et de leur patrie ; néanmoins la plus grande partie de la nation périt par la fureur de la guerre, le reste fut dispersé, et partout ils firent paraître une haine cruelle contre les chrétiens. De sorte que le nombre des gentils et des Juifs convertis ne peut remplir ces expressions, la multitude des gentils qui entrent dans l'Eglise; tout Israël sera sauvé , le libérateur détournera Jacob de son impiété ; la race des Juifs est aimée de Dieu à cause des patriarches ; Dieu ne se repenl point de ses dons ; il a enfermé tous les hommes dans la désobéissance, afin d'avoir pitié de tous; â profondeur des richesses de la sagesse et. de la connaissance de Ditu ! Ce n'est pas le style du Saint-Esprit de dire peu de choses avec de grands mots, et il y aurait, ce semble, trop d'hyperboles dans ces expressions, si rApôtre n'eut voulu parler que des progrès de l'Evangile dans le premier siècle de l'Eglise chrétienne. Jésus-Christ a prédit que son Evangile devait être annoncé à toutes les nations. Les Juifs d'un autre côté

(i\ Jean, chap. 21, vers. 18 et 23.

(2) Rom. chap. 2, vers. 22 et suiv. jusqu'à la lin.

persévèrent encore dans leur endurcissement. Tout cela tient l'esprit en suspens cl semble attendre Tac complisscmcnt du mystère que l'Apôlre a révélé dans ce chapitre. Dieu seul saii de quelle manière cela se fera: le temps n'en est pas moins caché. S'il était permis d'avancer de faibles conjectures, on pourrait dire, que, comme les gentils oni été environ deux mille ans exclus de l'alliance que Dieu avait traitée avec Abraham, de même aussi les Juifs demeureront hors de l'alliance de l'Evangile, durant un même espace de temps.

On lit une autre prédiction du môme Apôlre dans sa seconde Epllre aux Thessalonicicns (1): Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit, car ce jour-là ne viendra point, que ta révolte et l'apostasie ne soit arrivée auparavant, et que l'homme de péché, le fils de perdition ne soit découvert, lui qui s'opposera et qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu'à s'asseoir dam le temple de Dieu, comme Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu. Pour connaître qui est cet homme du péché, il ne faut que faire attention à ces trois caractères que S. Paul lui attribue. L'un, d'être assis dans le temple de Dieu, ce qui désigne assez clairement un empire qu'on exerce dans l'Eglise: l'autre, de s'opposer et de s'élever au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, c'est se meure au-dessus des magistrats, des rois et des empereurs, que l'Ecriture nomme dieux. Lelroisième, qui est de vouloir passer pour Dieu, ne peut signifier autre chose, que s'arroger dans l'Eglise une autorité infaillible égale à l'autorité de Dieu. Je laisse à la conscience du lecteur d'examiner si les autres explications qu'on donneà ce passage, ont autant de vraisemblance: après quoi il lui sera facile de juger à qui elles conviennent.

L'Apôlre prédit encore ailleurs (2), qu'au temps à venir quelques-uns abandonneront la foi, en suivant des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques enseignées par des imposteurs pleins d'hypocrisie, dont la conscience est noircie de crimes, qui interdiront le mariage, et qui obligeront à s'abstenir des viandes que Dieu a créées, pour être reçues avec actions de grâces par les fidèles et par ceux qui connaissent la vérité. Il est certain que cette prédiction a reçu son accomplissement.

Dans l'Apocalypse de saint Jean (3), il est parlé de la chute de Rome païenne sous le nom de Babylonc.

Ce sont là les prédictions qu'on trouve dans le nouveau Testament, toutes grandes cl considérables, la ruine de la nalion juive, la fin du monde, le jugement dernier, l'empire de l'homme de péché, la condamnation de la grande Babylone, toutes prophéties qui intéressent fort l'Église et les fidèles. Mais quelle apparence y avait-il, du temps de saint Paul, qu'il dut s'élever dans l'Eglise chrétienne, une domination supérieure et formidable aux empereurs cl aux rois î

(1) Chap. 2, vers. 5 cl *.

(2) Ep. à Timolh., chip. 4, vers. 2 cl 3. 5) Chap. 18.

CHAPITRE Ht

DES PRÉDICTIONS DES ANCIENS PROPHÈTES ET DE JÉSOSCIIRIST, SUR LA CONVERSION DES PEUPLES IDOLATRES.

La conversion des peuples idolâtres n'est pas arrivée au hasard ; elle a été prédite plusieurs siècles auparavant.

On ne trouve pas seulement dans les livres des anciens prophètes quelques prédictions sur ce sujet, on y en lit une infinité : il y a peu de prophètes qui n'en aient parlé. Ce ne sont pas des prophéties vagues, ambiguës, obscures, auxquelles on puisse donner tel sens qu'on souhaite, et dont on soit obligé de tordre les expressions pour les faire quadrer a l'événement; elles sont claires, précises et circonstanciées. Les prophètes ne se contentent pas de prédire que ces nations seront appelées en grand nombre à la connaissance du vrai Dieu : ils désignent aussi quelquesuns de ces peuples par le nom de leur pays en particulier. Ils font voir les avantages dont ils jouiront, par quels moyens ils seront convertis à Dieu, et qui en sera l'auteur; ils marquent le temps de leur vocation et nomment même le lieu d'où leur doit venir ce bienfait. C'est ce qu'il faut examiner plus particulièrement.

Pour commencer par celte dernière circonstance, David, au psaume HO, qu'il composa peut-être à l'occasion de la promesse du Messie que Nathan (1) lui avait faite, déclare (2) que Dieu transmettra de Sion le sceptre de sa force. Il veut dire que la parole de l'Evangile, qu'il appelle le sceptre fort du Messie, sortirait de Jérusalem pour être annoncée aux peuples. Isaie, qui a vécu longtemps après lui, s'exprime plus clairement (3). // arrivera aux derniers jours que la montagne de la maison de l'Éternel sera affermie an sommet des montagnes, et sera élevée par-dessus les coteaux, et toutes nations y aborderont. Et plusieurs peuples iront et diront, venez et montons en la montagne de l'Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera toutes ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers; car la loi sortira de Sion, et la parole de l'Éternel, de Jérusalem. Miellée dit la môme chose dans le chapitre 4, verset 2 de sa prophétie. Ces oracles sont si clairs que les Juifs et les interprètes qui expliquent d'ordinaire les prédictions par rapport aux événements qui ont suivi de près les temps du prophète, n'ont pu s'empécher d'avouer qu'il y est parlé de la vocation des gentils. Qu'on compare ces oracles avec ce que saint Luc rapporte au livre des Actes des Apôtres, on verra que l'événement a répondu à la prophétie. Les disciples du Seigneur Jésus, après avoir annoncé l'Evangile aux Juifs dans la ville de Jérusalem, sont allés porter ce flambeau chez les autres nations. La connaissance que les peuples les plus éloignés ont eue du vrai Dieu et du véritable culte qui lui doit être rendu, leur était venue de cet endroil-la.

(1) 2 Sam., chap. 7, vers. 12 etsuiv.

N'y a-l-il pas en cela quelque chose d'extraordinaire et de surprenant? Comment ces prophètes ftui on: vécu tant de siècles avant l'accomplissement do leurs prédictions, ont-ils pu prévoir cette circonstance, en parler si expressément et avec tant d'assurance, s'ils n'ont pas été inspirés de l'Esprit de Dieu.

Quoique Dieu eût renfermé la connaissance de son nom dans les bornes étroites de la Palestine, cl qu'il en eût à peu près exclu tous les autres peuples, par l'alliance qu'il avait traitée avec le seul peuple d'Israël, il avait pourtant fait voir par ses prophètes, de temps en temps, qu'il ne les avait pas abandonnés pour toujours, qu'il les ferait appeler à sa connaissance et qu'ils deviendraient son peuple. Le seul livre des Psaumes nous fournil une quantité de ces prédictions. On y voit souvent des invitations à ces peuples à louer Dieu et à célébrer son nom (1) : Toutes nations, louez le Seigneur; tous peuples, célébret-le (2). Vous tous, habitants de lu terre, jetez des cris de réjouissance à l'Éternel, servez à l'Éternel avec allégresse, venei devant lui en menant joie. Entrez dans ses portes arec actions de grâces, en ses parvis avec louanges ; célébrez-le, bénissez son nom. Il y a dans les autres psaumes (5) de semblables exhortations, surtout dans ceux où il est parlé du règne de Dieu sous la dispensation de l'Evangile. Mais on y trouve aussi plusieurs prédictions expresses sur la vocation des gentils. L'auteur du psaume 66 prédit (!) que toute la terre se prosternera devant Dieu et lui psalmodiera. Dans le 86e, David s'exprime de celte manière (5): Seigneur, toutes les nations que lu as faites, viendront et se prosterneront devant toi et honoreront ton nom. On a remarqué qu'Ézéchias, ou quelque prophète de son temps, peut être Fauteur du 102. Celui qui l'a composé prend occasion de la désolatiou où se trouvait la Judée, lorsque Sennachcrib, roi des Assyriens, vint assiéger Jérusalem, pour prédire le rétablissement de l'Église, sa gloire à venir, et y parle de la vocation des peuples d'une manière à n'en pouvoir pas douter (6). Alors les nations redouteront le nom de l'Eternel et tous les rois de la terre ta gloire. Le prophète déclare, quelques versets plus bas (7), que les peuples seront assemblés, et les royaumes, pour servir à l'Éternel. Nous pouvons ajouter le 113, où il est dit, que le nom de l'Éternel est louable depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant, cl qu'il sera élevé sur toutes les nations. Ces paroles ont trop de force, pour n'être pas rapportées au temps de la conversion des peuples idolâtres.

Le livre d'isaïe est rempli de semblables prédictions. Il est vrai que ce prophète peut avoir quelques égards en certains endroits au rétablissement des Juifs dans leur pays, après leur captivité en Babylone, cl au bonheur dont ils jouiraient après leur re

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chap. 2 , vers. 2 et 3.

(1) Ps

2) Ps

3) Vo

(4) Vers. 4.

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5) Vers. 9. (G) Vers. 10. (7) Vers. 25.

tour. Cependant si l'on examine avec attention les termes dont il se sert, il faut convenir que l'Esprit de Dieu, qui Ta fait écrire, porte ses pensées plus loin et lui met devant les yeux cet état heureux de l'Eglise dans le temps que les autres peuples y aborderaient. Je mets dans ce rang ce qu'il dit au chapi. tre CO, où il s'adresse à l'Eglise (1) : Les nations marcheront à ta lumière et les rois à la splendeur qui te lèvera sur toi. Elève tes yetus à l'entour, et regarde: tous ceux-ci se sont assemblés, ils sont venus pour toi. Tes fils viendront de loin, et tes filles seront nourries par des nourriciers, étant portées sur les côtés. Alors lu verras et tu seras illuminée, quand l'abondance de la mer se sera tournée vers toi, et la puissance des nations sera venue. Ce prophète ajouie quelques versets plus bas (2) : Certainement les lies s'attendront à moi, et les navires de Tarcis les premiers, pour amener les fils de loin. Tes portes seront aussi continuellement ouvertes, elles ne seront fermées ni nuit ni jour, afin que les forces des nations te soient amenées, et que les rois y soient conduits. Prétendre qu'lsaïe n'a ici en vue que la prospérité temporelle de Jérusalem et de la nation judaïque, et n'entendre par la puissance des nations, que les richesses et le butin que les Juife remporteraient sur leurs ennemis, c'est sans doute resserrer un peu trop la pensée du Saint-Esprit. Le Prophète a pu avoir devant les yeux l'étal glorieux de sa nation après le retour de la captivité, je n'en voudrais pas disconvenir; mais il y aurait de l'hyperbole, et une hyperbole outrée, si l'on s'arrêtait à ce sens. Il est c'air par ce chapitre, par le précédent et par ceux qui suivent, qu'lsaïe a eu dans l'esprit la gloire et l'étendue de l'Eglise sous l'Evangile, et le grand nombre de peuples qui devaient se convertir alors.

Il s'exprime encore d'une manière plus forte au chapitre CC (3) : Mais pour ce qui est de moi, voyant leurs œuvres et leurs pensées, le temps vient d'assembler toutes nations et langues; ils viendront et verront ma gloire.... Il arrivera que, depuis une nouvelle lune jusqu'à l'autre, et depuis un sabbat jusqu'à l'antre, toute chair viendra se prosterner devant ma face, a dill'Élernel. Le prophète se sert ici d'un style usité sous la loi, pour marquer, à mon avis, que les nations viendront de temps à autre se convertir et adorer le vrai Dieu.

Il ne faut que lire, le chapitre troisième des révélations de Jérémie pour cire convaincu qu'il prédit la vocation des gentils (4). Dans ce temps-là on appellera Jérusalem le trône de l'Éternel, et toutes nations s'assembleront vers elle au nom de l'Éternel, qui est à Jérusalem, et elles ne marcheront plus après la dureté de leur cœur mauvais.

Si nous passons aux autres prophètes, Amos déclare (5) que le tabernacle de David, qui était tombé, sera relevé, que ses brèches seront réparées et ses

(1) Vers. 3, i et 5. m Vers. 9 et ».

(3) Vers. 18 et 25.

(4) Chap. 3, vers. 17.

(5) Chap. 9, vers. 11.

ruines redressées, et que toutes les nations qui son! appelées de son nom y seront renfermées. Zacharie, après avoir exhorté la fdle de Sion à se réjouir, parce que Dieu voulait demeurer au milieu d'elle à l'avenir, ajoute (1) : El plusieurs nations se joindront à l'Éternel en ce jour-là, et deviendront mon peuple. Le même Prophète prononce un oracle tiès^exprès sur le môme sujet dans le chapitre 8 (2) : // arrivera encore que les peuples et les habitants de plusieurs villes vieilliront et les habitants de l'une iront vers l'antre, disant : Allons supplier l'Étemel et rechercher l'Éternel des armées. Je m'y en irai moi aussi. Même plusieurs peuples et des nations puissantes (ou nombreuses) viendront rechercher l'Étemel des armées à Jérusalem et y supplier l'Éternel. Ainsi a dit l'Eternel des armées : Il arrivera en ces jours-là que dix hommes de toutes les langues des nations empoigneront et tiendront ferme le pan de la robe d'un Juif, disant : Nous irons avec vous, car nous avons entendu que Dieu est avec vous. Il ne faut pas oublier ces paroles du chapitre M (5) : // arrivera que tous ceux qui seront demeurés de reste de toutes les nations venues contre Jérusalem, monteront d'an en an pour se prosterner devant le roi, l'Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles.

Quand ces prophètes parlent de monter à la montagne sainte, à Jérusalem, pour y prier Dieu et y célébrer la fôle des tabernacles, ils veulent représenter, comme on le voit facilement, le service que les nations étrangères rendraient au vrai Dieu, par des termes empruntés du culte légal. Ils ne pouvaient pas s'imaginer que les peuples les plus éloignés dussent être alors dans l'obligation de se rendre à Jérusalem de toutes les parties du monde, pour adorer Dieu dans le temple. Cela n'était pas possible , comme on l'a déjà montré. Quelques-uns de ces auteurs sacrés s'expriment d'une manière qui fait assez voir que ce n'a pas été leur pensée.

Ils prédisent l'abolition du culte cérémoniel, et annoncent en même temps que ces nations idolâtres pourront présenter à Dieu un culte agréable dans tous les lieux de leur demeure. Isaïc parle d'un autel qui sera dressé à l'Éternel au milieu du pays d'Égypte, et ajoute (i) : El l'Éternel se fera connaître à t'Éggpte , et en ce jour-là , l'Égyple connaîtra l'Éternel et le servira, offrant des sacrifices et des gâteaux, et vouera des vœux à l'Éternel, et les accomplira. Sophonie et Malachic confirment ce que dit ce prophète. Le premier fait voir (5) que Dieu amaigrira tous les dieux de la terre, et qu'on se prosternera devant lui, chacun de son lieu, même toutes les lies des nations. L'autre déclare d'une manière très-expresse que le culte lévitique sera abrogé , que Dieu ne prendra plus plaisir dans les sacrificateurs , et que les oblations qu'ils lui présenteront ne lui seront plus agréables. Il fait suivre ces

(1) Chap.2, vers. H.

(2) Vers. 10 et suiv.

(3) Vers. 10.

(i)Chap. 19, vers. 19 cl 21. (5) Chap. 2, vers. 11.

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